A7'ch. mun. Délit. BB 44, pp. 151 v
LA LIGUK.
les environs d’Amiens ^ Celte paix ressemblait à toutes les autres : mêmes concessions, mêmes [)romesses, qui le plus souvent demeuraient lettre morte.
Pierre de Saint-Delis, seigneur de Pernapré, l’un des factieux les plus opiniâtres du f)ays, et qui récemment encore tenait parti dans La Lère contre le Hoi, s’était cru en rlroit d’établir un prêche à Allonville. I.es huguenots [)Ouvaient se retrancher dans le parc enclos de murailles de celte résidence, dont l’accès se trouvait facilité, pour des gens mal intentionnés, par la succession des forêts qui le reliaient à l’Artois. Grèvecœur y vit un danger et notifia à Saint- Delis l’ordre d’interrompre sur le champ l’exercice du culte. L’échevinage défendit le même jour aux principaux adeptes de la religion réformée - de se rendre à Allonville. C’étaient des artisans, dont la situation effacée montre à
1. Arch. mun. Délib. BB 45, pp. 54 v°, 57. Avril 1581. « Les larcins, paieries, sacrilèges, meurtres, brullemens, viollemens, inrëvérences, dérisions que commettent chacun jour les troupes de M. de Farvacques, qui sont en ce pais, dès il y a plus de quinze jours, premièrement contre l’honneur de Dieu, au mespris de la religion catholicque et à la foulle et ruyne du païs. ... » Guillaume de Hautemer, comte de Fervacques.
2. Ibidem. Délib. BB 45, pp. 57 v° et suiv., 66 v". 16 juin 1581.
Voici leurs noms ;
Antoine Dufour, houppier.
François Dufour, houppier.
Jehan Tallé, houppier.
Nicolas Lirot, saieteur.
Pierre Germer, saieteur.
Pierre Laloue, hostelain.
Jacques Salle, menuisier.
François Dupuis, houppier.
Deux ans après (juin 15831, une nouvelle tentative est faite par le vidame et de Picquigny, qui prétendent établir un prêche « en la ville de Picquigny, contre le bon vouloir de Sa Majesté. » Frère. Laloue, Lhéritier, de Haudricourt et ïallé consentent à n’y point aller. — BB 46, p 40.
Laurent Lescuier.
Simon Frère, houppier.
Jehan Lhéritier, vinaigrier.
Andrieu de Haudricourt.
Antoine de Moncheaulx, saieteur.
Nicolas Bulot, saieteur.
Antoine Grigault, saieteur.
quel point le calvinisme avait perdu de son importance. (15 juin 1581).
On inultipliait, en ce temps-là, les prières publiques et les exercices de pénitence, afin d’obtenir que Dieu abrégeât le temps d’épreuves que traversaient l’Église et le royaume de France. Des milliers de pèlerins se rendaient processionnellement aux sanctuaires célèbres.
Le 10 novembre, à une heure de l’après-midi, Amiens vit arriver plus de trois mille habitants du bourg de Breteuil et des villages voisins, conduits par le prieur de l’abbaye, qui portait le Saint-Sacrement. Habillés de longues tuniques blanches, des petites croix de bois à la main, ils s’avançaient sur deux rangs, chantant des hymnes et des cantiques. Geoffroy de la Marthonie les reçut à la porte de Beauvais et les accompagna à l’église Notre-Dame, but du pèlerinage. Les maisons situées sur le parcours disparaissaient sous de somptueuses tentures, ainsi qu’au jour de l’Ascension, et l’émotion des assistants était profonde. 11 y eut salut solennel, après lequel les bourgeois se disputèrent la faveur de loger les pieux étrangers qui reprirent, le lendemain et dans le même appareil, le chemin de leur pays, accompagnés par l’évêque et par le clergé^ jusqu’aux limites de la banlieue.
1. Arch. mun. Délib. BB 46, p. — aux Chartes AA 17, p. 41 v°. 9 novembre 1583. « Ordonnance sur ce qüe le clergé et les habitans du bourcq de Bretheul et aultres villages allenviron, esmeuz de dévotion, ont délibéré faire procession dudict Bretheul jusques en ceste ville, à la grande
église Nostre Dame » Ordonné de nettoyer les rues et de tendre les
maisons, de la porte de Beauvais à Notre-Dame. Défense aux pâtissiers, boulangers, taverniers, hôteliers de vendre « leur pain, vin, chair, bois, gistes et aultres vivres à plus haut prix. » — Dusevel, édit, préc , évalue à cinq mille le nombre des pèlerins, que de Court, Pagès et Daire fixent à trois mille.
Le comte de Galametz {Bulletin de la Société d’ Émulation d’Abbeville, année 1891, n° 4), donne l’ordre de la marche d’une procession blanche venue à Abbeville, au mois de janvier 1584 : les jeunes filles marchaient
LA LIGUE
Les perfides desseins prêtés à Condé, avec une insistance significative, avaient considérablement amoindri ce jirince aux yeux de l’échevinage \ lorsque Henri de Bourbon, roi de Navarre, se trouva l’aîné des descendants de saint I.ouis par la mort du dernier frère de Henri III La France était et voulait rester catholique; elle ne pouvait subir un roi hérétique. Après Henri de Navarre, l’aîné de la maison royale était son oncle, le vieux cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen.
Les Guise le saluent héritier du trône et premier prince du sang, sous la protection du pape et du roi d’Espagne. Une députation de la noblesse de Picardie se rend auprès de lui, l’invite à visiter cette province et l’emmène à granules journées à Péronne. Guise et ses frères rassemblent une armée en Champagne et plusieurs villes se soulèvent. Lyon ouvre ses portes aux secours que les révoltés avaient obtenus
en premier, ensuite les femmes, puis les jeunes garçons et enfin les hommes. Chacun portait une croix de bois blanc et un cierge.
Les jeunes filles chantaient ; Ave Maria
Domini Dei mater aima Cœlica plena gratia !
Les femmes : O notre bon Dieu
Qui es en tout lieu Faites-nous merci
Quand nous partirons de ce monde cy !
Les garçons ; Humilions-nous ! Humilions-nous !
Portons nos suaires avec nous.
Pensons qu’il nous faut tous Mourir pour aller avec Jésus-Christ.
Les hommes : O Jesu redemptor mundi,
Ad te clamamus,
Atque nos flemus Peccata nostra Parce, creator.