Ibidem. Délib. BB 44, pp. 149, 152, 163 v
LA LIGUE
La Fère, si raudacicuse tentative n’avait rencontré des complices parmi les huguenots d’Amiens L I.eur attitude, en la circonstance, ht redoubler la surveillance dont ils étaient l’objet. Grèvecœur voulait les désarmer; l’échevinage préféra surseoir, pour ne i)oint enfreindre le dernier édit de pacification. Ils n’étaient au surplus ijue deux cent seize environ, d’après les rapports de la police; beaucoup n’avaient môme pas d’armes ^
Cependant et en dépit de ces protestations de bons offices, on prêtait à Gondé les desseins les plus ambitieux. Un personnage, résidant à quelques lieues d’Amiens, révéla au mayeur François Bigant que, se trouvant de passage à Saint- Pol, il avait rencontré des soldats de La Fère qui lui confièrent le secret d’une tentative de surprise projetée contre la ville. Des bourgeois auraient offert au prince de lui livrer la capitale de la Picardie.
Quatre cents cavaliers, avec autant d’arquebusiers en croupe, devaient s’embusquer pendant la nuit à la maladrerie de la Madeleine cent arquebusiers à la chapelle
1. Arch. mun. Délih. BB 44, p. 171-172 v°. 20 avril 1580. Plusieurs huguenots avaient quitté la ville, peu de jours avant le coup de main tenté par 80 ou 100 cavaliers et 300 ou 400 hommes de pied.
2. Ibidem. Délit. BB 44, p. 170. Cinquante ou soixante n’ont aucune arme ; les autres n’ont en tout que 24 harquebuses, 4 pistolles, 8 corselets, 7 morions, 48 hallebardes, 70 épieux et quelques piques.
3. La Madeleine, ancienne maladrerie instituée, au xiii® siècle, par les mayeur et échevins d’Amiens, pour y reléguer les lépreux, fut connue pendant le cours du moyen âge sous le nom de Maison de Samt-Ladre (corruption de Saint-Lazare). Elle se trouve à gauche du chemin de Vignacourt, au nord et non loin du cimetière de la Madeleine, qui lui emprunta son nom, là où se voyaient, il y a peu d’années, les murs de l'enclos et la grande porte à plein-ceintre qui y donnait accès. La chapelle, rebâtie vers 1761, sert de grange; la façade était décorée de statues portant le cachet des artistes du moyen âge et qui existaient encore en 1830. Elles ont été enlevées lors de la construction de la maison à usage d’auberge actuellement existante.
La lèpre ayant disparu de nos contrées, un édit de Louis XIV réunit
Saint-Montain K A l’ouverlure de la porte Montrescu, huit à dix chariots, chargés de laine et d’avoine, pénétreraient en ville, conduits par des capitaines déguisés en paysans. Plusieurs de ces voitures barricaderaient la chaussée au blé ; les autres stationneraient dans les portes, afin d’entraver le jeu des herses et du pont-levis. xAu signal convenu, des atfidés, cachés dans les tavernes du voisinage, feraient irruption, se saisiraient de la porte, égorgeraient les hommes du poste. Les troupes, embusquées à la chapelle Saint- Montain, entreraient « de furie », suivis par les quatre cents cavaliers, mettraient en pièce ceux qui résisteraient et s’empareraient de la ville, tandis que, sur trois ou quatre points différents, éclateraient des incendies, allumés à dessein pour distraire la population et rendre, toute résistance impossible.
L’échevinage ne parut point se préoccuper ce des bruits communs et populaires que aucuns méfiants faisaient courir, » toutefois il est curieux de retrouver dans le plan de la surprise prêté à Gondé les moindres détails du stratagème qui a perdu la ville dix-huit ans plus tard. 24 décembre 15702.
Durant les quatre années de paix anarchique qui suivirent l’édit de Poitiers, les bandes armées qui parcouraient le pays, celle notamment de Fervacques, ravagèrent souvent
à l’ordre de Saint-Lazare, primitivement fondé pour le soin des lépreux, tous les biens dépendant des maladreries du royaume; ceux de la maison de la Madeleine, par conséquent. C’était détourner de leur destination primitive des revenus destinés aux pauvres malades de la région, aussi le Roi, cédant aux scrupules de de Maintenon, décida-t-il, par arrêt du conseil du 13 juillet 1695, que les possessions de l’antique maladrerie d’Amiens seraient pour toujours annexées à l’Hôtel-Dieu.
Cf. T. I de cet ouvrage, p. 247 et Pagès. Édit. préc. T. III, p. 252.