‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 71 sur 294 · Arch. mun. Délit. BB 53, p. 172. 9 août, après midy · texte numérisé non relu

Arch. mun. Délit. BB 53, p. 172. 9 août, après midy

« Demain après la procession généralle faicte pour remercier Dieu de la réduction de ceste ville à l’obéissance du roy, il sera faict festin publicq à l’hostel de ville, pour se resjouir de ladicte réduction. Auquel bancquet seront invitez Mgr de Humières, lieutenant général en Picardye et Messieurs de la noblesse qui l’assistent et avec eulx messieurs les gens du roy et que le cappitaine du guet prendra le mot de Mons. de Humières »

Ibidem. Comptes 1594-95, p. 69 v°.

U A Mathieu de Morsyes, patichier, Charles Poullain, marchant. Jehan de Saincte-Marye, boulenger, Jehane de Percheval, vefve de Lois le Pot la somme de sept vingt huit escus 28 sols à eulx ordonnée pour les frais du banquet faict par Messieurs, le dixièsme jour d’aoust mil cinq cens quatre vingt quatorze, en resjouissance de l’heureuse réduction de ceste ville en l’obéissance du roy, auquel banquet estoient Mgr de Humières, lieutenant général en Picardye, messieurs les officiers du roy et de la ville, asscavoir :

Audict de Morsyes, pour la viande : 77 écus 28 sols.

Audict Poullain, pour neuf vingt pots de vin du pris de seize sols le pot : 48 escus.

Audict de Saincte-Marye, pour six vingt douzaines de pains à 6 deniers pièce : 12 escus.

A la dicte Le Pot, pour la vaisselle d’estain : 4 escus 30 sols.

Audict Percheval, pour linge et verres : 6 escus 30 sols.

V Le vin a esté pris de celluy qui a esté achepté en gros. »

JOYEUSE ENTRÉE DE HENRI IV. ioo

Le sire cl’Arquinvillers avait été dépêché en toute hâte par d’Mumières pour annoncer l’heureuse capitulation à Henri IV, qui se trouvait à Saint-Quentin. Le prince en conçoit une excessive joie, et il écrit au duc de Nevers ^ :

« J’en vai^ faire rendre grâces à Dieu, et chanter le Te Deum; je vous prie faire le semblable à Compiègne. Je séjourneray demain en ceste ville (Saint-Quentin), pour ce que je me suis trouvé un peu mal cejourd’huy, mais j’espère que cette bonne nouvelle me guarira du tout. »

Le vendredi suivant, l’échevinage était olîiciellemont informé de la prochaine venue du Roi, et une députation allait lui porter à Gorbie ' l’acte de soumission de sa bonne ville, tout occupée dès lors de préparer à Sa Majesté une réception digne d’un si grand prince^.

Henri IV arrive le 18 août, accompagné du duc de Longueville, du prince de Gonti et d’une cour brillante. Le mayeur et les échevins, vêtus de damas noir, ceints de l’écharpe blanche, vont à sa rencontre à un quart de lieue de la ville, escortés par les quinze cents jeunes hommes « montés à l’avantage d sous les ordres de François de Louvencourt, seigneur de Vauchelles, l’im des plus beaux hommes de la province. Berny présente les clefs enrubannées de soie blanche et adresse une harangue à laquelle Sa Majesté répond : « J’oublie le passé et j’entends conserver

1. Recueil de lettres missives de Henri IV. T. IV, p. 20G. Lettre du 9 août au duc de Nevers.

2. Arch. mun. Délib. BB 53, p. 172. Claude Pécoul et S. Antoine Gougier avaient été désignés pour cette mission. Les habitants n'ayant pas approuvé le choix de Pécoul, parce qu’il avait été du conseil du duc d'Aumale, il fut résolu d’envoyer quatre échevins ; S. Antoine Gougier, Jehan Cordelois, M® Jehan Postel et François Aguesseau. Pécoul conçut un violent dépit de cet affront. On verra comment il s’est vengé.

3. Ibidem. Délib. BB 53, pp. 173 et suiv. — La Morlière. Loc. cit., p. 370. — P. Daire. T. I, p. 335. — Jehan Patte. Journal. Fdit. préc., p. 273. — De Court. Mns. T. I, p.722. — Pagès. Mus. T. IV, pp. 00 et suiv.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

les privilèges, franchises et libertés des habitants; même je les augmenterai si je puis. ))

Le cortège se dirige vers la porte de Beauvais. Soixante cavaliers groupés autour de la cornette blanche ouvrent la marche, suivis des sergents à masse, à cheWl, portant la masse d’argent, et des sergents de nuit, la hallebarde sur l’épaule. Viennent après, dans l’ordre de leurs dignités, majestueusement drapés dans leurs robes multicolores h les officiers de la ville, les magistrats du bailliage, les échevins, le prévôt, le mayeur, les princes du sang, le Roi, la foule des gentilshommes. La milice bourgeoise, placée sous le commandement de Jean Cordelois, échevin et capitaine du guet, forme la haie.

A l’entrée de la cité, Henri IV prend place sous un large dais de satin blanc frangé d’or, que portent fièrement quatre anciens mayeurs, et le cortège se déroule à travers les rues jonchées de fleurs et de feuillages. La façade des maisons disparaît sous de riches tentures; l’artillerie, qui tonne sur le rempart, se mêle au joyeux carillon des cloches de toutes les églises et du Beffroi, aux vivats et aux applaudissements de la foule.

De distance en distance, s’élèvent des arcs de triomphe, ou des (( échafauds », sur lesquels sont artistement groupés, ici de gracieuses nymphes représentant et la France et la ville d’Amiens couvrant le prince de fleurs, là, de savants

1. Arch. mun. Délib. BB 53, p. 174. « Monsieur le maïeur et messieurs les antiens maïeurs auront chacun douze aulnes de Paris de damas noir pour faire une robbe à ladicte entrée. Les échevins chacun huict aulnes de taffetas et les officiers de la ville chacun quatre aulnes ung quart de drap viollet. Aux sergens à masse sera enjoinct eulx trouver à ladicte entrée à cheval avec leurs robbes de coulleur et leurs masses d’argent.

Sera enjoinct aux sergents de nuict eulx trouver avec leurs sayes et

leurs hallebardes, et générallement tous les officiers de la ville, qui ont accoustumé d’avoir robbes au jour de l’Assention, seront advertis de se trouver à ladicte entrée avec les coulleurs de la ville.

JOYEUSE ENTRÉE DE HENRI IV

rhétoriciens, débitant des poésies de circonstance ; plus loin, des personnages allégoriques : Apollon, Hercule, Bacchus.

Apollon et les neuf muses proclament les exploits du héros ; Hercule, de son bras vigoureux, terrasse l’hydre de la Ligue et de l’hérésie ; Bacchus alimente de délicieuses fontaines de vin et de lait, symbole de la prospérité qui va renaître ! ^

L’évêque, entouré des membres du chapitre, reçoit le prince sur le parvis de la cathédrale. Sa Majesté jure sur les saints évangiles de protéger dans Amiens et dans le royaume la religion catholique, apostolique et romaine ; puis elle s’avance vers le chœur, pour le chant du Te Deum, que les assistants entonnent avec un élan indescriptible, ne pouvant, au dire de Pagès, se lasser de rendre grâces à Dieu qui les fait rentrer sous la domination d’un si bon et si aimable prince.

Lorsque le Boi quitte la basilique pour se rendre au couvent des Gélestins'^ où des appartements lui ont été préparés, la foule éclate en acclamations délirantes. Dans l’ivresse

1. La décoration des échafauds était de Louis Andrieu, chanoine principal du collège. — Cf. La Morlière. Edit. préc. p. 370. Il a été le témoin des événements. Hercule décorait l’arc de triomphe élevé proche le puits du marché au blé ; Apollon et les muses occupaient un théâtre dressé à l’église Saint-Martin ; Bacchus surmontait l’arc de triomphe élevé contre le «Beau puits », dans la rue « du Beau puits », devenue en 1814, rue Henri IV.

2. Arc.h. mun. Délib. BB 53, p. 173 v°. L’échevinage se rendit aux Célestins et offrit les présents d’usage ;

Six pièces de vin : deux de blanc, quatre de clairet « des plus excellens que l’on a pu trouver », six faisans, six hérons, six paons, six coqs d’Inde, six aigrettes, six cygnes, six butors, six cigognes, six gros chapons, six douzaines de cailles, trois douzaines de perdreaux, trois douzaines de bécassines, douzes levreaux, douze lapins.

On avait fait confectionner des cages neuves pour renfermer ce gibier.

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d’une satisfaction bien légitime, Henri IV écrit le jour même au surintendant des finances ^ :

1. Recueil de lettres missives de Henri IV, T. IV, p. 207. Lettre à M. d’O, surintendant des finances, 18 août.

Resjouisscmce sur la réduction de la ville d'Amiens fête au Roy Henry UH de ce nom, à présent régnant. A Paris, chez Estienne Prévosteau, demeurant au Mont-Saint-Hilaire, rue Chartière, io94.

Un courtisan, imaginant une de ces fictions alors très en usage, représente Henri IV à la chasse aux environs d’Amiens. Les ombres des princes les plus affectionnés jadis à la ville apparaissent soudain, vêtues de blanc, couronnées de gloire, une palme à la main. A Sa Majesté, émerveillée de la mystérieuse rencontre, chacun des revenants trace le tableau des faveurs par lui octroyées aux Amiénois et supplie le prince de leur continuer une efficace protection. Antonin le Pieux, Gratien, Philippe-Auguste, Louis XI, les Bourbons parlent tour à tour ;

« Héros, je suis Antonin le pieus, empereur de Rome, assisté de ce grand philozophe, Marc Aurelle, mon associé à l’empire qui, pour nostre respect à l’antique grandeur et noble réputation de la ville dite Ambiani et à présent Amiens, ruinée par Jules César, la rétablîmes et pourveumes de tant de citoyens et nobles abitans, pour l’instituer et régir par bonnes

mœurs et police dont te recommandons les abitans modernes, neveux

et successeurs de nosditz premiers gentilz et fidèles sujetz et sy veux

estre notre compaignon en ceste chose aymée, nous conduirons tes desseins à heureux succès

« Je suis Gratian, empereur de Rome, en mon temps très amoureux de ceste dite ville que mon père Valentinian aima sur toutes et où m’aiant couronné et asocié à son empire, j’y trouvé les abitans telz que de longtemps mondit père m’avoit pleigez, asavoir de cœurs gentilz, francs et

de bonne amitié vers mon dit père et moy que noz gêniez ne soufri-

ront dégénérer de la gentillesse et franchise de cœur de leursditz antiqz nos contemporins, mais persister en ofices de bons et loyaux sujetz vers ta corone.

*( Je suis Philippe 29^^% roy de France, dit Auguste et aussi dit

conquérant, pour aveir augmenté mon royaume, même de la comté de

ceste dite ville que j’enrichy et anobly de grands et beaux previlèges

contenus en la charte encore de mon nom dite Philippine Je recom-

mande en tout bien et favorablement traiter les abitans modernes, remarquez les vertus et bonnes humeurs de leusditz antiqz prédécesseurs, et que infiniment prirez Dieu de rendre aserviz et fidels sujetz

JOYEUSE ENTRÉE DE HENRI IV

(( Je fus rcceu en ccstc ville avec toute l’allégresse et

applaudissemens qu’il se pœut désirer Vous n’avez

jamais veu peuple sy atïectionné et détestant si fort la Ligue que cestuy cy »

Quelle fine ironie chez Henri IV î Quel revirement dans l’opinion publique !

Aux- députés de la ville de Jîcauvais qui ajiportent les vœux de leurs compatriotes, Sa Majesté tient un langage empreint d’une modération diplomatique et d’un merveilleux sens politique; véritable manifeste de nature à favorablement impressionner, non seulement les habitants de Beauvais, mais encore les habitants d’Amiens, qui en obtiennent la primeur et auxquels il s’adresse, comme il s’adresse à la France entière :

(( Puisqu’il a plu à Dieu m’appeler en cette dignité royale, que je tiens aujourd’hui, et m’établir en icelle son lieutenant pour régir et gouverner son peuple français, je veux en tout et partout l’imiter. Gomme il n’est pas Dieu de vengeance et qu’il oublie les offenses à lui faites par nous autres, en se réconciliant à lui, aussi je veux, mes amis, oublier tout ce qui a été, par vous et autres mes sujets, fait à l’encontre de moi, combien (quoique) qu’ils m'aient tous offensé au point de vouloir attenter à ma propre personne, de s’allier aux princes étrangers et de ruiner moi et mon État; vous remettant (pardonnant) tout ce qui pourrait avoir été dit à l’encontre de moi et de mon Etat, sans que jamais il me souvienne de vos délits passés; je prie Dieu de vous par-

« Je suis Louis XI, roy de France,..., je cbe'ry cette vilie, l'enrichy et lustrée de beaux et nobles previlèges. Je veu les noms et qualitez des bons citoiens d’icelle et entre autres des Clabautz, Morvilliers et Fauvelz qu’estimes mes principaux outilz à tenir en paix et seureté toute la province

« Je suis ton père Antoine de Bourbon qui de même afTection te

recommande ladite ville où, au récit et crédit de ta mère, fus conçu »

d38 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

donner, comme moi je vous pardonne, et de ne me jamais aider, si jamais je m’en souviens autrement, et que j’en

prenne vengeance ou particulière

« Reconnaissez votre roi légitime et non bâtard, que Dieu vous a donné, afin qu’il vous gouverne avec telle douceur, qu’à jamais Dieu soit béni et loué, que vous et nous ne

retombions en les misères passées »

Entrevoyant les espérances de l’avenir et les progrès qu’il s’efforcera de réaliser, Henri IV ajoute :

« J’établirai de si bons précepteurs à toute la jeunesse française que l’honneur en volera jusqu’aux confins de l’Inde. Je n’ai d’autre désir que votre grandeur et pouvez vous assurer que mon travail sera pour vous agrandir et vous faire fleurir sous mon règne, et vous promets, par mon Dieu, qu’avant qu’il soit deux ans, moyennant sa grâce, vous verrez tous ceux de mes royaumes sous une seule église catholique, apostolique et romaine et que je saurai bien manier les Huguenots, dont j’ai été, vingt deux ans chef, avec telle douceur, que je les réduirai tous au giron de la vraie église

(( Quand j’aurai tout réduit, vous verrez mes deux royaumes vivre en toute concorde, la justice si bien réglée qu’on ne fera durer les procès éternellement. En mon pays de Béarn les plus longs procès ne durent que trois mois au plus et ne sont si hardis de prendre épices qu’à la plus juste raison possible

(( Quant au scrupule, que vous dites que notre saint Père le Pape ne m’a donné l’absolution ^ je voudrais que vous fussiez certains de tout ce qui s’est passé entre sa Sainteté et moi, et ceux qui sont auprès de moi, et ceux que j’ai

1 . Arch. mun. Délit. BB 54, p. 21 v° et 27. Ceci à l’adresse des religieux minimes et capucins d’Amiens et autres, qui demandent à différer le serment jusqu’après la décision du Pape. Ils ne s’étaient pas encore décidés à prêter le serment, aux fêtes de Pâques de l’année suivante.

JOYEUSE ENTRÉE DE HENRI IV

envoyés auprès de lui ; je m’assure que vous vous mettriez hors de doute. Vous pouvez assurer que j’ai part en ses prières et bénédictions, tel qu’il appartient à son fils aîné, comme je suis.

(.( Pour l’exemption des tailles, que vous me demandez, et que je ne vous charge point à l’avenir d’impôts, subsides, emprunts et autres levées, je ne suis point Pioi pour ruiner mon peuple. Vous serez remis et maintenus en tous vos anciens privilèges, vous qui affectionnez de servir vers moi et votre Roi et vous promets que je ne ferai autre levée, ni emprunt, car vous ruiner est ma ruine môme.

« Vous demandez que n’ayez aucun gouverneur, ni garnison et qu’il ne soit bâti en votre ville et faubourg, château, citadelle et forteresse ; je vous promets que vous n’aurez autre gouverneur que votre capitaine, selon que vous avez eu de tout temps et n’aurez autre garnison que celle que vous voudrez vous même et ne veux autre château, citadelle ou forteresse que le cœur de vous autres, lequel étant bien remis à mon service, j’estime qu’il sera impossible à mes ennemis de l’ébranler

« L’on vous a fait entendre qu’ès villes, qui se sont rendues sous mon obéissance, j’ai chassé tous les habitants et ruiné tous leurs moyens. Tant s’en faut. Je n’ai mis autre personne dehors que celles que les habitants m’ont importuné de faire, faisant entendre en leur présence, que s’ils demeuraient, ils seraient toujours en troubles et séditions. Toutefois ce n’a été que pour trois mois, après lesquels passés, ils pouvaient retourner avec leurs femmes et leurs biens, et les ai pris en ma sauvegarde. La preuve en est, entr’autres, dans la ville de Mantes. Lorsque j’entrai dans Paris, vous savez que je pardonnai à tous mes sujets et leur permis de demeurer s’ils le voulaient, ou de se retirer ès lieux de mon obéissance »

C’était le langage d’un roi chrétien et d’un père.

140 HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

Comme tous les pouvoirs qui s’établissent à la suite de révolutions ou de guerres civiles, Henri IV prend des mesures de haute police à l’égard des citoyens les plus compromis : Berny, Gastelet, Gauguier, Jean Sangnier, Vêtus, prévôt des maréchaux b sont expulsés.

Des lettres de noblesse habilement décernées ^ — monnaie de haute valeur appréciée de tout temps — achèvent de lui gagner les cœurs.

Henri IV revint à Amiens le 12 décembre On s’attendait à le voir accompagné de la belle Gabrielle d’Estrée^, et l’échevinage, désireux de plaire au souverain, jusque dans ses folles amours, avait décidé d’otfrir à « la bien aymée » les présents d’hypocras réservés aux princesses du sang et d’aller « la congratuler en corps » ^ Le Roi lui avait donné rendez-vous au château de Picquigny, d’où elle suivait avec

1. Arch. mun. Délit. BB 54, p. 62. Nicolas Randon, Jehan Delattre, Jehan Hémart, Claude Pécoul, dont les noms disparaissent des procèsverbaux des assemblées après le 18 août, ont été bannis également.

2. Le Père Daire (T. I, p. 332) donne la liste de vingt-trois personnages anoblis ou maintenus dans leur noblesse.

3. Lettres missives, T. IV, p. 273. o Je pars pour m’en aller àPéronne, à Amiens, et de là à Abbeville. » Le Roi est à Saint-Quentin le 10, le 11 à Péronne, le 12' à Amiens. Il y est encore le 18.

4. Gabrielle d’Estree, fille d’Antoine d’Estrée, gentilhomme picard, a été nommée indistinctement, par nos historiens locaux. Madame de Liancourt, Madame de Monceaux, Madame de Beaufort. Précisons : Du jour de son mariage (juin 1592) avec Nicolas d’Amerval, seigneur de Liancourt, jusqu’au jugement de l’official d’Amiens déclarant la nullité de ce mariage (24 décembre 1594), la belle Gabrielle s’appela Madame de Liancourt. A partir de ce jour, ce fut Madame de Monceaux, parce qu’elle habitait souvent le château de ce nom, près de Meaux. Enfin, et après l’érection en duché pairie de la seigneurie de Beaufort pendant le siège d’Amiens, elle fut la duchesse de Beaufort.

5. Arch. mun. Délit. BB 54, p. 16. « Dautant que Madame de Lian-

court, bien aymée du Roy, pourra arriver quand luy sera en ceste ville et que le Roy désire qu’elle soit congratullée de la part de messieurs »

JOYEUSE ENTRÉE DE HENRI IV

ni

anxiété les phases du proeès en nullité de son mariage avec le sire de Liancourt, introduit par devant l’officialité ’ d’Amiens. Il lui écrit, le 18 décembre au soir: « Je mènerai à Pequigny une assez bonne bande fie violons j)Our vous resjouir et vostre subject (jui chérira vous extrêmement. J’ay receu un plaisant tour à l’église; une vieille femme aagée de quatre-vingts ans m’est venu prendre par la teste

et m’a baisé; je ii’en ay jias ri le premier ' » Dans

l’épanchement de son enthousiasme, la vieille femme avait traduit l’ardeur des sentiments de ses compatriotes.

Le caractère affable et conciliant de Henri IV, les allures vives et enjouées de sa personne contribuent à la pacification des esprits. « Le peuple qui voit le prince toujours à cheval, toujours au travail, le harnais perpétuellement sur le dos, demeurant moins au lit que le duc de Mayenne ne demeurait à table, » le peuple est sous le charme, captivé. Sa joie dura trop peu de temps!

1 . Le procès devait être introduit à Noyon, dans le diocèse où le mariage s’était accompli, où d’Amerval possédait le château de Liancourt, son domicile habituel; mais les Espagnols se trouvaient maîtres de la place, le cours de la justice y était suspendu. Outre cela, le second frère de Gabrielle, François-Annibal d’Estrées, venait d’être nommé évêque de cette ville. Indépendamment donc des difficultés matérielles, il y avait à prévoir, de la part de d’Amerval, la récusation de l’official, à cause de la parenté existant entre l’évêque et la demanderesse.

Le chanoine official François Roze, ayant été saisi de la demande en nullité du mariage, le 27 août, l’affaire trainait en longueur. La venue de Henri IV fit hâter la procédure et la sentence fut rendue le 24 décembre. Le 12 décembre, jour de l’arrivée du Roi, Nicolas d’Amerval, qui ne s’illusionnait pas touchant l’issue du procès, rédigea le testament fameux dans lequel il écrivit : « Si la dissolution de mon union est prononcée, c’est contre ma volonté, par force et pour le respect du Roy. »

Desclozeaux. Gabrielle d’Estrées, marquise de Monceaux, duchesse de Beau fort. Paris, 1889.

2. Lettres missives, T. IV, p. 283. Lettre du 18 décembre 1394.

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