LE CONSEIL PERMANENT
courir, avec le conseil de ville, à l’administration qui devient impossible pour lui . La majorité de ces représentants du Tiers comptait dans ses rangs bon nombre d’hommes honnêtes. Alin de partager les responsabilités du pouvoir et de se mettre à l’unisson de l’Assemblée nationale, ceux-ci réclament et obtiennent de s’adjoindre dix-huit membres du Clergé et dix-huit membres de la Noblesse L L’étroite union des trois ordres et des officiers municipaux, sous la présidence du lieutenant général du bailliage, paraît être la seule ressource du parti de l’ordre. En l’absence de François du Fresne de Marcelcave, c’est au lieutenant particulier, René Boistel de Belloy, que reviendra le grand mérite d’avoir dirigé le conseil permanent à travers les écueils d’une situation inextricable. (6 août 1789).
Les électeurs des trois ordres, officiers municipaux et conseil de ville réunis en co7iseil permanent inaugurent leur administration par un manifeste énergique invitant les citoyens à rentrer dans le devoir, les ouvriers à regagner l’atelier, les maîtres à exercer une rigoureuse surveillance; tout individu coupable d’afficher des placards séditieux sera traité « en perturbateur du repos public »
La fusion et l’avènement au pouvoir des trois ordres opèrent une détente dans les esprits. Si grande est la mobilité
1. Les dix-huit membres du Clergé sont les prieurs de Saint-Jean, de Saint-Martin, deux chanoines et les curés de la ville. Les dix-huit membres de la Noblesse : MM. de Franclieu, Damiens d’Acheux, le chevalier d'Argœuves, Boulet de Varennes, Froment, Brunei, de Sachyde Fourdrinoy, Boistel d’Welles, de Saisseval, Poujol d’Avankerque, de Rabaudy, du Royer, Blin de Bourdon, Morgan de Frucourt, de llerte d’ilailles, de Sachy de Marcelet, Fouache d’ilalloy, d’Exauvillers. BB 99, p. Gl.
2. Arch. mun. Délit. BB 99, p. 3. Les lettres de M. Stanislas de Clermont- Tonnerre, président de l’Assemblée nationale (28 août 1789), et de M. le comte de Saint-Priest (5 septembre), ministre et secrétaire d’État, aux électeurs des trois ordres et conseil de la ville d’Amiens, portant ratification du conseil permanent, ont été publiées aux Afficfies de Picardie, n” 44, 31 octobre 1789.
428 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
des passions de la foule qu’elle exige l’élargissement de tous les prisonniers. La populace « ramène Debray en triomphe dans sa maison, l’attendrissement devient général. » Hardy lui-même est délivré aux acclamations de ceux qui vociféraient hier des cris de mort h
Les agitateurs se trouvent désarmés par les résultats inattendus des séances de l’Assemblée nationale des 4, 6, 7, 8 et 11 août. On apprend que, promenant comme une large faux qui abat les institutions féodales et fiscales, œuvre des siècles, l’Assemblée a réalisé, en quelques heures, la plupart des vœux émis dans les cahiers électoraux. Elle a aboli les droits féodaux, les justices seigneuriales, les corvées, la main-morte. Elle a érigé en principe la souveraineté nationale, l’égalité devant la loi, le droit pour tous aux emplois publics, la liberté individuelle, la liberté de conscience, l’égale répartition de l’impôt, le rêve si caressé: la déclaration des droits de l’homme
La prestation du serment, imposé aux troupes royales et aux mdlices citoyennes, après ces réformes fondamentales, inaugure la série des fêtes patriotiques auxquelles la Révolution a convié les Amiénois. Les officiers jurent par devant les officiers municipaux réunis aux électeurs des trois ordres « de rester fidèles à la Nation, au Roi et à la Loi 3. » A l’issue de la cérémonie dans laquelle les compagnies privilégiées figurent pour la dernière fois, le lieutenant général remet au sergent Desfourneaux du régiment de Gonti, une montre en or aux armes de la ville, en récompense de sa belle conduite dans la répression d’une émeute survenue au faubourg de Hem. (20 août).