LES ÉTATS DU DAILLIAGE
L’assemblée générale du Tiers-Ltat de la ville d’Amiens, convoquée au son de la grosse cloche du befï'roi, se réunit, dans ces poignantes conjonctures, le 18 février 1789 ^ à trois heures, dans la grande salle de l’hôtel de ville, sous la présidence du maire, François Galand de Longuerue, assisté de Florimond Poujol, son lieutenant, et des échevins Desmery, Lefebvre, Frennelet, Vaysse, seigneur d’Allonville, Mitiffeu et Poullain-Cotte. Pour la première fois se rencontrent, avec des droits égaux à la manifestation de leur opinion, les représentants des corps, communautés et corporations régulièrement constitués, les représentants de chacun des faubourgs et des villages de la banlieue, les représentants des « non corporés », c’est-à-dire de ces milliers d’individus qui n’appartiennent à aucune classe nettement définie
1. Documents inédits pour servir à l'histoire de la Révolution française dans la ville d'Amiens. — États généraux de 1189, T. I, p. 164.
2. MM. les Officiers du bailliage, du bureau des finances, de l'Élection font défaut, ainsi que Messieurs du grenier à sel. Messieurs de la maîtrise des eaux et forêts ont 2 représentants. Les juges consuls, 2. La juridiction de la maréchaussée, 1. La juridiction des monnaies, 2. La juridiction des traites, 1. Les juridictions seigneuriales de l’enceinte de la ville, 2. L’académie, 2. La chambre de commerce, 2. Les officiers de la milice bourgeoise, 1. Les avocats, 2. Le collège des médecins, 2. Les notaires, 2. Les négociants en gros, 2. Les procureurs, 2. Les chirurgiens, 2. Les apothicaires, 2. Les imprimeurs-libraires, 1. Les marchands brasseurs, 2. Les fabricants d’étoffes, 2. Les merciers-drapiers, 2. Les épiciers, 1. Les orfèvres-horlogers, 1. Les bonnetiers-chapeliers, 2. Les tailleurs fripiers, 2. Les cordonniers, 1. Les boulangers, 1. Les boucherscharcutiers, 1. Les traiteurs-rôtisseurs, 1. Les aubergistes-cafetiers, 1. Les maçons, couvreurs, plombiers, 1 . Les charpentiers, 1 . Les menuisierstourneurs, 2. Les couteliers-armuriers, 1. Les maréchaux-serruriers, 1. Les fondeurs-chaudronniers, 1. Les tapissiers, 1. Les selliers, bourreliers, charrons, 1. Les tanneurs-corroyeurs, 1. Les teinturiers du petit teint, 1. Les teinturiers du bon teint, 1. Les maîtres perruquiers, 1. Les imprimeurs d’étotfes, calendreurs, lustreurs, 1. Les foulons-tondeurs, 1. Les
L’académicien, l’avocat et le notaire coudoient le porteur de charbon, l’encordeur de bois, le hallier; le riche négociant et le capitaine de la milice, le fripier, l’apprêteur, le cabaretier. Ils sont un peu plus de cent confondus dans l’unanime élan de leur reconnaissance pour Louis XYI, qui daigne accorder au Tiers une représentation numérique égale à celle des deux ordres privilégiés. Ils rédigent une adresse, « unissant leurs voix aux acclamations de toute la France : il n’est aucune ville, aucun village, aucun hameau qui ne retentissent des bénédictions que donnent au Roi les vingt-trois millions d’âmes qui composent le Tiers-État. Cet acte de justice rendra son nom cher aux générations qui succéderont à notre bonheur M »
Les députés, répartis en huit bureaux, s’ajournent au 4 mars pour entendre la lecture des projets « de pétitions à proposer en l’assemblée générale du Tiers-État du bailliage d’Amiens ». Ces bureaux et les officiers municipaux se mettent sur le champ en devoir de les rédiger. Ensuite une commission de vingt-quatre membres est chargée de les examiner, de les réunir, de formuler une rédaction définitive. Le cahier des plaintes et doléances du Tiers-État de la ville d’Amiens contient quatre articles préliminaires, sept chapitres et plus de cent vœux ayant trait à toutes les branches du gouvernement et de l’administration.
relieurs, parcheminiers, 1. Les meuniers-poissonniers et bateliers, l.Les faïenciers-vitriers, cabaretiers, 1. Les grossiers de poisson, 1. Les courtiers de vin, d. Les de'valeurs de vin, 1. Les encordeurs de bois, 1. Les fluqueurs, 1. Les porteurs de charbon, 1. Les porteurs aux grains, 1. Les peseurs de fil de lin, 1. Les halliers, 1. Les sergents à masse, 1. Les mesureurs de grains, 1. Les courtiers de fruits, 1. Les hortillons^ 1. Les lieutenant et habitants des faubourgs : de Beauvais, 5; de Saint-Pierre, d ; de la Hotoie, d ; de Hem, 1 ; de Montières, 1 ; de Renencourt, 1 ; du Petit-Saint-Jean, 1 ; de la Boutillerie, d ; de la Voirie et la Neuville, 1 ; de Saint-Maurice, d ; de Longpré, d. Les non corporés, 2.
d. Documents pour servir à Vliistoire de la Révolution à Amiens, T. I,
LES ÉTATS DU RAILLIAGE d’a MIENS.
Articles préliminaires. — Les députés du Tiers’ devront faire insérer dans le cahier général du bailliage d’Amiens le vœu de ne consentir à d’autres distinctions de préséances entre les différents ordres, (pi’à celles établies par l’usage. Ils requerront le vote par tête, en alternant les avis, de manière que deux députés du Tiers opineront après un ecclésiastique et un noble. « Ils se retireront dans le cas où ils n’obtiendraient pas l’éxécution de ces deux articles, si les députés des autres bailliages estiment, à la pluralité des suffrages, devoir le faire. »
I. — La Constitution nationale. — Elle aura pour base la périodicité et la perpétuité des États généraux, sans le consentement desquels aucun emprunt ne peut être décidé, aucun impôt établi. Dans chacune des provinces, des États provinciaux, élus à époques fixes, sont chargés de l’assiette et de la répartition des subsides de l’administration. Une commission intermédiaire expédie les affaires courantes. En ce qui concerne le régime de la municipalité d’Amiens, interdiction aux maire et échevins de prendre part à l’élection de leurs successeurs; suppression des octrois établis sans le concours de la commune ; suppression de la milice ; attribution au maire du commandement des troupes dans la place.
II. — La Police générale du Royaume. — L’assemblée réclame l’affranchissement des serfs, l’état civil pour les non-catholiques, l’abolition des lettres de cachet, la liberté de la presse, l’inviolabilité du secret des lettres, l’obligation pour les ministres de rendre compte aux États généraux des affaires de leur département, l’établissement, dans la capitale de chaque province, d’une université et d’une école
I. Documents pour servir à V/iistoire de la Révolution à Amiens, T. I, p. 212. — M. Fournier. Les derniers jours de l’ancien régime à Amiens, p. 25.
HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.
de chirurgie, la fixation d’un taux au-dessus duquel l’exportation des grains soit interdite.
III. — Le Clergé. — « Sans porter atteinte à celles des prérogatives du Clergé qui doivent être respectées » , le Tiers- État voudrait la conservation et le maintien des libertés de l’Église gallicane, la suppression des dîmes et des ofïicialités, l’obligation de résidence imposée aux bénéficiers, l’augmentation des portions congrues, l’abolition des droits payés à la Cour de Rome pour provisions, dispenses, annates, etc.
IV. — La Noblesse. — « La Noblesse est devenue vénale et un objet de commerce; cette facilité pour l’acquérir tinirait par souiller la pureté de son origine. Pour qu’elle reste à jamais le symbole de la vertu, de l’honneur et de la gloire, elle ne devra s’acquérir et être accordée que pour services rendus à l’État. Le Tiers-État sera admis aux grades militaires dans les armées de terre et de mer. »
V. — La Justice. — « C’est maintenant une vérité universellement reconnue que la législation française est vicieuse dans presque toutes ses parties, il est donc nécessaire de la réformer. » Il faut : I'’ garantir l’innocence des erreurs trop fréquentes des tribunaux en lui ménageant tous les moyens de se faire connaître; assurer la punition des crimes en conciliant la sévérité qu’exige le maintien de l’ordre public avec l’humanité qui commande de modérer, dans la mesure du possible, la rigueur des peines. 2° Simplifier la procédure civile, diminuer les frais et les lenteurs, assurer au faible une justice prompte et facile contre l’homme puissant.
VI. — Les Finances. — Les impôts, uniformes pour toute la France, doivent être acquittés par tous, sans distinction d’ordre, de rang, ni de privilège. Avant de les établir, on calculera les dépenses auxquelles il sera nécessaire de pourvoir, en supprimantcellesqui seront reconnues inutiles.