LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ
de l’influence exercée sur la noblesse et la bourgeoisie par l’incrédulité railleuse de Voltaire et les doctrines philosophiques très en faveur. Lorsque les commissaires délégués du conseil général de la commune se présentèrent à l’abbaye de Saint-Jean, afin de dresser l’inventaire des biens et d’inviter les religieux à déclarer s’ils entendaient user de la prétendue liberté que la loi leur accordait de quitter leur couvent, il ne s’y trouvait plus que cinq moines Prémontrés. Ils étaient quatre chez les Minimes, trois chez les Feuillants. Les communautés de femmes étaient plus prospères. La Visitation comptait quarante-et-une religieuses L Les grilles
i. Arch. mun. 1790. P^. Etat des couvents et maisons religieuses, avec le nombre des sujets de chaque maison, des inventaires qui y ont été faits par les officiers municipaux de la ville d’Amiens, en exécution du décret de l’Assemblée nationale, du 26 mars 1790 :
Nombre
Noms des Communautés.
Abbaye de St-Acheul
de
Sujets.
Revenus.
Charges.
— de St-Jean
— de St-Martin-aux-Jumeaux.
LesAugustins
Les Minimes
Les Cordeliers
Les Feuillants
Les Capucins
Les Carmes
Les Jacobins
Les Frères de la doctrine chrétienne et le séminaire sont réservés comme
voués à l’instruction.
Noms des Communautés.
Les dames du Paraclet
Nombre
de
Sujets.
Revenus.
Charges.
Les Carmélites
La Visitation
Les dames de Moreaucourt . .
Les Sœurs grises
Les dames de St-Julien . . . .
L’inventaire des Clarisses n’est pas mentionné. Les Ursulines sont
444 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
tombent, les portes s’ouvrent; mais les commissaires chargés d’annoncer aux paisibles habitants de ces pieux asiles de la prière et de la charité qu’ils sont redevenus maîtres de leur destinée, sont généralement accueillis avec froideur.
La plupart des moines demandèrent l’hospitalité aux maisons de leur ordre à l’étranger L Quelques-uns bénéficièrent de la pension accordée à ceux qui prêteraient le serment constitutionnel^. Parmi les femmes, qu’on se plaît à dépeindre comme d’infortunées « victimes précipitées dans les horreurs du cloître et chargées de chaînes par l’intérêt des familles, par le dépit personnel ou par une ferveur passagère » douze au plus rentrent dans le monde. Quelques dames du Paraclet se réjouissent « des décrets sages de l’Assemblée » ; celles de Moreaucourt et de Saint-Julien se réservent de faire connaître leur détermination quand elles seront fixées sur les intentions de l’Assemblée nationale. Ailleurs, dans les communautés cloîtrées surtout, il y a unanimité chez les religieuses pour vouloir « mourir fidèles à la règle de leur choix »
religieuses enseignantes; de même les Sœurs de la Providence et celles des Hôpitaux sont réservées.
Les inventaires ont eu lieu entre le 26 avril et le 12 mai 1790, pour les monastères d'hommes, entre le 27 juillet et le 5 août pour les femmes.
1. Antiquaires de Picardie. Documenis inédits. T. VII et VIII. Darsy. Bénéfices de VÊglise d'Amiens. — T. XIII. Darsy. Le Clergé d'Amiens en 1789, pp. 42, 55 et suivantes.
2. Areh. mun. 1792, P Tableau des pensions des i^eligieux domiciliés dans l’étendue du district d’Amiens. 3 décembre 1791. Le nombre est de 38 : 5 moines de Saint-Jean, 2 de Saint-Acheul, 6 capucins, 6 jacobins, 6 carmes, 3 minimes, 4 cordeliers, 4 augustins, 2 jésuites.
3. Areh. de la Somme. Reg. aux délit, de l’Assemblée administrative du département, T. I, p. 17. Discours prononcé par le président Morgan à l’ouverture de la session. 3 novembre 1790.
4. Areh. mun. 1791, P^. Déclarations des religieuses, en vertu du décret du 12 septembre 1790,
l\ CONSTITUTION CIVILE DU CUEIlGÉ. iio
L’Assemblée nationale avait décrété la vente immédiate des biens du Clergé, jiisfiu’à concurrence de quatre cent millions. Los municipalités du royaume étaient autorisées à soumissionner ces biens, afin de les revendre au profit de l’Etat, en réservant pour elles le seizième du prix d’adjudication; Amiens soumissionna seize millions de domaines nationaux situés dans la ville et dans le département. Les premières ventes atteignirent le double de l’estimation. Si le conseil général de la commune, exécuteur des décisions de l’Assemblée nationale, avait pu s’arrêter dans la voie des spoliations, c’eût été au seuil « du temple, gloire de la cité, l’admiration du monde entier, d devant la protestation des membres du Chapitre qui réclamèrent dans un langage d’une grande élévation de sentiments contre ces mesures arbitraires L
Les biens du Chapitre sont au contraire les premiers vendus (14 décembre 1790); Je trésor de la cathédrale est le premier inventorié et mis sous les scellés, avec un appareil militaire de nature à impressionner les prêtres et les fidèles. Cent fantassins et cinquante cavaliers de la garde nationale cernent les issues du monument pendant que s’accomplit la triste besogne^. Il est impossible d’évaluer ^ l’importance des objets d’art et des immenses richesses que l’Etat s’est appropriés, ou qui ont été dilapidés par les commissaires chargés de dépouiller les trésors que la piété des fidèles avait accumulés au cours des siècles, dans les églises et chapelles d’Amiens. Vases sacrés, chasses et reliquaires ornés de pierreries, croix émaillées, ivoires,
1. Actes de l’Église d’Amiens. T. II, p. 'Ô40. La protestation a été rédigée en la salle capitulaire, le 13 décembre 1790, la veille de la mise en vente des premiers immeubles, l’avant-veille de l'inventaire du mobilier.