Arch. mun. Délib. BB 83, pp. 11 et suivantes
2. Épitre sur L'attentat connnis sur La personne sacrée du Ilot, Le o jan- LÙer 1757, avec une requête pour supplier très humblement Sa Majesté de changer le nom d'une ville de France. Paris, Séb. Jorry, 1757, p. 12.
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
Ce barbare a pour nom celui d’une cité Célèbre, en tous les temps, par sa fidélité !
Tout s’indigne et frémit, tout se croit diffamé Partout et chaque fois que ce monstre est nommé.
Chacun, par un malheur nouveau dans la nature.
Maudit, en soupirant, le lieu de son berceau Et craint, dans ses foyers, la honte du tombeau. Commandez; nommez-nous. Tout un peuple éploré Attend ce changement de votre ordre sacré Et si j’ose implorer du sceau de votre empire,
Un titre illustre et cher que mon zèle m’inspire,
Par lui de notre ville assurez le renom Louis va le créer, Louisville est son nom !
(( Le corps de ville, qui n’avait point été prévenu, dit le père Daire, se garda de se prêter à une idée aussi singulière. Il eût fallu, pour la même raison, rayer saint Damien du calendrier L » Le poète avait dépassé la mesure.
La population, toujours avide de plaisirs, prend part aux réjouissances officielles, illumine, danse et crie vive le Roi, à l’avènement de Louis XVI. Nous ne connaissons rien de plus touchant et de plus triste, dans notre histoire, que les débuts du règne de ce prince adolescent, doué d’une conscience pure et d’une âme honnête, fortement pénétré du désir d’assurer le bonheur du peuple et qui se trouve aux prises avec des difficultés d’autant plus redoutables qu’il n’en pouvait mesurer les conséquences. Il semble qu’il ait été destiné du premier jour au rôle de victime. La corruption de la Cour de Louis XV, la pénurie du trésor et beaucoup d’autres causes encore qui puisaient leur source dans la décadence des mœurs et l’oubli des principes, multiplient autour du trône les écueils et les inquiétudes. Il faut au
1. Vie de M. Gresset, par L. D., anc. B. des Célestins. Paris, Berton, 1779, p. 54. — De Cayrol. Essai historique sur la vie et les ouvrages de Gresset. T. 1, p. 335.
LA FIN DK l’aNCIKN RKGIME.
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gouvernement de Louis XVI des auxiliaires dévoués. Jean- Baptiste Jourdain, seigneur de Tliieulloy, occupait depuis plusieurs années la mairie d’Amiens. Jean-Baptiste Morgan, seigneur de Belloy, était son lieutenant. Le zèle, l’assiiluité, la vigilance cpi’ils apportent dans leurs fonctions en font des hommes nécessaires. L’intendant les supplie de ne pas déserter leur poste : « L’expérience que vous avez acquise et qui, dans les circonstances actuelles, est i)lus utile que jamais au bien du service du Boi et à celui du public, dont il faut assurer la tranquillité par tous les moyens possibles, rn’a déterminé avons prier très instarnirient de rester encore dans vos places au moins pendant un an L »
En dépit des progrès réalisés dans le domaine de l’industrie, dans les sciences et dans les arts, Amiens n’a point encore trouvé le secret de guérir les misères sociales. La population ouvrière s’est notablement accrue et, en s'accroissant, elle devient un élément de trouble au moindre chômage de la manufacture. L’administration des notables (1764-1771) en a fait la triste expérience, lorsque le ralentissement du travail et la cherté des grains eurent jeté sur le pavé des milliers de pauvres. Situation désolante qui se reproduit fréquemment, à partir de cette époque, et oblige le corps de ville à solliciter de l’intendant l’envoi de troupes indispensables au maintien de l’ordre. La prospérité que nous avons constatée sous le règne de Louis XV fut comme un rayon de soleil à travers les nuages.
Les siècles précédents avaient légué des institutions de bienfaisance qui ne répondent plus aux besoins de l'heure présente. « Amiens compte maintenant cinq mille indigents » et le nombre de ceux qui ne vivent que de la charité publique augmente dès que la manufacture est en soutfrance. « Du jour où ces misérables espèrent gagner, on apitoyant le