‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 43 sur 294 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les amis du duc d’Aumale triomphent. — Tristes pressentiments du duc de Nevers au lendemain de l’édit d’Union. — Le duc de Longueville lui succède au gouvernement de la Picardie. — Son arrivée à Amiens.

— Les députés du bailliage aux États de Blois. — La nouvelle de l’assassinat de Guise parvient à l’échevinage. — Douloureuse émotion qui s'en suit. — Mesures de défense. — La duchesse de Longueville et sa famille retenues en otage. — L’échevinage refuse l’entrée au duc de Longueville.

— Création de la Chambre du Conseil devenue la Chambre des États de Pieardie. — Le pouvoir exécutif est attribué à l’échevinage. — Manifeste adressé à la province. — La chambre des finances et le receveur général de l’Union. — Confiscations, saisies, emprunts. — Saint-Quentin refuse d’adhérer. — Les Abbevillois font des réserves et voudraient la convocation des États de la province. — Le duc d’Aumale élu gouverneur. — Les gouverneurs et les capitaines. — Manifeste de Balagny. — La défense de la province. — La terreur règne à Amiens. — Emprisonnement des suspects. — Captivité de la duchesse de Longueville et de sa famille. — Rigueurs de la surveillance qui leur est imposée. — Embarras et expédients financiers. — Mayenne nommé lieutenant général du royaume. — Le duc d’Aumale à Amiens, le 2 mars 1589. — Pompe funèbre en l’honneur du duc de Guise. — Hostilités en Picardie. — Les armées royales remportent plusieurs avantages. — Détresse de la Chambre des États. — Assassinat de Henri III.

Le duc de Nevers dit un jour au Roi : « Vous avez en Picardie un ennemi qui est bien plus à craindre que le roi de Navarre. » et il ajoutait : Il y a un secret levain de

révolte et de faction dans la plupart des esprits. J’ai tout le déplaisir imaginable de ne pouvoir venir à bout de ce mal,

ni rendre l’autorilé royale aussi absolue et aussi révérée qu’elle doit être. J’espère bien, avec la gnice de Dieu, ipie j’empêcherai les progrès du mal et ne laisserai rien entreprendre, ni à monsieur d’Aumale, ni à pas un de son parti » b

Nevers ne se trompait pas. Les amis du duc d’Aumale triomphaient bruyamment et entretenaient dans la ville une agitation qui se traduisit par des émeutes. Le Hoi prescrivit une enquête, mais cette enquête n’aboutit jias. Elle aurait eu pour résultat d’exposer à la vengeance du souverain un grand nombre de bourgeois des plus notables, auteurs ou complices des troubles

Dominé par l’ascendant du duc de Guise, Henri III consentit enfin (juillet J 588) à publier le fameux Édit d’ Union. Dans cet acte solennel, qu’Amiens accueillit par des réjouissances auxquelles la population fut tenue de s’associer sous peine de prison et d’amende^, le Roi déclarait aux hérétiques une guerre à outrance ; il s’engageait à ne pas quitter les armes qu’ils ne fussent détruits jusqu’au dernier; il imposait à ses sujets l’obligation de le seconder de tout leur pouvoir; il ordonnait de ne jamais reconnaître pour roi de France un prince étranger à la religion catholique.

La guerre se prolongea donc. Nevers, appelé au commandement de l’une des armées, céda le gouvernement de Picardie au duc de Longueville son gendre. Il était en proie à de sinistres pressentiments : « J’ai une certaine peine d’esprit qui ne me présage rien de bon. L’honneur que

1. Mémoires de Monsieur le duc de Nevers. 1G65. T. I, p. 853.

2. Ibidem. T. I, p. 863. — Arch. mun. Délib. BB 49, pp. 19, 37 v°.

3. Arch. mu7i. Reg. aux Chartes AA 17, p. 86 v°. 29 octobre 1588. Ordonnance prescrivant pour le lendemain une procession, un Te Deum et des feux de joie, avec injonction de tendre et de décorer les rues sous peine de prison et d’amende en réjouissance de VÈdit d'Vnion.

4. Henri d’Orléans, duc de Longueville, fils de Léonor d'Orléans, duc de Longueville et d’Estouteville, et de Marie de Bourbon.

HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

Sa Majesté me fait de m’envoyer la servir dans ses armées de Poitou devrait me donner une ardeur et une joie extraordinaires. Je pars néanmoins avec je ne sais quelles mouvances (émotions) qui m’abattent le courage » b Parmi

tant de défections, Crèvecœur demeurait inébranlable au service du Roi ; Nevers n’espère qu’en lui.

Le duc de Longueville fit son entrée dans Amiens, le 22 septembre. La jeune duchesse, fille du duc de Nevers, l’accompagnait, ainsi que la duchesse d’Estouteville, sa mère, ses trois sœurs et le comte de Saint-Pol, son frère cadet Parlant des fêtes données, des banquets offerts à l’hôtel de ville et au logis des Trois-Gailloux, où la duchesse réunit un jour cent trente dames les plus qualifiées de la province, de Court ne peut s’empêcher de remarquer le contraste saisissant entre ces démonstrations sympathiques à l’égard des princesses et le douloureux martyre qui leur était réservé : (f Que l’homme est plein d’inconstance et d’ingratitude, principalement quand on a affaire à un peuple qui, sous un vain prétexte de défendre la religion, se laisse aisément aller à de grands égarements! »

L’importante affaire, pour les ligueurs et pour le Roi, c’était la prochaine réunion des États de Rlois. De toutes parts les agents du duc de Guise et ceux de Henri III se mirent en mouvement pour influencer les élections et amener aux États une majorité dévouée à leurs principes. Le duc de Guise avait maintenant à sa dévotion l’évêque et les gens d’église, les religieux des différents ordres, la plupart des membres de l’échevinage, les magistrats du bailliage. Le résultat des votes d’Amiens fut tel qu’on le prévoyait :

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