Histoire de la ville d'Amiens
L’histoire change de caractère avec les âges; elle est susceptible de perfectionnements. Le chanoine de la Morlière, le père Daire, M. Dusevel, le docteur Goze, qui entreprirent à différentes époques de retracer les glorieuses annales de la ville d’Amiens, se sont conformés aux méthodes de leur temps. De même dom Grenier et les chroniqueurs Jean de Court et Jean Pagès.
Venus avant nous, ils ont eu le mérite insigne de débrouiller le chaos des événements. Ils ont ouvert la voie, aplani les premières difficultés. J’oserai dire avec la même impartialité que nous ne saurions les prendre aveuglément pour guides. L’impulsion féconde donnée aux études historiques depuis un demi-siècle, la sûreté de critique, qui est le propre de la science moderne, ont fait apparaître des lacunes dans leur œuvre si pleine d’attrait et de talent.
Ces écrivains recouraient aux documents originaux, mais ils les lisaient dans un tout autre esprit que nous, ne s’étudiant point à y trouver ce que nous y cherchons, ne le soupçonnant même pas. Ils rejetaient ou reléguaient au second plan les mœurs, les usages, les transformations sociales et acceptaient trop facilement les légendes les moins vraisemblables.
Une histoire demeurait ensevelie dans le mystère des archives municipales : celle que M. Augustin Thierry1 a fait en partie revivre; celle que M. Auguste Janvier2 et M. Édouard Maugis3 ont plus récemment mise en lumière.
Entraîné, comme malgré moi, par le charme de l’étude du passé, épris des gloires de ma ville natale à toutes les époques et justement fier de voir se dérouler à Amiens plusieurs des belles phases de l’histoire nationale, j’aspire à l’honneur de compléter les travaux de mes devanciers, sans la moindre prétention de réaliser une de ces œuvres profondes qui tendent à être définitives et ne laissent rien à trouver après elles. J’écris après une minutieuse investigation des faits et des caractères. Je m’efforce de ne point avancer une assertion qui ne s’appuie ou sur des mémoires authentiques ou sur des documents originaux.
M’inspirant de cette vérité que l’histoire est un tableau qu’il faut à la fois dessiner et peindre, j’ai
1 . Recueil des monuments inédits de Vhistoire du Tiers-État. Région du Nord.