‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 19 sur 294 · Arch. mun. Délib. BB 35, p. 77. 23 avril · texte numérisé non relu

Arch. mun. Délib. BB 35, p. 77. 23 avril

HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

la cause catholique, François de Ganteleu, receveur général des finances en Picardie f

Le motif est louable : « C’est pour l’honneur de Dieu et de sa sainte Église et pour que les habitants d’Amiens soient maintenus en repos et tranquillité. »

La destitution de le Cat cause un instant de stupeur chez les huguenots, quand, la même semaine, ils apprennent et cette violation inouïe jusqu’alors de la charte communale et la révocation de l’édit de Saint-Germain, le premier édit de tolérance qu’ils aient obtenu. Pour eux plus de prêche, plus d’assemblée (Mai 1562).

Saisissant la première occasion qui s’offre de manifester leur irritation, vingt et un citoyens, parmi lesquels Nicolas Rembault, le libraire Caron, le peintre Coppin s’abstiennent

1. Arck. mun. Reg. aux Chartes AA 5, p. 325 v°. « L’estât de maïeur baillié à exercer à sire François de Ganteleu. » Paris, 5 mai 1562. Antoine d’Ardres est nommé, par le même arrêté, prévôt, remplaçant Guillaume le Grand, coupable de s’être rendu à Orléans, sans la permission du Roi.

2. Ibidem. Reg. aux Chartes AA 14, p. 194 v°. 13 et 22 mai 1562. A la suite de l’édit de Saint-Germain, premier édit de tolérance (17 janvier 1562), Ébrard Hérailli du Mont, « ministre de la parole de Dieu de l’église réformée d’Amiens, » avait prêté serment, en l’échevinage, de « ne prescher doctrine qui contrevienne à la pure parole de Dieu, selon qu’elle est contenue au symbole du concile de Nycéne {sic) et ès livres canonicques du vieil et nouveau Testament. » (BB 35, p. 70 v°).

3. Ibidem. Reg. aux Chartes AA 14, pp. 195 v°, 196. 13 et 30 mai 1562. — Ibidem. Délib. BB 35, pp. 90, 95 v°, 96, 102. « A quoy (tendre les maisons) tous les habitans auroient ledict jour de l’Ascension satisfaict sauf ung parcheminier demourant au louaige. Jehan Thierry, Jehan Caron, libraire. Jehan Damyn, scellier, Greffin Mangnier, Nicolas Vignon, chaussetier, Walerant de Vaux aussi chaussetier, François de Fenin, appoticaire, Guillaume Coppin, peintre, Philippe Boucher, maistre de l’escu d’azur, Nicolas Rambault, mercier, Robert Flamencq, enlumineur, Baudechon Carré, mercier. Jehan de Rivery, tanneur, Claude de Lattre, mercier, les filles Jehan de Maucourt, Jehan Lefèvre, saieteur, Jacques Brisse, Jehan Dupré, Jehan Randon et Jehan Pot, esperonnier, lesquels n’auroient tenu compte d’icelle ordonnance. »

I‘nOGUl':S DK LA HKLIGION DKKOUMKK. 20

de décorer la façade de leurs demeures sur le passage de la procession du jour de l’Ascension et ces « rnalvomllans f> trouvent deux cent soixante imitateurs le jour de la Fêle- Dieu. Tous se disent résolus « à mourir cent fois [)lutot fjue de tendre. » Ils sont [)réts à obéir aux éclievins a en tout ce qu’il leur plaira de commander })Our le fait de la police et non en ce ([ui répugne en leui*s consciences. »

Un apothicaire « aimerait mieux (|ue sa maison fût tirée en bas (démolie) que de la tendre >->. Louis de Lestocq va plus loin : « je n’obéis pas, car en l’église réformée n’y a autre chef que Jésus-Christ; enterre n’y a aucun chef. Le plus petit est autant que le plus grand. Tous sont égaux » L Ces réponses aux juges chargés de poursuivre les manifestants révèlent l’état des esprits, le trouble des consciences : Loin de ramener la tranquillité, ainsi que l’espérait la Reine, la nomination de Canteleu avait enflammé les haines. La discorde éclate au sein des familles : il n’est plus possible de se réunir nombreux, pour déjeuner ou pour dîner, sans que les conversations dégénèrent en disputes injurieuses 2.

A cette situation, qui s’aggrave d’heure en heure, Catherine de Médicis prétend mettre un terme par un véritable coup d’État

Page 1