Arch. mun. Délit. BB 18, p. 140 et suiv
2. Ibidem. Délib. BB 18, p. 149 v°. A Pierre Barbet, peintre « pour avoir durant xxxix jours besongnié ès ouvrages qu'il a convenu faire pour le mistère de la Passion. »
3. Ibidem. Délib. BB 19, p. 61 v°. 1501. « Délibéré de vendre des matières de bos estant au lieu que on dist le Four des Camps, est assavoir le paradis, l’enfer, les hours du Roy, de la ville, du déluge, le
pinacle le cordail, roues de cuyvre et autres qui sont demourés
du mistère de la Passion. »
A la hauteur du paradis terrestre, en allant de l’occident à l’orient, des inscriptions nous apprennent que le peintre a voulu représenter Nazareth, puis Jérusalem — avec le jardin des oliviers, le calvaire, l’arbre de Judas et le champ du sépulcre ; — puis Béthléem avec la crèche ; puis la
Syrie, puis les limbes, puis l’enfer l’enfer, grande tour
ronde, aux fenêtres grillées, à la porte redoutable, simulée par la gueule béante d’un dragon avec la plate-forme sur laquelle se tient Lucifer, environné de monstres qui devront, à un moment donné, vomir des flammes et terrifier le public b
Dans la galerie souterraine qui relie les différents hourts, fonctionnent le jeu des trappes, les contre-poids. De là surgira soudain le mont Ararat, qui deviendra ensuite le Sinaï ou le Thabor ; de là jailliront des nappes d’eau figurant le Jourdain ou le lac de Génézareth. Dans le sous-sol encore les soldats de l’armée de Pharaon disparaîtront engloutis par les eaux de la Mer Rouge.
Les confrères du Saint-Sacrement et les Rhétoriciens « joueurs de mistères et autres joieulx esbastemens » n’ont pas le monopole du théâtre. Plusieurs « jeux » sont l’œuvre d’associations temporaires expressément formées pour cet objet. Toutes les classes de la société fournissent des acteurs volontaires. Ainsi voit-on des prêtres, des religieux jacobins, des procureurs, des avocats, des maîtres d’école, de simples bourgeois1 2, prendre l’initiative d'un mystère et
1. G. Petit de Julleville. Histoire de la langue et de la littérature française , T. II, ch. vin, donne le fac-similé d’une gouache ornant le manuscrit de la Passion représentée à Valenciennes en 1547, et qui donne une idée fort exacte de la disposition générale du théâtre.
2. Arch. mun. Délib. BB 6, p. 98 v° 1448. « Sur ce que les Jacobins
avoient requis à messeigneurs qu’il leur donnaissent congié de jouer et
faire monstrer par personnages la vie de saincte Barbe » — BB 18,
p. 128 v°. 1501. « Sire Pasquier de Bethembos, Nicolle Capperon, prebtres,
assumer la charge des frais considérables de ces solennités que l’Église regarde comme une action méritoire parce qu’elles édifient les spectateurs et les attachent à leur foi. L’échevinage les encourage de sa présence et accorde des subventions.
Les hourts n’étaient pas permanents. 11 en fallait construire de nouveaux pour chaque représentation.
Les comptes mentionnent fréquemment les dons également attribués aux compagnons, qui se chargeaient de rehausser par des pantomines la solennité de certaines fêtes religieuses 1 ou profanes 2. C’est ce qu’on appelait « jouer de beaux mystères sans parler ». Le Jonas sortant de la baleine paraît devoir rentrer dans la catégorie de ces tableaux vivants, dont le jeu de scène constituait le seul mérite. Le jeu d’Audengier ou d 'Audigier, qui se donna fréquemment sur la place publique ou à l’hôtel des Cloquiers 3 au début du règne de Charles VIII, est un poème héroï-comique tournant en dérision les bourgeois affichant des prétentions à la noblesse.
Phelippe Marchant, Jehan Mouton, maistre des enffans et sire Pierre
Long aussy prebtre requièrent jouer le mistère de la Passion qui
contenait ni journées » — BB 7, p. 218 v°. 1454 : « Maîtres Jehan
Lecordier et Jehan Legris, advocas, Andrieu Fasconnel, Jehan du Candas,
Jaque Lefoulon, procureurs ont intention de faire le mistère de la
Passion nostre seigneur et le monstrer par personnages... . » — BB 12, p. 48 v°. 1476. « Jean Mahieu, Michel Mahieu et autres demandent de jouer par personnages la vie de mons. saint Adrien. — BB 6, p. 5. 1446.
Sur ce que Thite, Néron, Othe, Vaspasien pareillement Cayphas,
Zorobabel généralement tous les aliez ont intention juer le jeu de
le Vengeance.
1. Arch. mun. Comptes 1482-83, p. 43. « Deuxkanesde vin aux joueurs qui avoient joué devant Saint-Germain durant certaine procession. »
2. Ibidem. Délib. BB 9,p. 116. Septembre 1463. A l’occasion de l’entrée
du Roi, « seront fais par les rues de beaus mistères sans parler »
3. Ibidem. Comptes 1481-82, p. 48. « Quatre kanes aux joueurs du jeu Dodengier. — 1482-83, p. 45.
Les « joueurs par personnages » n’avaient le plus souvent pour théâtre que le char qui les portait. Lorsque l’attrait de la comédie rivalisa avec le drame sacré,
Ces acteurs mal ornés chargeant un tombereau,
amateurs passionnés, qui s’adonnaient au <i jeu j> autant pour leur satisfaction personnelle que pour le plaisir d’autrui, dépouillèrent la gravité de l’artiste dramatique, pour devenir diseurs de facéties et bouffons. Au milieu du xve siècle, on introduit les bouffons dans le drame sacré. Le fou a son rôle dans les mystères de Sainte Barbe , de Saint Christophe. En général, ce rôle est écrit d’avance et fixé comme le reste du drame; quelquefois on l’improvisait et toujours il était confié à un joueur habile.
La première pièce dans le genre comique représentée à Amiens fut celle donnée au Puy Notre-Dame, la veille de l’Epiphanie 1472 L Le sujet était la recherche du fugitif Bon-Temps. Va-partout suit sa piste. Ne-te-Bouge croit qu’il n’existe réellement pas. On le demande au vacher de Chauny que Tout le monde accuse de le cacher. Là-dessus Bon-Temps paraît et tous de s’arracher un personnage aussi précieux : bagarre générale, à la fin de laquelle survient un bon gendarme de l’époque qui promet que Bon-Temps ne s’échappera plus, tant que Louis XI régnera :
Se Dieu plaist tu y auras part A ce Bon temps, car au regart Du Roy et de ses cappitaines Crés (croyez) qu’ilz ont volentés humaines De vous ramener le Bon-Temps.
1. L. Petit de Julleville. Répertoire du théâtre comique en France au moyen âge , p. 340. D’après un manuscrit « faict par Jehan Destre'es » pour le Puy, qui fait partie de la bibliothèque de M. Victor de Beau ville', à Montdidier.
Les artistes amiénois donnent, au mois de janvier 1482, le jeu de Vinchenot et Rosette ; le mois suivant, le jeu de Peu de grain et largement eau l. On ne sait rien de plus du répertoire des pièces comiques au xve siècle. Les bourgeois témoins de ces « farces » s’en amusaient follement, mais sans y attacher l’importance que nous accordons actuellement aux choses du théâtre. De là l’extrême rareté des documents qui les concernent.
Amis du plaisir et de la galanterie, moins éclairés mais plus heureux peut-être dans leurs passe-temps naïfs, nos pères ne raisonnaient pas autant et s’amusaient davantage que nous. Les jeunes gens des meilleures familles formaient, sous la présidence de l’un d’entre eux élu chaque année au titre de Prince des sots, une association dont il est difficile de déterminer les origines fort anciennes, le caractère et le but. Les sois jouissaient de la licence effrénée de tout faire et de tout dire pendant l’octave de Noël et notamment le 1er janvier, jour de l’élection du prince, personnage assez notable pour que le mayeur honorât de sa présence le festin de la « princeté des sots » 2.
Cette confrérie moqueuse qui paraît avoir beaucoup d’analogie avec les enfants sans souci parisiens, s’attaquait hardiment à toutes les puissances, et cependant aucune mesure de police connue n’a modéré son ardeur satirique. On se borna à en interdire les manifestations durant les années calamiteuses qui suivirent le traité d’Arras 3. Clément Marot décrit dans la seconde Épitre du Coq à l’âne, le