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ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

1er octobre 1791-21 septembre 1792.

I. Action des sociétés populaires sur la marche de la Révolution.

— Autorités constitutionnelles et clubistes jacobins. — Le club des Amis de la conslitutio7i, son origine, son affiliation aux Jacobins de Paris, son action sur la marche du mouvement révolutionnaire. — La constitution de 1791 est promulguée. — Les clubistes au conseil général de la commune. — Florimond Le Roux, maire. — Embarras financiers. — Attitude constitutionnelle des assemblées du département. — Réaction provoquée par les événements du 20 juin et du 10 août. — Les citoyens de Saint-Leu entreprennent de dominer le conseil général de la commune. — Arrogance de leurs réclamations. — Le parti de l’ordre triomphe. — IL Préparatifs de guerre. — Les volontaires de 1792. — Élan patriotique de la population. — Les commissaires du gouvernement. — Armes et munitions.

— Le bataillon de la Somme dans Lille assiégé. — Amiens résiste aux appels sanguinaires de la commune de Paris, à la suite des massacres de septembre. — Déportation des prêtres insermentés. — Élection à la Convention.

Action des sociétés populaires sur la marche de la Révolution.

Il ne dépend désormais de personne d’enrayer les passions populaires, pas plus du directoire que du conseil général de la commune. Les véritables chefs du mouvement révolutionnaire siègent au club des Amis de la constitution. Ceux-là dominent les pouvoirs publics par leur audace. Fondé au mois de mai 1790, sous les auspices de la muni-

ACTION DKS SOCIKTKS POPIJLAIKKS.

cipalité ^ dans le but, qui parut d’abord inotïensir, de travailler à l’établissement, puis à l’atrerrnissernent de la constitution; ce club, alïilié aux Jacobins de Paris - et à toutes les associations analogues de la région, siégea d’abord aux Célestins, ensuite dans la salle des concerts et à Saint-Martin-au-Bourg Les fondateurs Bellegueule, Malafosse, Mezurolle, Falempin, Delamorlière, Cousin de Grainville^ presque tous étrangers à la ville, en ouvraient les portes à quiconque réunissait la majorité des suffrages, après enquête du comité de surveillance, s’il n’avait jamais fait acte d’hostilité aux décrets de l’Assemblée nationale. On jurait de défendre la liberté et l’égalité jusqu’à la mort, de propager partout les principes révolutionnaires, de donner l’exemple de la soumission la plus entière aux lois^.

Un règlement sévère, une tribune, un bureau composé du président, de deux vice-présidents, du secrétaire et du trésorier, des assemblées générales tenues le lundi, des comités particuliers de l’instruction publique, du commerce, des affaires militaires et des pétitions, donnent à la Société populaire des Amis de la Conslitutioji toutes les apparences

1. Arch. miin. Délib, BB 101, p. 62. 24 mai 1790. « MM. iMalafosse et Mathieu, députés de la société des amis de la constitution qui se forme en cette ville, sont venus faire part au conseil municipal de cette formation et ont offert de lui soumettre les règles qui doivent diriger la tenue de leurs assemblées. Il leur est répondu que leur réunion ne pouvait qu’être agréable aux bons citoyens. »

2. Affiches de Picardie. 1700, n° 26. Lettres d’Alexandre de Lameth, président de la société des amis de la constitution, de Paris, séant aux Jacobins, et de Florimond Le Koux.

3. Arch. mun. Délib. BB 103. 8 décembre 1791. — BB 110, pp. 107, 132 v°, 182.

4. J. -B. François-Xaviek Cousin de Guainville, prêtre assermenté, né au Havre le 3 avril 1746, se suicida à Amiens le P'’ février 1805.

5. Arch. mun. 1791 I-. Les Amis de la Constitution. — Vxèglement de la société populaire d’Amiens. A Amiens, de l’imp. de Fr. Caron-Berquier. L’an II de la République.

HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

d'une assemblée délibérante de premier ordre b Les agitations de la rue y prennent naissance. Les membres s’engagent à dévoiler les projets ou les discours anti-patriotiques. La plupart ont soif de dénonciation. Mgr de Machault dans son exil, les prêtres insermentés les religieux et les religieuses dont l’existence est encore tolérée^, les ofticiers de la garde nationale, les élus de la cité b sont l’objet d’une

1. Règlement de l’assemblée populaire d’Amiens. A Amiens, de l’imprimerie de Fr. Caron-Berquier. L’an II de la République. Plaquette in-12 de 10 pages. Ce règlement, postérieur à la fondation primitive des Amis de la Constitution, reproduit à peu près textuellement leurs statuts.

2. Piéfutation d’une instruction pastorale de Mgr l’Évêque d’Amiens, imprimée à Paris chez.Crapart, par la Société des Amis de la Consiitution. A Amiens, de l’impr. de Fr. Caron-Berquier, membre de la Société des Amis de la Constitution.

3. Arch. mun. Délit. BB 102, p. 134. 2 avril 1791. « Trois députés des Amis de la Constitution préviennent le conseil municipal que la société est informée avec certitude que les curés de la ville ont tenu plusieurs assemblées et arrêté que les plus hardis prononceraient, demain au prône, des discours dans lesquels ils s’élèveraient avec force contre la constitution civile du clergé, contre la dépossession de M. de Macbault. »

4. Ibidem 1791, P. Instruction. « Les ci-devant religieuses Ursulines,

les filles de la Providence, les maîtresses d’école de la Charité, les frères des Ecoles chrétiennes et les maîtres de pension continuent à enseigner publiquement sans avoir prêté le serment exigé par la loi »

« Les ci-devant professeurs du collège, destitués pour refus du serment, continuent à enseigner dans des maisons particulières et de détourner de suivre les leçons publiques et patriotiques du collège »

5. Ibidem. Délib. BB 102, p. 138 v°. 6 avril 1791. « Le conseil muni-

cipal arrête qu’il sera écrit à MM. de la Société des Amis de la Constitution pour leur remettre devant les yeux le peu de fondement de leurs inquiétudes, de leur défiance et de leurs soupçons tant à l’égard de M. le commandant de la garde nationale qu’à l’égard de la municipalité ellemême et pour leur faire considérer les suites fâcheuses qu’une trop grande faiblesse à juger témérairement les représentans de la cité, choisis par les suffrages des citoyens, pouvait entraîner »

Ibidem 1791, P. Liasse Amis de la Constitution. 15 février 1791. Bellegueule, président des Amis de la Constitution, écrit au maire : « Informés que dans vos premières séances des votans se sont soustraits à la prestation individuelle du serment, nous vous supplions d’y veiller. »

ACTION DES SOCIÉTÉS POI'ÜLAIKES. 'f‘)7

minutieuse inquisition. Leurs actes sont commentés, leurs paroles le plus souvent travesties.

Le ton impératif^ en usage chez les Amis de la constitution intimide les olïiciers munici[)aux. Tantôt s’érigeant en patriotes ardents, les clubistes jirendront l’initiative de cérémonies funèbres pour le repos de l’àme de Mirabeau et en mémoire des soldats-citoyens victimes de l’insurrection de Nancy tantôt obéissant aux instructions « de la société mère des Jacobins de Paris, » ils la renseignent jour par jour sur la situation politique de la ville et du département

Cependant l’Assemblée nationale arrivait au terme de ses travaux. La constitution était achevée. Louis X\T l’accepta et, d’un bout à l’autre du royaume, il y eut des réjouissances officielles. Amiens se distingua par le lyrisme des adresses envoyées au Roi et à l’Assemblée nationale: « Les Français des bords de la Somme, pénétrés de l’amour le plus tendre pour le véritable père de la patrie, décernent le glorieux surnom de Publicole à celui que l’Assemblée nationale a déjà proclamé le restaurateur de la liberté î » La loi constitutionnelle fut publiée au champ de la fédération de la Hotoie, le 25 septembre

1. Lettre de Bellegueule au conseil municipal, 5 avril 1791 . « Avez-vous

pris les dispositions nécessaires pour rendre l'enlrée de Monsieur l'évèque dans la ville épiscopale digne de lui, » écrivent-ils au conseil municipal quelques jours avant l’arrivée de Desbois de Rochefort. « Vous veillerez à ce que la garde nationale soit sous les armes; vous inviterez les bons citoyens à illuminer le soir ; vous donnerez une garde d'honneur à l'évêque dans les premiers jours »

Et une autre fois, lorsqu’on attend les canons confisqués au château

de Moreuil : « Vous enverrez un détachement pour les escorter »

On pourrait multiplier les exemples.

2. Arch. mun. Délib. BB 101, p. 172; BB 102, p. 147 v*’. — Ibidon 1791, I-. Les Amis de la Constitution.

3. Arch. de la Somme. Registre aux arrêtés de l’assemblée du département. T. I, p. 189.

4. Arch. mun. 1791, 1-. Acceptation et promulgation de la constitution. — Ibidem. Délib. BB 101, p. 80.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

Sa mission terminée, l’Assemblée constituante avait décidé, par un décret blâmé de tous les hommes sages, qu’aucun de ses membres ne pourrait faire partie de l’Assemblée législative. Celle-ci, élue sous l’impression de circonstances défavorables à la monarchie, quelques jours après le retour de Varennes, vit substituer, dans beaucoup de circonscriptions, à des députés modérés des citoyens envieux et intrigants, dont Saladin était la vivante expression. Rentrés dans leurs foyers, Laurendeau et Le Roux échangent le mandat de représentant du peuple contre le mandat municipal, alors que par le jeu ordinaire des révolutions qui pousse l’un après l’autre les partis et les hommes, le renouvellement du conseil général de la commune y introduisait avec eux quinze des amis de la constitution, et des plus factieux, Bellegueule et Grainville entre autres. (1 8 novembre 1791) L

Pour maintenir cette minorité turbulente, pour secouer le joug des clubistes, il fallait une énergie dont Le Roux, successeur de Degand à la mairie, n’est plus capable à soixante-quinze ans. De toutes les autorités siégeant dans Amiens, une seule demeure franchement constitutionnelle, le directoire présidé par Desjobert. On y retrouve quelques monarchistes fidèles. Ceux-là tiennent tête « à la faction ténébreuse qui s’étudie à fomenter le trouble )) et prêchent la tolérance religieuse, lorsque déjà elle n’est plus possible

L’année 1791 s’achève au milieu de graves difficultés. Malgré l’établissement de la caisse patriotique, la rareté du numéraire rend les échanges très difficiles, et le refus par les habitants de la campagne d’accepter le papier monnaie

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