‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 234 sur 294 · Macuaht. Mamiserit. T. IV, p · texte numérisé non relu

Macuaht. Mamiserit. T. IV, p

3. Areli. de la Somme. Uegisire du eonseil général du département. T. IV, p. 117. Adresse du 1«’’ mars 1793.

tUSTOlRE Î)E LA VILLE D^AMIENS.

Le conseil général pensait de même peut-être, mais il n’écrivit rien de semblable, que nous sachions. Toutefois, lorsque l’assassinat de Le Pelletier de Saint-Fargeau eut fait un grand homme de ce régicide, Lescouvé prit l’initiative d’une pompe funèbre ^ destinée « à témoigner le sentiment de douleur de la cité. » Le dimanche 17 février, vers trois heures, le cortège « des amis de la liberté et de Légalité » s’arrêtait devant l’autel de la patrie élevé sur la place du Grand Marché. Le maire déposait solennellement une couronne civique sur l’urne funéraire dédiée par la commune d’Amiens aux mânes de Le Pelletier et l’on applaudissait le vicaire épiscopal Brandicourt, s’écriant dans le langage emphatique de l’époque :

« Un grand crime a été commis;.... un grand homme a péri sous

le coup d’un assassin S’il eût péri, comme nos braves défenseurs,

au milieu des camps, sur le lit de l’honneur, Michel Lepelletier eût excité des regrets sans doute, mais sa mort, effet ordinaire des

combats, n’eût pas fait dans les cœurs une plaie aussi profonde

Citoyens, ne le sentez-vous pas! Ce n’est pas lui seul qu’un bras parricide a frappé. C’est nous tous qui avons été frappés; c’est le salut public ! Paris l’infâme Paris, a blessé dans Pelletier tous les amis de la Liberté, tous les partisans de la sainte Égalité, tous les vrais Français, ces républicains nouveaux, il est vrai, mais ardents,

mais fiers, mais déterminés et déterminés à tout à tout sans en

excepter la mort.

» La reconnaissance, l’amour, la piété nationale, placent les

précieux restes du vertueux Pelletier dajis un temple de gloire, dans

1. Arch. mun. Délit. BB 105, pp. 149 v°, 157, 161 v°, 175 v°. Procès^ verbal des honneurs funèbres civiques rendus à la înémoire de Le Pelletier Saint-Fargeau, par la commune d’Amiens, le dimanche 17 février 1793, l’an second de la République, en exécution de la délibération du conseil général du 23 janvier, avec le discours prononcé à cette occasion par le citoyen Brandicourt, notable. De l’impr. de Caron-Berquier. 10 p. in-8°.

2. Paris, ancien garde du corps, ardent royaliste, avait résolu de poignarder le premier des Conventionnels régicides qu’il rencontrerait dans la soirée du 20 janvier. Ce fut Michel Le Pelletier.

Les jAconiNS maîtres de la ville.

le temple des héros, dans le temple des dieux de la France! Vengeons, nous, la mort d’un de nos augustes représentants, vengeons la liberté

publique assassinée dans lui, mais vengeons-la par des sacrifices

Des sacrifices, qu’ai-je dit! En est-il (piand il s’agit de la Patrie?.... Sacrifions cependant, si on le veut, mais sacrifions à jamais nos

divisions, nos ressentiments, nos haines Tombons tous devant cet

autel; qu’il devienne pour nous celui d’une éternelle réunion!

» Précieuses dépouilles du grand et jiieiix Pelletier, nous jurons tous, devant vous, de n’avoir plus qu’un désir ; le désir sincère et ardent de la chose commune, le désir de la République ! Nous jurons tous de la servir constamment et de toutes nos forces. Nous jurons tous de combattre et de mourir, s’il le faut, pour elle, pour son bonheur et pour sa gloire ! »

Le supplice de Louis XVI détermina la seconde coalition des gouvernements de l’Europe contre la Révolution française. Afin de mettre la République en mesure de soutenir le choc des alliés, la Convention décréta une levée de trois cent mille hommes et délégua cent quatre-vingts de ses membres pour organiser le recrutement et diriger les contingents vers la frontière. Saladin et Pocholle parcoururent en cette qualité les départements de la Seine-Inférieure et de la Somme. Ils séjournèrent à Amiens du 20 mars au 4 avril. La défection de Dumouriez servit de prétexte aux précautions et aux actes de rigueur L Pendant que Saladin, « petit homme gras au teint blême » haranguait ses concitoyens du haut de la chaire de la cathédrale, la commune de Paris, qui tendait de plus en plus au gouvernement de la France, ourdissait contre la Convention le complot qui aboutit aux insurrections du 31 mai et du 2 juin. Cent mille hommes en armes cernèrent l’Assemblée nationale.

1. Arch. mun. Délit. BB 105, p. 195 v°; BB 106, pp. 23 et suîv.

2. Taine. Un séjour en France de 1792 à 1795. Lettres d’un témoin de la Révolution française, traduites de l’Anglais. Paris, 1892, p. 85. La lettre du 23 mars où il est dit que Saladin était à Amiens depuis plusieurs jours a été antidatée ; de même celle du 14 juillet, qui mentionne la présence d’André Dumont et de Chabot, qui arrivèrent le 27.

HISTOIRE De la VILLE d’aMIENS.

Ce jour-là, les Girondins subirent leur dix août. Vingt-et-un furent décrélés d’arrestation, Saladin entre autres. Les modérés de la députation de la Somme rédigèrent une protestation contre ces violences qui menaçaient d’anéantir « l’unité de la représentation nationale, cet unique palladium de l’unité et de l’indivisibilité de la République L Les membres du directoire coupables d’avoir fait imprimer, puis d’avoir envoyé cette déclaration aux cinq districts, furent traduits à la barre de la Convention sur la dénonciation de la Société populaire. Ils se justifièrent aisément.

La France, alors transformée en un vaste camp, se voit attaquée par terre et par mer, déchirée par les guerres civiles, épuisée par la disette, sans autre ressource que des assignats discrédités. Amiens devient le quartier général de la douzième, puis de la quinzième division de l’armée du nord. Le général d’Urre voudrait remédier au délabrement des remparts; il n’en a ni le temps, ni les moyens, et prend des mesures pour masser, en cas d’attaque, la population en armes au delà de l’enceinte. Les levées succèdent aux levées les réquisitions aux réquisitions. En moins de quinze jours (16-28 mai) le district dut livrer 6,o00 septiers de blé, 37,500 septiers d’avoine, 300,000 bottes de paille, 450,000 bottes de fourrage^; ainsi disparaissaient les meilleures ressources du pays et les marchés subissaient d’autant plus le contre-coup désastreux de ces appels réitérés, que la loi du maximum (4 mai) ^ paralysait l’activité commerciale,

1 . Darsy. Amiens et le département de la Somme pendant la Révolution, T. I, pp. 119 et suiv. La déclaration est signée : Louvet, Gantois, Dufestel, Asselin, Devérité, Delescloy, Rivery, François et Martin.

2. Arc/i. de la Somme. Reg. du conseil général du département. T. IV, p. 184. Levée de quinze cents pionniers de dix-huit à cinquante ans, dans les départements du Pas-de-Calais, de l’Aisne et de la Somme. 8 juin 1 793.

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