Ibidem. Délib. BB 51, pp. 68 v° et suiv., 88 v
3. Ibidem. Délib. BB 51, pp. 105 v° et suiv., 116 v®, 119, 124, 130. Juillet, août et septembre 1590.
D’Humières s’ôtant emparé de Corbie au mois de décembre, la cavalerie ne peut plus reconnaître le pays, sans s’exposer à des embuscades habilement ménagées par lui. Ce redoutable capitaine errait un jour entre Saint-Sauflieu et Lœuilly avec quatre-vingts cavaliers. A la sortie d’un village, il rencontre un corps d’arquebusiers arniénois, en reconnaissance dans les mêmes parages et conduits pâr le duc d’Aumale. D’IIumicres s’élance à la poursuite de la troupe qui s’enfuit en pleine déroute. Le duc court de grands dangers; il aurait été capturé, si plusieurs de ses soldats ne s’étaient volontairement laissés appréhender, pour retarder l’ennemi et lui permettre de gagner un peu d’avance. Après avoir changé de cheval, il rentre en ville hors d’haleine, tellement exténué que pendant près d’une heure il demeure sans connaissance.
Corbie devient le delenda Carthago. Il ne se passe point de semaine que Mayenne ne reçoive lettres ou députations qui le supplient d’affranchir Amiens de ce dangereux voisinage, repaire de royalistes, d’où l’ennemi entretient de secrètes intelligences dans la place L L’échevinage décrète les mesures propres à conjurer le danger d’une attaque des remparts en même temps que le danger d’une insurrection populaire. Plusieurs maisons des faubourgs, qui peuvent gêner la défense, sont rasées L’artillerie est mise en batterie
1. Arch. mun. Délib. BB 51, pp. 159-161. 11 décembre 1590. D’Aumale
dit au mayeur « qu’il a eu advis de bonne part que Jehan Hublée, bourgeois, a escript au s’’ de Humières, depuis la prise de Corbie, qu’il estoit son très humble serviteur et que, dans ceste ville, le pœuple commençoit à se mutiner et que devant peu de temps il se coupperoit la gorge l’un à l’autre; davantage, qu’en la rue de Beauvais et derrière Saint-Leu, il y avait plusieurs bons serviteurs audict d’Humières » BB 52, p. 39.
2. Ibidem. Délib. BB 51, p. 160. La maison de Saint-Martin, au faubourg de Montrescu; la maison des Cocqueletz et de Baudricourt, au faubourg de Haultoye ; la maison de l’Ecu de France, au faubourg de Xoyon ; la maison de la voirie de Saint-Maurice.
sur les remparts. A chacun des carrefours, sont placées un certain nombre d’arquebuses à croc^ destinées à balayer les rassemblements de plus de trois personnes. En face de l’hôtel de ville, au grand marché, à la Belle-Croix 2, sont braqués des canons chargés de mitraille, « petites balles, chaînes, têtes de clous, dents de. fer. » La garde stationnaire fournit partout des patrouilles et des postes de sûreté, et les suspects sont invités à se tenir à distance des remparts
Devant un pareil déploiement de forces, on est atterré, personne n’ose manifester, mais les esprits sont travaillés et deux courants entraînent la population.
Plus sensible à ses besoins matériels que fidèle à ses
1. Au carrefour devant l’hôtel de ville, 3 arquebuses, devant Saint- Martin 4, au grand marché 8, au puits des Wateletz 8, à la Belle-Croix 8, à la pierre Saint-Firmin 3, au petit marché 4, devant Saint-Denis 4, devant Saint-Sulpice 3, devant Notre-Dame 4, devant Saint-Leu, 3.
L’arquebuse à croc, dont le canon mesure de 1™,30 à 1“^,70 de longueur, portait sur un chevalet de bois et pesait de 24 à 28 kilos. Elle prenait son nom du croc qui la retenait au chevalet.
2. La PLACE DE LA Belle-Croix, aiusi dénommée dès 1482 {Comptes 1481-82, p. 90), fut créée après la démolition de l’enceinte de la ville. Elle devait cette appellation à la belle croix de pierre qui s’y trouvait, et dont une délibération du 13 octobre 1477 signale l’existence. Ce jour-là, l’échevinage décida de transférer « au dehors de la porte de Longuemaisière assez près de la croix y estant » le marché au blé, qui se tenait auparavant, etde temps immémorial, devant l’Hôtel-Dieu. Le peuple l’appela dès lors indifféremment place de la Belle-Croix ou du marché au blé.
La ville ayant été autorisée à faire reconstruire les maisons en façade, sur les plans de l’architecte Rousseau, la duchesse de Mailly, fille du duc de Talleyrand-Périgord, gouverneur de la province, posa, le 4 mai 1784, la première pierre de l’immeuble qui porte le n° 3, et le nom de place de Périgord lui fut attribué en l’honneur de ce personnage. La Révolution interrompit l’exécution du plan monumental de Rousseau. Lap/acePmgio?’d devint momentanément place de la Concorde, puis reprit la dénomination de place de Périgord remplacée, en 1885, par celle de place Gambetta.
3. Arch. mun. Délib. BB 51, p. 165. 20 décembre 1590. «Attendu que Pierre de la Badolle, naguères sergent en l’élection, a esté de tout temps héréticque, ordonné qu’il luy sera enjoinct changer de maison à raison que sa maison est trop proche des rempars. »
convictions, atteint dans son Lien -être par le chômage prolongé, l’ouvrier murmure, « parle mal à propos de rUnion ; voyant qu’on le repait de baies; que tout le secours
qu’on lui promet n’est cpie du vent Il médit à pleine
bouche de Mayenne et le donne au diable avec la guerre, ne se souciant qui l’cnqiorte, pourvu qu’on le mette en
repos S’il n’y est remédié, le téu s’allumera si fort qu’il
en arrivera un grandissime desservice à l’Union »
Chez un certain nombre de bourgeois, au contraire, les progrès de Henri IV ne font que développer la passion politique, en dissipant les plus saines notions du patriotisme. François Gastelet, leur député aux États généraux de Ueims ’ , reçoit le mandat impératif de se conformer, dans l’expression de ses votes, à la ligne de conduite que « Sa Majesté
1. Arch. 7nun. Délib. BB 52, pp. 24-40. 31 juillet 1591. Les Ltats, convoqués par Mayenne, d’abord à Orléans, puis à Reims, pour le mois d’août et définitivement ajournés à Paris, au 17 janvier 1593, faute par les députés de s’être trouvés en nombre suffisant. Voici le texte des instructions données à Gastelet ;
« Insistera, pour le bien du pais, que la Picardie soit gouvernée par Estats qui se tiendront de trois ans en trois ans, à l’exemple des provinces régies par Estats et qu’il ne se fera aucune levée de deniers sans le consentement desdits Estats,
» Que s’il se parle de l’ellection du Roy, il fera ce qu’il porra adfin d’avoir temps pour nous en avertir, adfin de luy mander ce qu'il aura affaire et au cas qu’il ne puisse obtenir aucun délay, il se conformera à ce que Sa Saincteté, le Roy d’Espagne, les princes catholicques et les Estats trouveront bon.
» Requerera que le Roy qui sera esleu ne puist faire aucun nouveau éédit au préjudice du pœuple, sans le consentement des Estats du royaume,
» Que la Picardie soit secourue de deniers pour la solde et entretènement des gens de guerre.
» Prendra garde que l’on ne touche aucune chose au préjudice de nos privilèges, franchises et libertez et s’il se faisoit quelque ouverture à l’encontre d’iceulx, y respondra et insistera pour les conserver.
» A toutes occasions et mesmes par gens exprès, il nous donnera advis de tout ce qui se passera. »
MO HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIEVS.
le roy d’Espagne, les princes catholiques et les États trouveront bonne. » Et quand, à la tête de la plus belle armée qu’il ait encore menée, le roi de France passe non loin d’Amiens^ pour aller entreprendre la conquête de Rouen, (novembre lo91), les échevins, dans l’affolement de la peur, se jettent aux pieds du duc de Parme, que Vincent Boulanger va complimenter en leur nom, « le suppliant très humblement avoir ceste province en recommandation et particulièrement Amiens » ; le conjurant de « prendre la ville de Corbie qui cause la ruine du pays I » - Connaissant la grande influence du maréchal de Rosne dans les conseils du duc et, afin de s’attirer ses bonnes grâces, Saisseval lui promit cent écus s’il parvenait à décider Son Altesse à secourir Amiens. Mais les alliés ne perdaient pas de vue ce qui se passait sous les murs de Rouen et ne pouvaient diviser leurs forces. R importait de faire lever le siège. Us y réussirent (19 avril 1592), et les Amiénois célébrèrent le triomphe de l’Union par des feux de joie et par le chant du Te Deum'\
Cependant les populations ont soif de repos. Abbeville, qui se trouve plus directement menacé depuis que royalistes et ligueurs se disputent le port de Saint-Valéry^, prend l’initiative d’une série de conférences, auxquelles Amiens adhère, non sans difficultés, et qui tendent à obtenir, aussi bien de d’Aumale que de Longueville, un arrangement
1. Arch. mun. Dôlib. BB 32, p. 88. « Mons. le maïeur a dict qu’il a receu advis de toutes parts que le roy de Navarre doibt de bref sie'ger ceste ville. A esté escript à M. de Mayenne et à Mons. le duc d’Aumalle, mais la première difficulté est de sçavoir de quoy les soldatz seront entretenus en icelle ville .... »
2. Ibidem. Délib. BB 52, pp. 120 v°, 130, 133. 21 janvier et 7 mars 1392.