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LA CONVENTION NATIONALE

La Terheuu

21 septembre 1792 - 27 juillet 1794.

I. Les Jacobins maîtres de la ville. — La République proclamée.

— Les administrations sont renouvelées. — Alexandre Lescouvé, maire.

— Vote des Conventionnels dans le procès de Louis X\T. — Impression causée par la mort du Roi. — Cérémonie funèbre en riionneur de Le Pelletier de Saint-Fargeau. — Saladin et Pocholle à Amiens pour organiser la défense nationale. — Le 31 mai et le 2 juin 1793. — Levées d’hommes et réquisitions de vivres. — Misère publique. — André Dumont et François Chabot. — Chabot à la cathédrale. — Attitude résolue de la garde nationale. — Chabot s’esquive. — Joseph Lebon. — IL André Dumont en mission dans le département de la Somme. — Les administrations épurées. — La ville républicanisée. — Les aristocrates. — Modération relative des pouvoirs publics. — Violence de langage d’André Dumont. — Les prêtres insermentés à Ricètre. — Loi des suspects. — La Société populaire maîtresse de la situation. — Le culte de la Raison est proclamé, ses conséquences. — Aberration de la peur. — La fête de la déesse Raison. — Fatuité d’André Dumont. — L’incident de la porte de Noyon. — Comités de surveillance révolutionnaire municipale. — Hostilités en 1793. — Amiens participe à la défense nationale. — Prisons et victimes. — Le régime des prisons. — Les responsabilités encourues par André Dumont. — Exécution du père Firmin Vigneron et du vicaire Joseph Ringard. — Triomphe de la Montagne et apogée de la puissance de Robespierre. — Le culte de l’Etre suprême. — La fête du 20 j)rairial. — Chute de Robespierre le 9 thermidor.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

Les Jacobins maîtres de la ville.

La Convention nationale inaugure ses pouvoirs en proclamant la royauté abolie et la république établie. Quatre jours après, la municipalité d’Amiens célèbre le décret par des feux de joie et des illuminations (:25 septembre). Administrateurs du département, membres du directoire, administrateurs du district, juges des tribunaux, officiers municipaux et notables sont aussitôt soumis à la réélection ^ et les démocrates de se réjouir :

« Non ! nos fronts austères ne s’humilieront plus Nous avons

substitué aux dénominations puériles de la servitude la belle dénomination de citoyen. L’habitude de quatorze siècles d’esclavage ne nous a pas coûté à perdre. Déjà, il est odieux d’entendre un homme en qualifier un autre d’un vain titre féodal. Déjà, nous abordons tous nos agents, tous nos administrateurs, le front dignement couvert et avec l’air fier du républicain. C’est là où se reconnaissent les progrès de l’esprit public. Ceux qui ont de telles dispositions doivent savoir ne porter aux emplois que des hommes connus par leurs qualités civiques.

» Le peuple français connaît à présent tout ce qu’il doit faire pour ses intérêts et pour sa sûreté et il connaît les hommes qui méritent sa confiance ^ ! »

Le flot révolutionnaire monte graduellement. Après Le Roux et les Constitutionnels, voici que les sociétés populaires escaladent le pouvoir. L’élection du 30 décembre 1792 introduit en effet à l’hôtel de ville les citoyens réputés les plus

1. Arch. de la Somme. L. Assemblées électorales de i 7 92. Procès-verbal des opérations accomplies à Péronne le 11 novembre et les jours suivants, à Amiens le 12 novembre et les jours suivants.

2. Ibidem. Adresse à la Convention rédigée par F. N. Babœuf, vicesecrétaire de l’assemblée, au nom des électeurs du département de la Somme.

LES JACOBINS MAITRES DE LA VILLE

fougueux et les plus exagérés. Thierry, président des démagogues de Saint-Leu, vient en tête de la liste des olliciers municipaux ; Alexandre Lescouvé un maître perruquier illettré, est nommé maire, et liigollot, procureur de la commune Il semblait que l’on eût à redouter les pires excès de la part d’une administration en majorité composée de Jacobins^. Soit qu’ils aient obéi à la modération qui caractérise le tempérament picard, soit qu’ils aient hésité devant les manifestations non équivoques de la plupart des sections^ ces Jacobins, maîtres d’Amiens pendant vingt-et-un mois et huit jours (18 janvier 1793-26 octobre 1794), s’efforcent au contraire de tempérer les ardeurs de leurs amis politiques et n’hésitent point à les censurer publiquement ^ Témoins

1. Louis Alexandre Lescouvé, né à Poix, le 14 mai 1734, époux de Marianne Lejeune, maître perruquier, demeurant place Notre-Dame, à l’angle de la rue Saint-Firmin-le-Confesseur. Il est mort le 6 mars 1806. Son fils, Augustin Lescouvé, devint lieutenant-colonel du 100® régiment de ligne. — Marc Edme Rigollot, né à Bœgevin (HauteMarne) le 25 avril 1749, époux de Marie Françoise Cécile Duflos, membre de l’Académie, mort le 29 septembre 1832. — François Liévin Thierry, né à Amiens (Saint-Jacques) le 24 novembre 1744, mort le 22 avril 1823. — Notes de il/. Dubois.

2. Arch. mun. Délib. BB 105, p. 144. 21 janvier 1793. Procès-verbal d’installation.

3. Ibidem. Registre aux délib. de la commission révolutionnaire.

1®® octobre 1793. « Le citoyen Débonnaire a observé que la société populaire était bien organisée; qu’elle était composée de la plupart de ceux qui sont aujourd’hui au conseil général »

4. Ibidem 1793, P^. Comités de surveillance. On consultera utilement,

pour juger l’état des esprits en 1793, le rapport adressé à André Dumont touchant le degré de républicanisme de chacun des membres des comités de surveillance des sections. Chaque nom est suivi de l’une des mentions : sans-culotte, modéré, douteux, aristocrate, froid, entre deux, plus que modéré

5. Ibidem. Délib. BB 106, p. 72. 27 avril 1793. « Sur ce que la pétition

de la société populaire contient des objets de demande et des expres-

sions contraires aux lois et qu’elle se trouve revêtue entr’autres signatures

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

des excès de la commune de Paris et de la dictature sanguinaire de Lebon à Arras, sourds aux appels à l’assassinat, insensibles aux menaces b ils s’opposent à l’érection de la guillotine que la Société populaire voulait installer en permanence sur la place de l’Hôtel de Ville - et, dans maintes circonstances, se montrent tellement modérés qu’ils encourent le blâme de la Convention. On souhaite, à Paris, de voir (( remplacer par de vrais sans-culottes cette municipalité incapable de mettre au pas messieurs les muscadins »

La Convention dominée par les fureurs de la Monlagna avait ordonné que l’infortuné Louis XVI serait traduit à

de celle de Thierri, président, qui est Tun des officiers municipaux. Le conseil général arrête unanimement qu’il improuve la conduite de l’officier municipal Thierri, que le présent acte sera lu à la première séance publique du conseil général. »

1. Le 31 août 1875, lorsque la relique du chef de saint Jean-Baptiste

fut retirée du plat d’argent où elle était déposée depuis 1820, on trouva le récit de la façon dont le maire d’Amiens était parvenu à sauver les reliques de la cathédrale, récit de la main de Lescouvé. Cette relation a été publiée par M. Salmon {Histoire du chef de saint Jean-Baptiste, p. 173). On y lit, à la date du 14 juin 1793 : « Je ne puis vous exprimere les menase que je hu à et suier (essuyer) de la pare des Vandalle ou des ympi. L’on mat menacé à cacque instant de la guillotine. Cela napa empéché dalerre mon train »

2. Arcli. mun. 1793, F^. Disette. Pétition originale signée de Thierry, président, et de 43 membres de la Société populaire demandant :

« Que la guillotine soit érigée près de l’arbre de la Liberté, pour en imposer à ceux qui voudroient violer les propriétés ou autres délits contraires aux lois » 26 avril 1793.

Piéponse {Délib. BB 105, p. 71 v°) : « L’érection de la machine des jugements criminels ne dépend point du conseil général de la commune; ce spectacle n’est d’ailleurs d’aucune nécessité dans une ville qui se distingue par le bon naturel de son peuple »

3. Ibidem 1793, P. Sociétés populaires. Lettre de la Société des Amis de la Liberté et de l’Égalité, séante aux ci-devant Jacobins Saint-Honoré de Paris, à leurs frères et amis de la Société populaire d’Amiens. 9 septembre 1793.

LËS JACOBINS MAITUCS DK LA VILLK.

sa barre et le procès se déroulait au iriilieu îles excitations passionnées des bandits attroupés autour de la salle des séances. L’appel au iicuptc, dernier csfioir des amis du Loi, fut repoussé et lorsque la discussion s’engagea sur la question de la [)einc à inlliger à la royale victime, la députation de la Somme se divisa : Asselin, Devérité, Dufestel, Gantois, Louvet, Martin-Saint-Prix, Uivery, Sillery se bornèrent à réclamer la détention ou le bannissement, (pii n’étaient en réalité qu’une absolution déguisée dans les circonstances où se trouvait le pays. André Dumont, Saladin, Scellier votèrent la mort, Delescloy également, mais, celui-ci, avec sursis d’exécution jusqu’à la paix L La majorité se prononça pour la peine capitale et la tête d’un fils de saint Louis tomba sous le couteau de la guillotine î

L’horrible attentat du 21 janvier fit bondir d’indignation tous les peuples de l’Europe, la France l’accueillit avec stupeur. La nouvelle s’en répandit à Amiens le lendemain vers dix heures du matin : « C’est pour tous un moment de deuil et d’effroi. Le peuple se porte en foule rue des Verts- Aulnois, où descendait le courrier de Paris. La désolation est en général au comble. Les traits des individus se décomposent, beaucoup se retirent dans leurs maisons pour verser des larmes, d’autres affectent un morne et triste silence-. »

Quelques-uns triomphent cependant. L’ex-capucin Pellegueule et Thierry, devenus l’un président, l’autre jirocureur syndic du conseil général du département, félicitent la Convention : « Vous avez donné un grand exemple à la Nation î Vous avez fait tomber la tète du tyran et ce n’est (pie de ce moment (pie nous sommes libres ! ^ »

1. Le Moniteur. Numéro du 20 janvier 1793. Scellier suppléa soit Ilourier-Eloi, soit François, qui n’ont pas pris part au vote.

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