‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 68 sur 294 · Ibidem. Délib. BB 53, p. 58 v · texte numérisé non relu

Ibidem. Délib. BB 53, p. 58 v

DERNIÈRES CONVULSIONS DE LA LIGUE. \2iJ

de pied ou de cheval », n’appartenant point aux compagnies étrangères reconnues indispensables au maintien de la sécurité publique, ou à la compagnie de Villers-IIoudan, qui avait remplacé celle de Montcavrel.

11 se trouva, suivant l’énergiriue expression de De Court, « certains boutefeux » pour persuader aux soldats visés par cette ordonnance, de ne pas bouger et leur promettre l’appui d’une partie de la population.

On vit de misérables soudards de Mayenne se barricader dans leurs logis, jurant qu’ils tueraient quiconcpie tenterait de les mettre dehors, des bourgeois et des ouvriers se retrancher au Petit Marché, prêts à se ruer sur leurs concitoyens, partisans de Mayenne, groupés au Grand Marché, se saisir d’une pièce de canon, la braquer au pont du moulin du roi pour les mitrailler.

La nuit arrive fort à point pour calmer les esprits. Berny exige que les ordres d’expulsion soient exécutés ; son énergie décourage le lieutenant-général. Odieuse aux masses royalistes, suspecte aux plus fanatiques ligueurs de l’échevinage, actuellement en lutte ouverte avec le mayeur, l’autorité de Mayenne est compromise. La nouvelle de la conquête de Laon par Henri IV achève de ruiner la fortune du personnage hautain, en qui s’incarna si longtemps le pouvoir discrétionnaire de TUnion et qui, pour la forme, accepte le serment hypocrite que lui apportent les députés de l’échevinage, le lendemain de ces troubles (27 juillet), huit jours avant d’acclamer le Roi L Pour la forme, il se prête à

1 . Arch. mun. Délib. BB 53, p. 160 v°. Les de'putës font à Mayenne « de très humbles remonstrances de la fidélité des habitans en son endroict, laquelle ils luy continueront »

Ibideyn. Délib. BB 53, p. 161. Les échevins se portent garants « de ne reconnaître le roy de Navarre que premièrement il ne soit absous de N. S. père le pape, ny aussy entrer en aucun traicté particullier avec luy ny avec d’autres de sa part, de plus se porter à tout ce qui sera advisé par un traité général au bien et à la sécurité de la religion »

126 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

rexamen d’un plan de défense arrêté en vue du siège que Berny s’apprêtait à soutenir, comme conséquence d’un dernier acte d’adhésion à la Ligue L Mais Mayenne n’est plus en sûreté et quitte furtivement la ville.

L’orgueil patriotique non moins que le besoin de tranquillité réveille les classes moyennes. A mesure que les ambitions étrangères se démasquent, les courages se ressaisissent et chacun incline vers la solution qui paraît simple et facile. Le peuple surtout envisage avec bonheur le sauveur qui se présente avec l’éclat de la jeunesse et le prestige de la victoire, Henri IV. Le duc d’Aurnale et Berny ne peuvent plus rien

Les sayeteurs sans travail donnent le signal du mouvement royaliste 3. Le lundi 8 août 1594 dans la matinée, réunis par groupes nombreux, ils parcourent les rues, criant : c( Nous mourons de faim ! donnez-nous du travail ! nous voulons la paix î la paix ! » Le mayeur promet d’ouvrir un atelier de charité : c’est la paix qu’il faut à ces malheureux souffrants, épuisés. Après midi ils ne sont pas moins de mille, qui arborent au chapeau la fleur blanche de Henri IV.

Vers six heures, les manifestants qui s’étaient jusque-là bornés à des démonstrations pacifiques, reparaissent en armes sous les fenêtres du palais municipal, s’emparent d’un canon chargé et prennent une attitude de plus en plus

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