‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 66 sur 294 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

La Maison GABRY, 13, me Frédéric Petit, Amiens, informe sa nombreuse clientèle qu'elle a

fait graver des fers spéciaux pour la reliure de

l’Histoire de la Ville d’Amiens, par M. le

Baron A. de Galonné.

aux bourgeois réunis en assemblée plénière, mais on redoute des troubles, et la convocation de cette assemblée est ajournée. En attendant, malgré les supplications de Fierny, Mayenne expulse le lieutenant criminel, Jacques Picard, et les trois beaux-frères de Louvcncourt, M® Nicole de I.an, trésorier général, M® Antoine Scourion, procureur du Roi, et Guillaume Pingré, marchand, dans des conditions de duplicité particulièrement odieuses. I.es ayant mandés au palais épiscopal, afin de les consulter touchant quelque grave affaire, il les retient jusqu’à une heure avancée de la nuit et les fait sortir subrepticement par la porte de la Rarrette, avec la complicité de deux échevins. (28 juin) K Jean Patte trace de l’état des esprits à cette date un tableau bien sombre : « De jour en jour, d’heure en heure, on était en danger de se tuer l’un l’autre; voisins contre voisins d’une même rue, pour les diversités d’opinions. Les uns voulaient la paix; les autres, la trêve; les autres, la guerre; appelant l’un l’autre ligueur. Espagnol, royaliste, huguenot, politique, tellement que c’était pitié! Médisant des gens de bien ; menaçant l’évêque de le faire chasser hors de la ville, à cause qu’il ne voulait permettre de prescher à aucuns prédicateurs venus de Paris et qui exhortaient à sédition le peuple déjà assez irrité sans l’émouvoir

encore La religion catholique est perdue dans la ville de

Paris, s’écrie Boucher, l’un des plus ardents de ces prédicateurs, dans fort peu de temps il n’y aura ni prêtre, ni messe. Gardez-vous donc d’obéir au Béarnais »

1. La PORTE DE LA Barrette, anciennement appelée porte des Arcs, se trouvait située à l’extrémité ouest de la rue de la Barrette. Jehan Patte. Journal, p. 262. — Arch. mun. Délib. BB 53, p. 147 v°. « Par le commandement de piondit sieur (Mayenne) ont faict délivrer à deux eschevins les clefs de la Barrette pour faire sortir ceux que mondict seigneur désirera et incontinent après a esté rapporté qu’il a faict sortir M® Jacques Picard, lieutenant criminel, M® Nicolas Delan, trésorier général, M® Anthoine Scorion, procureur du Roy, et Guillaume Pingré, marchant. »

122 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

Les royalistes inondent la ville d’un factum ’ imprimé en réfutation de ces discours :

(( Je vous puis assœurer que, grâces à Dieu, l’on n’eust jamais plus d’espérance de voir la religion florir en nostre ville, qu’à présent où vous voyez les églises non vuides et désertes, comme aux années précédentes, mais toutes pleines

de pœuple pour une messe qui s’y disoit durant la Ligue,

il s’en dit cent et deux cents chacun s’évertue à orner et

enrichir les temples. On propose en public les beaux et riches reliquaires lesquels on estoit contraint auparavant de cacher dedans terre, de peur que les harpies affamées

de la Ligue ne jettassent leurs ongles crochus dessus

On ne parle plus de saignées, de glaives, de feu, de couppe gorge, mais très bien de concorde, d’amitié, de justice et puis dire qu’il tient à fort peu de chose que l’aage d’or ne retourne icy

» Allez le grand chemin, abominez telles prédications qui ne tendent qu’à vostre ruine et recongnoissez vostre roi naturel, légitime et très chrétien ! Rendez-luy ce qui luy appartient, quy est vostre ville appartenante, comme vous ne pouvez l’ignorer, à la couronne de France ! Ne vous engagez pas à l’Espagnol, quy a les yeux fichés sur vous et qui, comme un aigle et un vautour ravissant, vous veut avoir pour sa proye »

A ceux qui dépeignent Henri IV comme un tyran capable des représailles les plus terribles, l’auteur de la « response » oppose des assurances pacifiques :

(( Ne craignez ja ce que l’on vous fait appréhender, asçavoir le bannissement d’aucuns bourgeois. Sçachez que quelques

I . Responce d’un bourgeois de Paris à un escrit envoijé d’Amiens, par laquelle les calomnieuses prédications de M. I. Boucher sont réfutées et les habita7is d’Amiens admonestez de recongnoistre leur souverain et se ranger souz son obéissance. A Paris, chez Jamet Mettayer et Pierre L’Huillier imprimeurs et libraires ordinaires du Roy, MDXCIIII. Plaquette in-8° de 16 pages. — Bibliothèque de M. Jean Masson.

uns de vray se sont retirés de la ville de Paris, par le commandement du magistrat, mais .fort peu, veu le grand nombre de séditieux qui y estoient. Plusieurs y sont demeurés, quoy qu’ils eussent eu leurs billets, à la première requeste qu’ils en ont faicte »

Les événements se précipitent, brusquement, comme dans une fortune qui s’écroule. L’inlluence de l’Union, maintenue par des prédications exaltées et par le régime de la délation et de la contrainte, dernière ressource du duc d’Aumale et de Berny, diminue d’heure en heure.

Ni la déclaration de Mayenne, ni la nouvelle formule de serment imposé de force à la signature des habitants ne sont efficaces. Les royalistes reprochent au serment de subordonner la reconnaissance du Roi à l’absolution du Pape, et les ligueurs, qui consentent à l’oubli « des injures particulières », ne pardonnent point « l’injure faite à Dieu et à son Église au mépris des censures canoniques », par ceux qui ont voulu livrer Amiens à un hérétique L

Une impatience manifeste se trahit même au sein de l’échevinage. Mayenne viole à tout propos les franchises municipales. Il lui prend un jour fantaisie de bannir le conseiller Simon Le Mattre, sans demander l’avis du mayeur, à qui seul appartient la police des factieux Une autre fois.

1. Arch. mun. Délib. BB 53, pp. 150 et suiv. « Il y a grande difficulté de faire signer lesdis habitans de ceste ville le serment de fUnion, a esté

ordonné que les chefs des portes seront mandez par fhuissier auxquels

sera enjoinct amener leurs compagnons portiers pour faire le serment 5)

La formule de serment, ainsi que la protestation, au nom des catholiques, par le chanoine Godron, dans l’assemblée du 4 juillet 1594, à laquelle assistaient Geoffroy de la Marthonie, cinq anciens mayeurs, les échevins et plus de cinquante notables, ont été publiés ùi extenso par M. A. Dubois, Documents relatifs à la Ligue, p. 92.

2. Ibidem. Délib. BB 53, p. 157. 26 juillet. Le procureur fiscal supplie Mayenne « de se depporter de faire sortir des habitans, attendu que l’on est sur le point d’une réconciliation, laquelle seroit du tout empeschée par telles voies ». Mayenne persiste.

HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

trente citoyens, parmi les plus notables, reçoivent l’ordre d’expulsion^ ; enfin, ce qui est plus grave, au mépris de la parole donnée et contrairement aux privilèges, il prétend introduire, en ville, quatre-vingts cavaliers

Or, les troupes que Mayenne traîne à sa suite, celles qu’on lui prête l’intention d’appeler encore, parce que Henri IV pourrait venir assiéger Amiens le nombre considérable de soldats répandus dans les différents quartiers, tout cela jette l’inquiétude. Voudrait-il, par un hardi coup de main, se saisir de la place, en faire le dernier rempart de toutes les ambitions auxquelles la Ligue agonisante sert encore de prétexte ? Déjà, sur le bruit répandu que les royalistes méditent de s’emparer du quartier de la porte Montrescu ^ ; les sentinelles ont été doublées, des barricades dressées aux endroits dangereux. Berny se rend chez Mayenne et lui remontre très humblement l’impossibilité de laisser entrer plus de gens de guerre. Mayenne s’emporte : « Je veux être obéi ; je planterai mon guidon sur le milieu du marché ; je mettrai la ville à feu et à sang.... » ».

Il comptait sans l’énergique attitude de la population en armes, résolue à s’opposer à l’entrée de sa troupe qui attendait, à la porte de Beauvais, et qui dut se replier sur Picquigny. Les échevins en prirent occasion de décréter, le jour niême (27 juillet), l’obligation, sous peine de mort, de sortir dans les deux heures, <i pour tout homme armé,

1. Arch. mun. Délib. BB 53, p. 157. De Court estime que cinq cents citoyens ont reçu l’ordre de sortir dans la matinée du 26 juillet.

Page 1