LK CONSEIL PERMANENT
liage et aux commandants des détachements militaires de la cocarde tricolore, emblème de la liberté du peuple et de la fusion des trois ordres de la Nation, ne sont pas des gages suffisants. Les trente-six exigent qu’on les convoque à l’ouverture des dépêches arrivant de Versailles b et prétendent au gouvernement de la cité. La journée du 5 août leur fournit l’occasion de se rendre nécessaires.
Le conseil permanent.
Le moindre incident rallume le feu de la révolte. Un sergent de ville de garde au marché, nommé Hardy, est accusé d’empêcher un paysan de vendre du seigle avec la réduction fixée par les arrêtés municipaux. Quelques forcenés se jettent sur lui, le terrassent, le traînent par les cheveux jusqu’à la Conciergerie b enfoncent les portes de la prison royale et prétendent, du même coup, enfermer le malheureux et délivrer un des leurs, accusé de participation aux désordres de la rue. L’autorité requiert la troupe et se livre à une enquête sommaire pendant que la populace, à laquelle se sont joints quelques bourgeois en armes, assiège la maison de Galand de Longuerue, retenu depuis plusieurs jours au lit par la maladie.
Verra-t-on se reproduire les massacres qui ont ensanglanté la capitale, la semaine précédente? Comme Foulon,
1. Arch. mun. Délit. BB 98, p. 154. 30 juillet 1780. Lorsqu'il arrivera des dépêches ou paquets à l’adresse des officiers municipaux et électeurs, l’ouverture en sera faite en l’assemblée des officiers municipaux et des seuls électeurs qui ont comparu à l'assemblée des trois états du bailliage, sauf aux électeurs à requérir que les trente-six soient appelés.
2. Ibidem. Délit. BB 98, j). 161 v°. Dans toute juridiction royale existait une prison royale nommée la Conciergerie. Elle occupait ici l'emplacement de la cour actuelle du magasin des pompes.
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
l’infortuné contrôleur des finances, comme Berthier de Sauvigny, le maire d’Amiens sera-t-il victime de la fureur populaire ? Les moins exaltés se bornent à vouloir l’emmener à l’hôtel de ville. Il y est entraîné, protégé par la milice citoyenne accourue à son secours. Des cris de haine le poursuivent. La foule, qui envahit encore une fois la salle d’audience, l’oblige à entendre la déposition des témoins à charge contre Hardy.
Sans l’intervention de la troupe, l’infortuné agent de police aurait péri. Le peuple voulait le juger sommairement, l’exécuter sur l’heure. Au bruit du tocsin, aux clameurs de centaines d’ouvriers réclamant le blé à six livres, et tandis que l’on rédige le procès-verbal des déclarations, plusieurs bourgeois armés s’en prennent aux représentants du Roi, décrochent le portrait de d’Agay, le jettent par la fenêtre. On le déchire, on le piétine avec rage. Dans la soirée, MM. Daire, Aclocque, Debray, Delassus, Leleu, Bécot, membres de l’Association civique, violemment arrachés de leur demeure, se font emprisonner à la Conciergerie pour se soustraire à la mortL Derrière ces émeutiers s’abritent ceux des bourgeois ~ qui aspirent au renversement de la constitution municipale, comme on aspire, à Versailles, au renversement de la constitution monarchique. Saladin ^ leur donne le mot d’ordre.
Galand de Longuerue propose, en une suprême et dernière assemblée échevinale, d’appeler les trente -six ^ à con-