‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 201 sur 246 · Les Clabault, p · texte numérisé non relu

Les Clabault, p

6. Ce sont les propres termes d’un rapport de M. Dusevel à la Société d’Archéologie sur les Archives municipales en 1838. (Antiquaires de Picardie, Mémoires, T. II, p. 24). Ce qui n’empêche pas M. Dusevel de donner le fait comme absolument certain dix ans plus tard. ( Histoire de la ville d’Amiens, 2e édit., p. 174).

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femme, qu’il soit étrange que ses contemporains n’aient pas récompensé, mentionné tout au moins sa généreuse action, que l’on renonce à l’appeler d’un nom absolument inconnu à Amiens et nullement picard, ce n’est peut-être pas une raison suffisante pour effacer de nos annales le souvenir d’un fait tout à l’honneur des femmes amiénoises.

Aussi bien n’y a-t-il point de parallèle à établir entre Jeanne Hachette ou Marie Fourré, s’exposant aux coups de l’ennemi sur les remparts, et la légendaire Catherine Lisse qui se borne à pousser un cri d’alarme. L’acte a de l’importance sans doute puisqu’il sauva la ville. Toutefois est-il bien étonnant que les registres municipaux n’en fassent aucune mention? Une femme voit l’ennemi, appelle du secours, puis rentre dans l’ombre. C’est méritoire, mais nullement héroïque, car elle ne courut vraisemblablement aucun danger.

Charles VIII et Anne de Bretagne arrivèrent à Amiens le 11 juin 1493 L La bannière de la ville flottait sur le boulevard, celle du Roi sur la porte Montrescu, et des oriflammes aux armes des grands seigneurs se déroulaient sur les remparts1 2. Les membres de l’échevinage reçurent les souverains à l’entrée de leur cité. Une cour nombreuse les accompagnait. Antoine Clabault, qui avait complimenté dix ans auparavant la dauphine Marguerite, leur souhaita la bienvenue. Le cortège, dans lequel figuraient les ducs d’Orléans, de Vendôme, de Guise, de Luxembourg, le comte

1. Arch. mun. Délib. BB 16, p. 233 v° et suiv. Attendu depuis le 1er avril, Charles VIII retarde sa venue jusqu’en juin, à cause de la peste qui régnait et à cause aussi des hostilités.

2. Ibidem. Délib. BB 16, p. 246. « Que l’on mettera sur la porte du bolvert les banières de la ville.

» Sur la principalle porte de Montrescu les banières du Roy.

» Sur les tours de la forteresse d’un lez et d’autre d’icelle porte de Montrescu tous les estendars des seignouries en joieuseté de la ville »

de Foix, les maréchaux d’Esquerdes et de Gié \ se mit en marche vers l’église Notre-Dame, escorté des compagnies privilégiées1 2. Les rues étaient pavoisées, les maisons disparaissaient sous de riches draperies. L’abbé de Saint- Martin-aux-Jumeaux s’était chargé d’organiser le long du parcours des représentations de mystères en l’honneur du Roi et de la Reine 3, qui s’avançaient sous de riches dais de damas frangés d’or 4 5, portés par des échevins vêtus de robes de soie

Lorsque les souverains furent revenus de l’église Notre- Dame en leur hôtel, le mayeur offrit les présents d’usage :

A Charles VIII douze muids de vin, quatre bœufs gras, douze moutons gras, douze paons, douze faisans, douze grues, douze butors, douze hérons rouges, douze cygnes, « le tout en vie » .

A Anne de Rretagne, une superbe fontaine d’argent doré enrichie de pierreries, de la fabrication des orfèvres de Péronne; cette fontaine, surmontée d’une licorne ou d’une sirène, portait sur un cartouche l’écu émaillé des armes

1 . Arch. mun. Délib. BB 16, p. 246. <' Présent de iv ponctions de vin à mons. d’Orléans, d’une demi-quenne de vin d’Orléans à mons. de Vendosmes, à mons. de Foix, à mons. de Luxembourg, à mons. de Guise, à mons. le maréchal d’Eskerdes, à mons. de Gyé. »

2. Ibidem. Délib. BB 16, p. 246 v° et suiv. « Les compaignons archers, arbalestriers et couleuvriniers ont fait faire chacun « aucuns haquetons couverts en aucune partie de orphaveries .... » On leur accorde, de ce chef, à chacun 25 sols (37 fr. 50).

3. Ibidem. Délib. BB 16, p. 233 v°. « Seront ordonnés aucuns mistères le plus honnourablement que faire se porra, depuis ladite porte jusques

à ladite église Nostre-Dame et à parler de ceste matière à mons. l’abbé

de Saint-Martin et autres en ce congnoissans, sont commis »

4. Ibidem. « Avoir et tenir par vm ou x de mesdis seigneurs n pailles pour en porter l’un sur le Roy qui sera de drap de damas vermeil, et l’autre sur la Royne, qui sera de drap de damas blanc, vert ou pers (azur) . »

5. Ibidem. « Mesdis seigneurs seront vestus de robes à demi-longues

de drap de demie graine »

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d’Amiens, afin que la reine « puisse en la regardant avoir mémoire de ce 'don pour le bien de la ville » l.

Maître Jacques Groul et Nicolas Fauvel, deux des principaux organisateurs de ces mémorables journées, assistent le printemps suivant, aux fêtes de Lyon. La noblesse et les représentants des principales villes du royaume y avaient été conviés. 11 y eut tournois, danses, divertissements de toutes sortes.

Dans l’ivresse que causaient de brillants spectacles, Charles VIII annonça le projet généralement assez impopulaire de revendiquer, les armes à la main, les droits de la couronne de France sur le trône de Naples, et de marcher ensuite contre les Turcs, ennemis de la chrétienté2.

Le Roi était résolu à partager en personne les dangers et la gloire de l’expédition, confiant dans le patriotisme de

4. Arch.mun. Délib. BB 16, p. 234, 242. On hésita sur le choix de l’objet. Dans une première réunion, il fut décidé que l’on offrirait une fontaine d’argent doré, du poids de 50 marcs d’argent, dont la façon était évaluée à 10 marcs. Elle représenterait une licorne ou une sirène et le pied de « la lanterne » serait décoré des écus émaillés du Roi, de la Reine et de la ville d’Amiens. Les orfèvres de Péronne étaient réputés ; mis en concurrence avec un orfèvre d’Amiens, nommé Jehan Gravai, ils devaient avoir la préférence parce qu’ils demandaient un prix moindre pour la façon. D’autre part, Messeigneurs avaient chargé Jehan Péredieu de visiter Pierre et Jehan Lecointe, artistes très en renom de Paris qui proposèrent un tableau d’or, représentant le couronnement de la Vierge, en émail rouge et blanc, avec encadrement enrichi de huit rubis balais, de huit perles et de seize fleurs émaillées noir. Le tout, pesant 12 marcs et 3 onces d’or, était à vendre 350 écus d’or (environ 12,150 francs). On pouvait augmenter la valeur de l’objet en y ajoutant quatre beaux rubis et quatre diamants de 40 écus chacun. L’échevinage, craignant que le tableau d’or ne fût « de petite monstre » quoique de grand prix, s’en tint au projet primitif et commanda la fontaine aux orfèvres de Péronne.

2. Ibidem. Délib. BB 16, p. 280 v°. Lettres lues le 11 mars 1494 (n. s.) et datées de Moulins « affin de envoier en la ville de Lyon sur le Rosne, aucun bon personnaige pour oïr ce qu’il sera dit par le Roy »

ses bonnes villes, auxquelles il recommandait de respecter les derniers traités et de se bien garder contre les ennemis b

Par malheur, le vieux maréchal d’Esquerdes mourut au moment où sa grande expérience allait être le plus utile. Il était encore lieutenant général en Picardie et capitaine d’Amiens. Le Roi voulut que la France s’associât à la douleur que lui causait le trépas de ce grand homme de guerre, et rendît à sa dépouille mortelle les honneurs réservés aux têtes couronnées, partout où passerait le convoi funèbre, depuis Lyon jusqu’à Boulogne-sur-Mer. C’était là que l’illustre soldat avait manifesté le désir de dormir son dernier sommeil près de l’image miraculeuse de la Vierge2.

La campagne fut heureuse 3. La ville célébra le triomphe

des armes françaises4, et, tandis que la manie des conquêtes

entraînait Charles VIII et son successeur en de lointaines

expéditions, une ère de prospérité depuis longtemps inconnue s’ouvrait pour la Picardie. Les hostilités qui attristèrent la fin

d. Arch. mun. Délib. BB 17, p. 6. 23 avril 1494. — Comptes 1493-94, p. 122 v°.

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