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notamment les gouverneurs, les états-majors des villes et en réduisant les pensions dont il a été fait, dans le passé, un ruineux abus. Il y aura lieu de rechercher, pour créer les ressources nécessaires, les irn{)6ts les moins onéreux. Le cahier réclame la suppression des aides, de la gabelle, des droits casuels réservés, de franc fief, de péage, de pontenage, de travers et autres de môme nature, auxquels on voudrait voir substituer des taxes modérées de consommation « qui se paient imperceptiblement et journellement », pourvu toutefois qu’elles ne portent, ni sur les objets de première nécessité, ni sur les matières premières venant de l’étranger.
Les Amiénois se montrent favorables à la création d'impôts sur l’argenterie, sur les domestiques, sur les chevaux et voitures ne servant ni au commerce, ni à l'agriculture. 11 ne sont pas hostiles à l’impôt foncier, à la condition qu’il soit établi un nouveau cadastre, non plus qu’à l’impôt personnel pourvu que l’égale répartition en soit garantie par une très large publicité.
VU. — L’Agriculture, le Commerce, les Manufactures, LES Arts. — « Afin de régénérer l’agriculture et le commerce, les deux sources de la prospérité publique, par les plus grands encouragements et par la destruction de toutes les entraves qui en empêchent le développement, » on sollicite des prix aux cultivateurs les plus intelligents, le rachat des droits féodaux, la libre navigation des rivières, la protection contre la concurrence étrangère, l’obligation, pour le Roi, de prendre l’avis des juridictions consulaires et des chambres de commerce, avant de consentir un traité de commerce, l’uniformité des poids et mesures, la suppression des lettres de maîtrise, la suppression des bureaux de marque et des inspecteurs de la manufacture, du privilège de la compagnie des Indes, de la franchise de certains ports, l’interdiction du colportage, l’abolition des droits
sur les matières premières introduites en France, la liberté du commerce du sel, du tabac, des vins et eaux-de-vie, moyennant un droit uniforme pour toutes les provinces, la réforme de la législation commerciale.
Le Clergé et la Noblesse s’accordent avec le Tiers-État pour demander la périodicité des États généraux, l’établissement des assemblées provinciales, l’égale répartition et l’allègement de l’impôt, l’économie dans les finances, la suppression de la gabelle, l’uniformité des poids et mesures. Le Clergé revendique le maintien des prérogatives ecclésiastiques, la création de conciles provinciaux, Tamélioration du sort des curés de campagne, la réforme de certains ordres religieux, la diffusion de l’instruction, la restriction de la liberté de la presse '.
Tous les actes, tous les appels, prélude de la convocation des États généraux, avaient enflammé l’imagination populaire. Les considérations sur les intérêts du Tiers-État étaient lues et commentées dans la mansarde et dans l’atelier. On se passait de main en main la brochure de Siéyès qui portait ce titre : Qu’est-ce que le Tiers-État ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent ? Rien. Que demande-t-il ? A devenir quelque chose. L’opinion publique se transformait. Le procureur Berville,les avocats Desmery, Laurendeau, Maisnel, Saladin, Varlet, ne demandaient qu’à la diriger. La classe bourgeoise enrichie se montrait jalouse de ses attributions et peu disposée à élargir ses rangs au profit des prolétaires; ceux-ci n’attendaient qu’un prétexte pour faire éclater leur colère et les représentants du peuple appelés à élire, le 20 mars, les trente-six députés attribués à la ville d’Amiens, aux États du bailliage, débutent dans la vie politique par un acte de flagrante hostilité à l’égard de la municipalité en charge.
1. Documents pour servir à l’histoire de la Révolution à Amiens. T. I, pp. 390, 41 G.
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Galand de Longuorue [)roposc de nommer les trente-six en neuf scrutins. La majorité des assistants voudrait l’élection sur une seule liste. Le maire insiste, des [)rotestations éclatent; il prononce la dissolution de rassemblée, des buées couvrent sa voix et il quitte la salle.
I.e palais municipal, dans lequel l'aristocratie bourgeoise règne en maîtresse depuis des siècles, demeure au pouvoii’ des députés du peuple, entraînés à la suite de « trois ou quatre têtes exaltées qui atïéctent un amour de liberté désordonné et qui, par ce moyen, espèrent captiver les suffrages de leurs concitoyens séduits par de fausses ap|)arences L » Telle est du moins l’impression des otïiciers municipaux, parce que, aux yeux de la portion modérée du Tiers, le maire eut le tort de voir une atteinte à ses prérogatives dans la manifestation toute simple et très naturelle de vues différentes de la sienne, concernant la réglementation du vote.
Deux notaires aussitôt mandés dressent le procès-verbal des opérations électorales qui s’accomplissent au milieu du tumulte de la foule houleuse qui a envahi la salle. Commencée à onze heures du matin, la séance durait encore à deux heures de la nuit, sans qu’un incendie, survenu dans la soirée et qui mit la ville en émoi, ait pu distraire les députés et les arracher à leurs préoccupations '.
1. Doniments pour servir à V histoire de la Révolution à Amiens, p. 180. Lettre des officiers municipaux au garde des sceaux, 21 et 22 mars 1780. Procès verbal des séances de l’assemblée du Tiers-Etat de la ville d'Amiens des 20 et 21 mars 1789, dressé par Decaisne et P)en‘roi, notaires.