‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 261 sur 294 · Président ; Varlet; juges : Despréaux, Levrier, Lefebvre · texte numérisé non relu

Président ; Varlet; juges : Despréaux, Levrier, Lefebvre

5. Jean François Devisme-Grenier, né à Long en 1733, négociant, qu’il ne faut pas confondre avec François Devisme, ex-président et membre actif de la Société populaire. Il est mort le 26 juin 1821 . Note de M. Dubois.

LA FAMINE DE l’AN III.

Leroux. Les temps étaient difficiles et les troubles toujours à craindre. La situation économique, qui avait antérieurement amené des mouvements populaires, n’avait rien perdu de sa gravité. A une disette factice, effet de la loi du maximum, se joignait une disette réelle, conséquence de la mauvaise récolte. L’industrie manufacturière ne se relevait pas; le commerce subissait un ralentissement inévitable, les travaux publics étaient interrompus et les souffrances de la classe ouvrière la rendaient, plus que jamais, accessible à des excitations dangereuses.

La famine de l’an III.

Pendant toute la durée de l’an III (septembre 1794septernbre 1795), Amiens se trouve aux prises avec une famine si affreuse que l’histoire locale n’en a point enregistré de plus longue ni de plus cruelle. Mal exécutée et plus mal comprise, la loi du maximum produit des résultats déplorables. Il arrivait autrefois à la halle L mille, quinze cents quintaux de blé par jour. Elle en reçoit à peine deux cents, maintenant que la production n’est plus libre de fixer le taux de la marchandise. Il en faudrait au moins quatre cents.

Le district d’Amiens ne suffit pas à l’alimentation des quarante mille habitants de la ville et des campagnes voisines. Il est nécessaire que les districts de Péronne, de Doullens, d’Abbeville, de Grandvillers, de Montdidier, de Saint-Pol, qui approvisionnent ordinairement le marché.

1. La HALLE AU BLÉ coDstruite entre la rue des Trois-Cailloux et la rue des Jacobins venait d’ètre achevée. (Cf. p. 371). La réception définitive des travaux eut lieu le 1 1 vendémiaire an V (2 octobre 1700), par l’arcbitecte Limozin. L’organisation du service intérieur date du 20 pluviôse (8 février 1797). BB 115, p. 119 v°; 110, p. 41 v°.

ne le désertent pas. C’est ce qui arrive depuis que, district contre district, canton contre canton, commune contre commune, on se dispute les subsistances. Une pareille situation exigerait des finances prospères ; et la caisse municipale est réduite à ne plus payer les appointements de ses employés, le salaire de ses ouvriers, les fournitures de ses bureaux ! ^

A peine Devisme a-t-il succédé à Lescouvé que la question de l’approvisionnement d’Amiens se pose avec un caractère particulier de gravité et d’urgence :

« Le passé, le présent, l’avenir, se confondent pour grossir les difficultés et faire naître de cruelles anxiétés. Le danger de la disette est aussi imminent que si la ville était assiégée. Elle ne Test pas par les armées de l’ennemi, elle l’est par la famine qui s’approche et qui semble tracer autour d’elle une effrayante circonvallation. Il n’est pas un seul jour, il n’est pas une seule séance du conseil général de la commune, où il ne soit question de rechercher les moyens de subsister le lendemain. Toutes les ressources sont épuisées.^ »

L’officier municipal qui trace ce tableau effrayant écrit, en quelques lignes singulièrement adoucies, l’histoire de quinze mois d’incessantes préoccupations et de cruelles tortures. La correspondance de la municipalité avec les pouvoirs publics trahit une inquiétude mortelle

1. Arck. de la Somme. Piegistre du conseil général du département, 1®'^ bureau, du 9 septembre 1793 au 22 brumaire an III. Délibération du 20 messidor an II sur une adresse de la ville à la Convention pour solliciter une avance de cent mille livres.

2. Arch. mun. Délib. BB 110, p. 118. 26 brumaire an III (16 novembre 1794).

3. Ibidem D Registre aux correspondances, du 12 frimaire an III au 24 frimaire an IV, n°s 56 et suiv.

A la commission du commerce de la Convention ; « Le tableau se rembrunit chaque jour. Hier, il ne nous restoit pas à la halle de quoi subvenir à la distribution d’aujourd’hui »

Au comité de salut public : « Assurez efficacement notre approvision-

LA FAMINE DE l’aN III.

Si le présent apparaît désastreux, les citoyens, dont c’est le devoir d’assurer l’avenir, envisagent avec effroi les huit longs mois qui les séparent de la récolte prochaine. Seul, le marché étranger pourrait procurer les moyens d’attendre cette lointaine échéance. Jusqu’au jour où l’on sera en mesure de toucher douze cent mille livres récemment accordées par la Convention pour acheter des grains en Hollande, le conseil général prend l’initiative d’une souscription fraternelle destinée à parer aux besoins les plus pressants. (19 nivôse an III, 8 janvier 1795) b V Association civiciue avait sauvé Amiens en 89. Pourquoi la souscription fraternelle, garantie par les avances de la

nement ! Nous vous en conjurons au nom du bien général et pour l’intérêt

de nos quarante mille citoyens »

A la députation de la Somme : « Nous comptons sur votre attachement, sur votre compassion ! Nous en avons besoin ! »

A André Dumont: « Obtiens-nous, enfin, un approvisionnement assuré.

Délivre-nous des inquiétudes continuelles qui nous obsèdent »

A Gérard Scellier : « Nous voilà au point de manquer de pain »

Aux districts d’Abbeville et de Doullens : « Nous vous conjurons au nom de l’humanité de redoubler d’activité pour nous fournir de quoi vivre. Si vous vous relâchez, la plus affreuse disette régnera pour nous ; si vous nous envoyez huit cents quintaux, ce sera pour deux jours et vous aurez secouru bien efficacement des frères qui soulTrent et qui attendent de vous leur soulagement. »

1. Ârch. mun. Délib. BB III, p. 21 et Arch. mun. an III, F*’’. Souscription fraternelle. Le capital à souscrire est divisé en mille actions de mille livres. Chaque action sera subdivisée en décimes de cent livres et l’on sera libre de souscrire : une ou plusieurs actions, un ou plusieurs décimes. Les noms des souscripteurs seront imprimés et rendus publics. Le registre a été ouvert à la maison commune le 22 nivôse Cf. Souscription fraternelle proposée par le conseil général de la commune d’Amiens à tous et à chacun de ses concitoyens, pour tirer des grains de l’étranger afin d’assurer les subsistances jusqu’après la récolte future. Signé: Devismes, maire; Dumoulin, Delacroix, officiers municipaux ; Fagart, Maillot, Berthe, Bussillot, Morel, Lefebvre-Bouchon, notables ; Janvier. Impr. Caron-Berquier.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

Convention, ne produirait-elle pas les mêmes résultats? Il parut sage d’associer à l’œuvre les communes voisines d’Abbeville et de Saint-Valéry, qui éprouvaient les mêmes terribles angoisses. On demandait un million à Amiens, quatre cent mille livres à Abbeville, cent mille livres à Saint-Valéry. Un registre est ouvert à la maison commune. (22 nivôse).

Cinq années de révolutions ont gravement compromis la confiance; les bourses sont taries. Quatre appels successifs, adressés (c aux frères et amis », ne réussissent point à les convaincre de la nécessité « de se montrer, en payant, dignes de la réputation de civisme, de bonté, d’humanité qui a toujours caractérisé la commune ^ ». Assemblées plénières, visites à domicile, sollicitations de toutes sortes, demeurent sans effet et l’on ne parvient à réaliser que la moitié du million Quelques citoyens, dont le nom était, de longue date, synonyme de charité, montrent cependant l’exemple. Ils trouvent peu d’imitateurs

Comme en 1789, Debray-Valfresne se dévoue et part pour Hambourg afin de réaliser des marchés de grains. Malheureusement le taux du change et la dépréciation du papier-monnaie, joints à la concurrence de toutes les grandes villes de France, qui éprouvent à peu près les mêmes besoins, rendent les négociations très laborieuses. Sur les banques de Genève ou de Bâle, les douze cent mille livres votées par la Convention ne valent pas cent cinquante mille livres en espèces

1 . Arch. mun. Quatrième avertissement du conseil général de la commun e d'Amiens à ses concitoijens sur la nécessité urgente de concourir plus efficacement à la souscription ouverte dès le 19 nivôse pour présenter la commune des horreurs de la disette. 13 ventôse an III.

2. Produit de la souscription au 1®’' germinal : 443,832 livres,

3. Arch. .mun. an III, F®. Souscription fraternelle et Registre original de la souscription, très curieux à consulter.

4. Ibidem D^. Reg. aux correspondances, 12 frimaire an III au 26 frimaire an IV, n° 252.

LA FAMINE DE l’aN JII. -W.i

(L La commune touche au moment fatal de la plus affreuse misère. y> Le dO germinal (30 mars 1795), les malheureux Amiénois, qui n’avaient depuis trois mois que douze onces (128 grammes) de pain par jour, sont rationnés à trois onces (32 grammes). Demain, ils n’auront rien ! ^ Une municipalité nouvelle a surgi par ordre de Florent Guyot, représentant du peuple envoyé dans les départements de la Somme, du Nord et du Pas-de-Calais. Devisme s’est adjoint Laurendeau en qualité d’agent national de la commune. Le Sellyer, Massey, Augustin Debray, Florimond Le Pioux^, que révolution des partis tenait depuis deux ans éloignés des affaires, s’efforcent de concourir au salut de la population aux abois, réduits le plus souvent à demeurer les témoins impuissants d’une détresse, dont les causes multiples et complexes ne sauraient disparaître à coups de décrets législatifs ou d’arrêtés municipaux.

Sur ces entrefaites, la Convention abolit la loi du inaximum. Ce serait le salut si la Convention pouvait décréter la confiance que les derniers événements ont bannie, et rétablir la sécurité des routes avec la liberté des transactions. L’état du marché répond de moins en moins aux nécessités de l’heure présente. Malgré le haut prix des céréales, malgré les injonctions officielles, le paysan, qui craint de manquer

1, Arch. mun. Délib, BB 111, p. 158. 30 mars 1795. Adresse à la

Convention. « Préservez promptement nos 40,000 concitoïens de la famine. Depuis trois mois ils n’avoient que douze onces de pain par jour; depuis cinq jours ils n’en avoient plus que six onces. Ils n’en ont eu hier que trois. Demain ils n’auront rien »

Ibidem. Délib. BB 111, p. 170. 12 germinal. « Au lieu des trois quintaux de grains pour la consommation des malades, attendu la pénurie résultant de l’état mis sur le bureau, le conseil général décide qu’il ne

sera délivré qu’un quintal » La ration des détenus est réduite à cinq

quarts de pain y compris la soupe.

2. A. Janvier. Le livre d’or de la Mu7iicipalité amiénoise, p. 310. 16 ventôse an III (6 mars 1795).

de pain à son tour, ne se met point en peine de secourir le bourgeois b Le peuple s’insurge. Une foule furieuse envahit l’hôtel de ville le 6 avril, enlève le représentant du peuple, le général Laubadère, le maire, les entraîne au magasin des vivres militaires (l’évêché). Là, l’exaspération de la multitude est au comble. Blaux se voit en grand danger. Il faillit être pendu

La disette, avec son triste cortège de privations, offrait à la réaction les moyens de s’affirmer. Les cris de « vive le Roi, vive Louis XVII », retentissent dans les rues. La police surprend des citoyens foulant aux pieds la cocarde tricolore. Blaux s’empresse de réorganiser la garde nationale supprimée par décret du 23 juin 1793 et en confie le commandement à Poullain-Cotte

1. Arch. mun. Lettre du 9 nivôse à tous les cultivateurs du départe-

ment de la Somme. Approvisionnement des marchés. « Revenez, frères et amis cultivateurs, fréquenter les marchés d’Amiens! En vous facilitant les moyens de traiter de gré à gré, nous aurons de plus le plaisir de vous recevoir en Républicains, empressés à partager leurs ressources. Vous trouverez dans nos marchés cette sûreté des personnes et des propriétés qui fait le charme de la société »

2. Ibidem an IV, K. Administration municipale. Lettre originale de

Dely à l’administration municipale, du 12 germinal IV ; « J’ay coupé la corde à monsieur Blot que l’on alloit hisser à un arbre »

Ibidem, an III, R. Émeutes. Proclamation du représentant du peuple Blaux en mission dans le département de la Somme. 6 prairial III. Placard imprimé.

3. Arch. mun. Délib. BB 111, p. 130. — An III, H^. Garde nationale. Arrêté du représentant du peuple Blaux, en mission dans le département de la Somme, pour l’organisation de la garde nationale d’Amiens. Amiens, 14 germinal an III (3 avril 1795). De l’imp. Caron-Berquier.

« Vu la nécessité d’organiser sur le champ la garde nationale d’Amiens, requérons l’état-major de la garde nationale d’organiser provisoirement, dans les yingt-quatre heures, une garde de deux mille hommes à laquelle il sera remis sur le champ des armes convenables pour assurer le service, protéger la tranquillité publique et assurer l’arrivage des grains au marché

LA FAMINE DE i/aN III.

Navrant est le spectacle qui se renouvelle à chaque instant « de pères, de mères de famille venant à la maison commune demander, les larmes aux yeux, du pain qu’on est impuissant à leur donner, ou la mort dont les traits sont déjà empreints sur leur visage décoloré. Ils tombent d’inanition ! Quelques-uns vont chercher au loin des subsistances que l’on ne rougit pas de leur faire payer des prix exhorbitants. Le nombre des nécessiteux s’accroît dans d’effrayantes proportions : ce n’est plus les seuls ouvriers qu’il faudrait soutenir, c’est tous ceux qui, n’ayant ni commerce ni métier, voient leurs revenus réduits à néant h »

Les gens aisés vivent des pommes de terre, qu’eux seuls peuvent se procurer, car elles se vendent plus de vingt livres le boisseau. Blaux réquisitionne comme pour une place en état de siège et fixe sur le papier la quantité de grains que les districts de Béthune, de Saint-Pol doivent envoyer. Ces districts opposent mille objections. Dans la seconde quinzaine de floréal, la ration individuelle de pain ii’a jamais été supérieure à trois onces. Vivre ainsi, ce n’est pas vivre, c’est ne pas mourir.

Les documents trahissent l’affolement des administrateurs de la commune. Atout moment du jour et de la nuit, ils se

d’Amiens. Ces armes seront prises dans l’atelier d’armes du citoyen Bonvallet »

Le lendemain, la germinal, Blaux approuve l’état qui lui est remis des 2,035 hommes « reconnus bons républicain set probes », qui commencent sur le champ le service.

Un arreté du 20 germinal porte le nombre des hommes composant la garde nationale à 2,400.

Alexandre Poullain-Cotte, né le 19 mai 1748, marié le 27 octobre 1772 à Marianne Cotte, fut commandant en chef de la garde nationale, depuis le jour où Morgan de Frucourt avait été emprisonné (février 1793). Morgan de Frucourt reprit ses fonctions à la fin de messidor an III (juillet 1795). BB 112, p. 189.

1. Adresse au comité de salut public. 25 germinal III (14 avril 1795).

concertent sur les mesures à prendre; ils importunent le représentant de leurs sollicitations et, finalement, ne savent à quels expédients recourir afin d’atténuer la crise K Pour sauver la vie aux indigents, on décide que la distribution quotidienne sera restreinte aux seuls ouvriers travaillant de leurs bras, à l’exclusion des propriétaires, rentiers, négociants, hôteliers, maîtres d’atelier et autres censés pouvoir s’approvisionner de leurs deniers.

L’existence de la population devenait un problème plus compliqué d’heure en heure. On signale enfin l’entrée, dans le port de Boulogne, du navire le Pèlegrin, arrivé de Hambourg avec une première cargaison de grains, mais des difficultés sans nombre s’opposent à la livraison du chargement tant désiré. On espérait aussi dans de nouvelles négociations entamées avec la maison Lafon, de Dunkerque. Lafon exigeait, pour la validité du marché et la livraison immédiate de dix-huit mille quintaux, qu’une provision de deux millions fût consignée le 20 floréal (9 mai), terme de rigueur.

Pendant que Debray négocie, pour le compte de la ville, à Hambourg et Massey à Dunkerque, le conseil général étudie le moyen de se procurer les fonds. A défaut de l’emprunt volontaire essayé sans plus de succès que la souscription fraternelle, il venait de voter l’emprunt forcé au prorata de la fortune des habitants répartis en douze classes^. La Convention l’avait autorisé quarante-huit heures avant le jour fixé pour la consignation des deux millions.

1. Arch. mun. Délit. BB H1 et H2, passim. A lire chacune des pages de ces registres qui présentent un intérêt véritablement dramatique.

2. h'emprunt volontaire à 5 "/o ayant été autorisé par le district, le département et la Convention, les registres furent ouverts du 8 au 11 floréal. Il fallait 2,116,168 livres. On ne souscrivit que 180,668 livres. Souscripteurs de 10,000 livres : Morand-Boucher, J. -B. Laurent, Jourdain de l’Eloge, veuve Robert Jourdain, Bouchon; de 8,000 livres ; Biberel;

LA FAMINE DE l’aN IH.

L’impossibilité de le réaliser, en si peu de temps, rendait cette ressource momentanément illusoire. En présence de cent cinquante des principaux citoyens convoqués d’urgence à l’hôtel de ville, Morand-Boucher ' exposa, en des termes éloquents, l’impérieuse alternative qui s’imposait à leur patriotisme. Du versement immédiat des capitaux dépendait le salut. L’anxiété de la foule qui se pressait aux abords de la.maison commune, les efforts du président pour triompher des hésitations, n’étaient que trop justifiés.

de 5,000 livres ; Jérôme, Leleu, Florimond Leroux, Doltin, veuve Fleury.

L'emprunt forcé, voté dans la séance du 12 floréal, d’une somme de 2,116,168 livres, déduction faite du produit de la souscription volontaire, sera réparti, au prorata de la fortune basée sur les renseignements des agents de change et la matrice de l’emprunt national, sur tous les citoyens répartis en douze classes.

Le rôle de perception, ayant été rendu exécutoire par le département le 16 messidor, il est remis au receveur de la commune qui est chargé de la recette, sous le bénéfice des réclamations reconnues justes et fondées qui pourront se produire.

Arcli. mun. Délib. BB 112, p. 57 v°. 12 floréal an III (11 mai 1794). — Ibidem an III, F*^. Emprunt forcé. Les douze classes comprenaient les citoyens taxés à 40,000, 30,000, 25,000, 20,000, 15,000, 10,000, 8,000, 6,000, 4,000, 3,000, 2,000, 1,000 livres.

Cet état, curieux à consulter, donne la situation de fortune des habitants d’Amiens ;

classe, 40,000 livres : Debray- Valfresne, Jourdain de l’Éloge, Bezançon, Morgan père et fils, Delahaye, Daveluy, Dottin, Delaroche- Naudé, Bouchon, Durieux, Merlier, Lestocq-Dumoulin.

classe, 30,000 livres : Fleury-Patte-Masson-Faton, Grenier, Lefebvre-Dubourg, Beaucousin, veuve Tondu, Gillet-Dourlens, Tondu fils. Garçon, Poullain-Gotte, Grenier-Desjardins, Delcourt-Grenier, Jourdain de Thieulloy, Dufresne-Beaucourt, Jourdain frères, etc., etc.

L’emprunt est remboursable par ordre de numéros, aussitôt après la vente des grains, avec intérêt à 5 °/o. Les sommes versées dans la souscription fraternelle, celles promises à l’emprunt volontaire et les billets des commissaires du prêt à la commune, viennent en déduction de la part contributive de chacun.

1. Officier municipal, président en l’absence du maire Devisme.

HISTOIRE DE LA VILLE d’amIENS.

L’heure est solennelle. Debray-Valfresne, Jourdain de l’Éloge, quelques autres, tiennent un rapide, un suprême conseil, et entraînent cinquante-et-un citoyens à souscrire une obligation solidaire de deux millions. Le président en donne lecture, aux applaudissements des témoins de cette scène émouvante, et le conseil général reconnaissant arrête, sur la proposition de l’agent national, que le texte de l’obligation sera immédiatement transcrit sur les registres, comme un monument impérissable de civisme ! (20 floréal an III, 9 mai 1795) L

Tout ce qu’une administration soucieuse du bien public peut imaginer pour donner aux nécessiteux un morceau de pain ou l’espoir d’un morceau de pain, le conseil général de la commune l’a tenté depuis six mois ^ et, de jour en jour, l’aiguillon de la faim devient plus douloureux. Le

1. Arch. mun. Délib. BB 112, p. 81. « Nous nous engageons tous

solidairement à fournir à cette commune la somme de deux millions dont elle a besoin pour payer, ce jour, au citoyen Latîon, de Dunkerque, les grains desquels elle a traité avec lui

» Fait double, le 20 floréal an III.

» François Debray, J. -B. Durieux le jeune et Morgan, veuve Piobert Jourdain et fils, veuve Alexandre Cannet et G*®, Delarue fils. Grenier père, Becquerel-Debray, Ladame, Picart faîné, Chamont, Jourdain de l’Eloge, Duquay, Lebègue, Chamont pour Augustin Debray, Le Caron, Delamorlière, Godart frères, Maret et Dottin, J. -B. Frennelet, J. -B. Laurent, Bussillot, Lecomte et Loignon, Blanchart et Loignon, Ch. Florimond Leroux, P. Berthe, Guérard frères, Bussillot pour Biberel, Pauchet, Morand-Boucher, Massey, veuve Fleury-Patte et Faton, Gillet-Dourlens, Grenier fils, François Somont, Mallet et Rousseau, Gaudefroy, Fontaine, Dautrevaux, Gornet, Jourdain-Dumont, de Saint-Riquier fils. Le Caron fils aîné, Aclocque-Roussel, Demailly fils, Béthouart pour J. -B. Dottin, Bulan, Flesselles, Delcourt fils, Poullain, Janvier. »

Une seconde obligation de 616,000 livres ayant été souscrite, pour un nouveau marché avec Lafon, les signataires des deux obligations se déclarèrent solidaires au nombre de 67, le prairial.

2. Ibidem. Délib. BB 113, pp. 90, 101 v°. Rapports faits au conseil général de la commune par le comité des subsistances, dans les séances des 29 vendémiaire et 20 brumaire an IV.

LA FAMINE DE l’aN III.

patriotisme des cinquante-et-iin, confondus, sans distinction d’opinions, dans le même sentiment charitable, assurait le lendemain ; cela n’empecliait pas l’avenir d’apparaître encore bien sombre.

Le blé, impatiemment attendu, reviendra, compris l’achat, les commissions, le fret, le transport, la régie, à 415 livres le quintal. A ce taux, le pain devra être taxé à 4 livres 5 sols la livre b en assignats, puisque l’assignat est la seule monnaie actuellement à la disposition du peuple Or, cette monnaie se réduit et s’anéantit d’elle-même. Plus les assignats sont dépréciés, plus le gouvernement est obligé d’en émettre pour subvenir à sa dépense, et plus il en émet, plus il les déprécie. De sorte que la baisse accroît l’émission qui augmente la baisse et ainsi de suite; finalement le papier-monnaie n’est plus qu’un chiffon de papier.

Le jour de la souscription du 20 floréal, le louis d’or se vendait, en assignats, 200 livres. Les deux millions donneront donc seulement i 0,000 livres en or. Ce môme louis d’or, qui vaudra 592 livres six semaines après, en vaudra 5,000 l’année suivante ^ ! Naturellement, tout hausse

1. Délibération du conseil général de la commune du -i prairial an ÎU. De rimp. de Caron-Berquier.

2. Arch. mun. Délib. BB 111, p. 100 v°. 29 floréal an III. « Considé-

rant que la dénonciation des assignats de cent sols met les ouvriers et indigents hors d’état de pourvoir à leur nourriture »

3. Cf. Arch. mun. an V, F, Assignais. Tableau de la valeur successive du papier-monnaie à partir du D*" janvier 1791, extrait des minutes aux arrêtés du département de la Somme, en la séance du 14 thermidor an V.

Le louis d’or

de 24

livres, \

'aleur

en papier monnaie ;

1°'' germinal an

. 103 livres

1®® vendémiaire an IV

953 li

ivres

l®*" floréal

1®® brumaire »

l®*" prairial

1®® frimaire »

1®® messidor

1®® nivôse »

1®® thermidor

1®® pluviôse »

1®® fructidor

1®® ventôse »

en proportion : une place de première loge ou de parquet au spectacle se paiera deux cent cinquante livres au mois de frimaire an IV (décembre 1795) ^ ce qui représente la journée d’un ouvrier terrassier à cette époque! Les marchands se voient forcés de recevoir l’assignat sous peine d’être traduits en justice et condamnés aux châtiments édictés (( contre les avilisseurs et les décrieurs de la monnaie nationale »

Pour empêcher douze mille individus, choisis parmi les plus besogneux, de mourir de faim, la caisse des subsistances essaie de délivrer des bons à valoir sur le prix du pain -h Gomment alimenter la caisse des subsistances, si la caisse municipale n’est plus même en mesure de pourvoir à l’éclairage et au chauffage de la salle des séances et des corps de garde ^ !

i. Arch. mun. Délib. BB 113, p. 134; BB 114, p. 139 v°. Prix des places au spectacle :

Le 16 frimaire an IV (7 déc. 1794). Le 25 floréal an IV (12 mai 1795).

1res loges et parquet.

50 livres

250 livres

2mes loges ....

3mes loges ....

Parterre

La livre de chandelles se paie cent livres.

2. Ibidem. Délib. BB [114, p. 138. 23 floréal an IV. Avertissement de l’administration municipale de la commune d’Amiens à ses concitoyens sur le refus fait par quelques-uns de recevoir les assignats en paiement.

3. Ibidem. Délib. BB 112, p. 106. I®’’ prairial an III (20 mai 1795). Les habitants sont divisés en trois catégories : la première comprendra les indigents qui seront toujours fournis de préférence et même exclusivement, lorsque la distribution n’excèdera pas 60 quintaux. La deuxième comprendra les ouvriers dont les journées sont proportionnées au prix actuel des denrées, ainsi que les petits rentiers, qui seront pourvus concurremment avec la première catégorie, lorsque la distribution atteindra 120 quintaux. La troisième comprendra tous les autres citoyens qui ne participeront aux distributions que si elles atteignent 200 quintaux et plus.

4. Ibidem. Délib. BB 113, p.76 v° 14 vendémiaire an IV (6 octobre 1796). a Attendu qu’il n’est pas possible de tenir les séances, de travailler, ni

LA FAMINE DE l’AN III.

La moisson atténue un instant la crise, mais la moisson n’est pas sitôt terminée que, des memes prodigieuses dilïicultés naissent les mômes cruelles angoisses, et l’on put redouter, à certains jours de l’an IV, de se voir aux prises avec une situation aussi tristement affreuse que celle de l’année précédente L

La question des subsistances préoccupe à ce point les esprits, pendant cette période, que les luttes politiques semblent oubliées, tout au moins reléguées au second plan. Chaque jour de décadi, un officier municipal, revêtu de l’écharpe tricolore, se rend « au temple de la divinité », afin de donner connaissance au peuple des lois et décrets reçus pendant la décade. Les patriotes, qui se pressaient autrefois à cette lecture publique, négligent maintenant d’y assister: le il nivôse an III (31 décembre 1 795), le citoyen Prudhomme . se plaint de n’avoir eu pour auditeurs qu’un homme et une femme

La Société populaire, naguère si agitée, si arrogante et si despote, ne trouve pas un mot de protestation contre l’arrêté de dissolution signé Blaux, que Morand-Boucher lui notifie le 11 prairial (30 mai 1795) -h Son dernier président assiste sans mot dire à la confiscation des registres et des archives. Personne ne voudrait, maintenant, avoir fait partie d’un foyer d’agitation dont les plus ardents

d’éclairer les corps de garde, faute de chandelles; qu’il n’y a pas de fonds pour en acheter

» Attendu que les chefs et commis des bureaux n’ont pas touché depuis trois mois le montant des mandements à eux expédiés pour leur traitement »

d. Arch. mun. Délib. BB 113, 114, [\'6, passim.

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