Arch. mun. Délib. BB 53, p
3. Ibidem. Délib. BB 53, p. 113. u Roussel estant dans les halles avoit
les mains pleines de testons qui lui avaient esté données par icelluy Gougier pour crier continué »
4. Augustin de Louvencourt, fils de Pierre de Louvencourt et d’Isabeau
Sacquespée, seigneur de Selincourt, de (iuillaume Idngré, d’Antoine Scourion, d’Antoine Gougier, de Nicolas Uandon, de Nicotas du Hos, seigneur de llurt, de Nicolas de Lan et autres personnages très compromis à cause de leurs sentiments royalistes. Par son mariage avec la fille de Pierre Glapisson, conseiller au Châtelet de l^aris, Louvencourt se trouvait en relations suivies avec les hommes qui préparaient l’avènement de Henri IV. Pour le perdre dans l’opinion publique, les amis de d’Aumale imaginent un complot contre la sûreté de la ville et le font emprisonner sur de vagues soupçons, ainsi que Robert Coureur (le Correur) et Antoine Lebel. (Mars 1594) h Pendant que Louvencourt et ses prétendus complices attendent sous les verrous le résultat de l’enquête qui doit faire éclater leur innocence au grand jour-, l’échevinage pratique cyniquemeut la délation et les proscriptions.
Ces lignes, extraites d’une délibération du 15 mars, se passent de commentaires :
(( Chacun des échevins mentionnera sur un bulletin secret
Lamy. Son frère Jehan avait épousé Jehanne Sacquespée, sœur du sieur de Selincourt emprisonné comme royaliste. Ses sœurs, Marie, Jehanne, Adrienne, avaient épousé. Tune, Guillaume Pingré, la seconde, Nicolas de Lan et la troisième Antoine Scourion, procureur du Roi. Antoine Gougier avait une fille, Hélène, mariée à Antoine de Louvencourt ; Florent de Louvencourt était le gendre de Nicolas Randon, huguenot très connu, et Nicolas du Bos, seigneur de Hurt, le gendre de Charles de Louvencourt, seigneur de Bretencourt, ancien mayeur d’Amiens.
1. Arch. mun. Délib. BB 53, p. 123 v®. « Il y a trois hommes qui feront entreprinse sur ceste ville, dont l’un se doibt saisir de la personne de M*" le Maïeur, l’autre de la porte de Montrescu et l’autre de l’hostel de Heilly et de l’église Saint-Sulpis et faire entrer l’ennemy par ladicte porte de Montrescu. »
2. Ibidem. Délib. BB 53, p. 132 v”. 21 avril I59L Louvencourt est
reconnu « innocent du faict dont il a calomnieusement esté accusé; ne luy ayant esté ceste accusation suscitée que par envye ou artifice de noz ennemys »
les noms de ceux qu’il croit les plus dangereux, après avoir juré de s’affranchir de toute espèce de sentiment de vengeance ou d’inimitié personnelle. Le recensement des votes terminé, les dix plus nommés seront expulsés et les dix autres après désarmés, à peine de cinquante écus d’amende » L
Les proscrits sont relativement heureux, le sort des prisonniers est cent fois plus dur. Robert Coureur, incarcéré en même temps que Louvencourt, ayant eu le malheur de perdre un fils âgé de treize ans, obtient à grand’peine et moyennant caution de 2,000 écus soleil (25,000 francs) d’être élargi pendant quelques heures pour assister à ses funérailles. Le chanoine Roze, malade et dans l’impossibilité d’obéir à l’arrêté d’expulsion, est gardé à vue par quatre hommes et à ses frais
Inutile de chercher ailleurs les motifs de la recrudescence des manifestations royalistes. Les vexations sans nombre ^
1. Arch.înim. Délit. 124 v°, 15 mars 1594; p. 126, 26 mars 1594.
Factieux proscrits : M® Jacques le Normant, Guy de Bailly, Jehan de
Parvillé, M® François Roze, doyen, Jehan Martin, Caron le Sur, Jehan Huble'e, Claude Arthus, M® Antoine le Bel, Claude Érard.
Factieux désarme's ; Nicolas Lagrené, Loys Arthus, Olivier Arthus, Jacques de Bailly, M® Raoul Guyot, M® Pierre Cochepin, Nicolas Franc, Michel le Bel, Philippe Guyot, Philippe Davroul.
Huguenots proscrits : Noël de Court et ses deux fils à marier, Jacques Buteux, un nommé Lescliffe, Laurent Lescuier, Nicaise Mortier, de Buyre, Jacques de Hangest, Jehan Sohier, Pierre Barbier.
2. Ibidem. Délit. BB 53, pp. 126, 127 v°. 24 et 26 mars 1594.
3. Ibidem. Délit. BB 53, pp. 105, 109 v®, 116, 120, 126, 128.
« Affin de cognoistre les personnes du parti contraire quy entreront en ceste ville, les portiers leur bailleront une marque à l’entrée de la ville, laquelle ils seront tenus rendre à leur sortie. »
Les gens de guerre du party contraire ne pourront entrer en ville pendant la franche feste. »
« Les serrures des portes de ceste ville seront changées et y sera mis bonne seureté par MM. les eschevins lesquels ont esté deppartis six pour chacune porte et pour les pontz et posLernes y joignantes. »
avaient pour résultat de ranimer le zèle des fidèles et de réchauffer l’ardeur des indifférents. Chez les uns, c’est le réveil d’un sentiment (pii sommeille; cliez les autres, c’est la réaction produite [>ar l’agacement d’une honnêteté native devant les violences du plus fort. La générosité du caractère français incline fatalement du coté des victimes.
Henri IV ayant reçu la soumission de la ville de I^aris le 22 mars, Amiens se trouve être l’un des derniers lioulevards de l’Union, et plus les ligueurs se sentent faibles, plus ils affectent de braver les royalistes. Sourrls aux menaces comme aux promesses d’amnistie, résolus à persister « dans la cause jusqu’au dernier soupir » , parce qu’ils n’ont « d’autre crainte que de participer au schisme et d’encourir l’excommunication », d’Aumale et Berny n’épargnent aucun eiïort pour retenir dans les intérêts du parti catholique les villes de l’Union picarde, du moins jusqu’au jour où le Pape se sera prononcé. Encore faut-il que Mayenne ne les abandonne pas; ils le reconnaissent pour leur chef, mais « quels moyens le prince a-t-il de les maintenir? ». Claude Pécoul le lui demande et Mayenne, qui du même coup prétend rassurer les royalistes et ne pas décourager les ligueurs, répond qu’il doit attendre, pour se prononcer, le résultat des négociations entamées avec le roi de Navarre en vue de la paix, et avec l’archiduc d’Autriche, en vue de la continuation des hostilités. (10 mai) L Quinze jours après, les échevins
(( Doresnavant il ne sera ouvert que deux portes. »
« Doresnavant les habitans seront commandés de la garde par bultins qui seront tirez séparesment d’une boite, ausquels bultins sera escrit le nom des chefz de porte qui seront envoiés par chacun jour au greffier des portes pour faire ses brefvetz. »
1. Arch. mun. Délib. BB 53, p. 136 v°. 3 mai 1594; p. 137 v°. G mai 1594. « Il leur a dict qu’il a envoyé vers le roy de Navarre un g nommé le sieur Hamel pour traicter de la paix et le sieur de Lessau vers l’archiduc d’Ouest [sic?) pour adviser quel moien il y aura de faire la guerre en France. Il prye messieurs de supercéder dix jours pendant lesquels il leur fera entendre sa résolution .... »
HISTOIRE DE I,A VILLE d’aMIENS.
étaient sommés de déléguer l’un d’entre eux aux conférences qui se tenaient à Laon, avec les représentants du roi de Navarre ^ .
Les négociations rencontrent des difficultés insurmontables et, pour avoir cherché à remplir un rôle de modérateur, Mayenne risque de se rendre odieux même aux ligueurs. Son arrivée à Amiens, dans les derniers jours de juin, devient le prétexte de désordres graves. A la nouvelle de son approche le peuple se mutine. Vive l’Espagnol! crient les ligueurs. A bas l’Espagnol! répondent les royalistes, beaucoup plus nombreux et qui ne pardonnent pas « au lieutenant général de l’État et couronne de France » d’avoir réclamé l’appui de Philippe IL La ville se hérisse de barricades. Les habitants sont disposés à se ruer les uns sur les autres. Au milieu de la bagarre, l’échevin Mathieu Certain, demeurant rue des Yergeaux à l’enseigne de saint Christophe, alors qu’il se rendait à l’hôtel des Clpquiers, est atteint, au coin de la rue des Lombards, d’un coup d’arquebuse dont il mourut quelques jours après. (25 juin)
Cette fois encore, Berny parvient à rétablir l’ordre, mais à la seule condition que le prince se fasse accompagner d’une très petite escorte : « le moins qu’il pourra, pour éviter la rumeur du peuple. »
Le lendemain de son arrivée (27 juin), Mayenne se rend à l’hôtel de ville et cherche à justifier sa conduite ^ : « L’artifice des ennemis a eu telle créance que aucuns disent publiquement, contre la vérité, que je veux mettre une garnison espagnole dans la ville; à quoi je n’ai jamais
pensé et je ne ferai jamais acte que de bon français »
Il déclare être prêt à communiquer le but de son voyage
\. Arch. mun. Délib. BB 53, p. 139 y°. 26 mai 1594.
2. Ibidem. Délib. BB 53, p. 146 v°. — Jehan Patte. Journal. Édit, préc., p. 260.