‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 72 sur 294 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

I. Les Espagnols maîtres de Doullens. — Le duc d’Aumale allié des Espagnols. — Nouvelles proscriptions. — Le duc de Longueville à Doullens ; sa mort. — Le comte de Saint-Pol lui succède. — Doullens tombe au pouvoir de l’ennemi le 31 juillet 1395. — La panique s’empare des Amiénois. — Nicolas de Lessau à Lyon. — Henri IV promet de secourir la Picardie. — Le pape proclame l’absolution du Roi et la Ligue n’a plus de raison d’être. — Manifeste du 29 octobre 1595. — La peste de 1596 cause des ravages affreux. — Héroïque attitude du mayeur Augustin de Louvencourt. — Assemblée des notables de Rouen. — Henri IV voudrait renforcer la place d’Amiens et se heurte à l’opposition des bourgeois. — H. La place d’Amiens. — L’école néo-italienne avait apporté ses perfectionnements à l’enceinte du xv® siècle. — Jean Errard est chargé de compléter les ouvrages de défense. — Service militaire obligatoire. — Compagnies privilégiées, portiers, dizainiers. — Guet de nuit. — Organisation et service des portes. — Guet stationnaire. — Les dix quartiers. — Les ordonnances en cas d’éminent péril sont tombées en désuétude. — Vaines remontrances de Claude Lemattre, seigneur d’Hédicourt.

Les Espagnols maîtres de Doullens.

Le duc d’Aumale sortit d’Amiens la rage dans le cœur, résolu à favoriser les entreprises de l’Espagne contre la France. La saison d’hiver vint suspendre fort à propos les hostilités, mais, au retour du printemps, et d’accord avec

lui, le comte de Fuentès, gouverneur des Pays-Bas, le plus audacieux des généraux de Philippe II, ouvrit les hostilités sur les marches de Picardie, avec une armée aguerrie, renforcée de bandes italiennes. L’échevinage constatait d’autre part des symptômes alarmants. Bien que la Ligue fut abattue, quelques bourgeois en avaient gardé les principes et les sentiments, et l’on pouvait redouter de voir les funestes effets de ces dispositions éclater d’un moment à l’autre. On proférait dans certains milieux des cris de vengeance ; on y faisait publiquement appel à l’étranger; la présence de Berny, Castelet, Gauguier, et autres proscrits récemment rentrés, constituaient un véritable danger; ils durent s’expatrier une seconde foisL

Fuentès, maître de Lucheux, menace Doullens (avril 1595). Le duc de Longueville s’y rend en toute hâte, afin d’organiser la défense du château. Un soir qu’il descendait en ville, accompagné de l’ingénieur du Roi, de Ramel, tout à coup retentit une décharge « d’escopetterie » et une balle l’atteint à la tête. Malveillance ou accident ? On ne l’a jamais su. Le duc mourut trois semaines après des suites de cette blessure. « Ce fut grand dommage, dit Brantôme, il n’y avoit rien de si jeune que luy et déjà avoit fait de très belles preuves de sa personne, tant en valeur qu’en sagesse et bonne conduite 2. »

L’infortuné gouverneur fut exposé sur un lit de parade, vêtu d’un pourpoint de satin blanc avec passementeries d’argent, dans une salle du logis des Trois-Cailloux, transformée en chapelle ardente. Quatre capucins et quatre minimes s’y tenaient en prières. « Toute la ville l’alla veoir, la larme à l’œil » ^ Les funérailles eurent lieu à l’église abbatiale de Saint-Martin-aux-Jumeaux et le corps du

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