‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 37 sur 246 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES ORIGINES CHRÉTIENNES

f. Les apôtres martyrs. — Les légendes en général. — La légende de saint Firmin. — Époque de la rédaction de cette légende. — La vie, l’apostolat, le martyre de saint Firmin. — Les historiens ne sont pas d’accord relativement à la date de sa mort. — La liturgie amiénoise. — Saint Quentin, son apostolat et son martyre. — Persécution de Piictiovare.

— Les saints martyrs Fuscien, Victoric, Gentien, Ache et Acheul. — IL Les progrès de la foi chrétienne. — Saint Martin. — Organisation de la société chrétienne. — L’église triomphe sous Constantin. — La hiérarchie ecclésiastique. — Le diocèse et les premiers évêques d’Amiens.

— La première église.

La question des origines chrétiennes dans les Gaules divise actuellement les savants. S’appuyant sur de très anciennes légendes, l’école traditionnaliste fait remonter au ier siècle de notre ère la fondation de plusieurs de nos Églises ; de l’Église d’Amiens entre autres. L’école historique qui se base sur les textes de Grégoire de Tours, ne croit pas que l’apostolat de saint Denis à Paris, celui de saint Martial à Limoges, et celui de saint Firmin à Amiens, aient été antérieurs au 111e siècle. Les textes, assez explicites pour affirmer la prédication de l’Évangile dans les Gaules, pendant les deux premiers siècles, ne le sont généralement pas lorsqu’il s’agit de fixer l’établissement de telle Église en particulier. Nous voulons croire que parmi les villes de la Gaule, Amiens, située sur la grande voie militaire mettant Rome directement en communication avec la Rretagne, apprit des premières à connaître le vrai Dieu. Toutefois,

nous inclinons à penser que les conversions qui ont pu se manifester à la voix de quelques missionnaires voyageurs, n’eurent très probablement d’abord qu’un caractère accidentel et peu durable. Le grand. élan chrétien qui marque les débuts de l’histoire ecclésiastique du diocèse date seulement de l’apostolat de saint Firmin.

La critique historique moderne n’attache qu’une importance très relative aux légendes du genre de celle qui nous révèle les principaux traits de la vie de l’évêque martyr et fondateur de l’Eglise d’Amiens. On ne saurait méconnaître cependant que les légendes ont une réelle valeur. Elles ne sont pas nées de toutes pièces dans l’imagination des bonnes gens du temps passé, par une sorte de génération spontanée et sans quelque germe de réalité qui les ait produites, sans quelque garantie de certitude qui les ait conservées. 11 n’y a pas de tradition, si altérée soit-elle, qui ne s’appuie sur un fond de vérité, autour de laquelle la fiction a pu greffer sa poésie plus ou moins invraisemblable, mais toujours respectable.

On peut dire, d’une manière générale, que la vie de chaque saint a été écrite par un de ses disciples, ou tout au moins sur les témoignages d’hommes qui avaient été ses familiers. Seulement, la biographie du personnage étant lue de siècle en siècle, chaque siècle aussi la recopiait en y faisant des remaniements et des additions. Quelle est la proportion des faits authentiques ou des exagérations populaires ? Jusqu’à quel point l’auteur a-t-il été doué de ce discernement critique qui distingue le fictif du réel, le vraisemblable du vrai? Voulant présenter un modèle de vertu, s’est-il beaucoup soucié de l’exactitude historique ? Son œuvre nous est-elle connue dans son intégrité ? Autant de questions difficiles à résoudre, et qui commandent une excessive prudence.

En principe, il faut admettre que l’hagiographe s’est

LES ORIGINES CHRÉTIENNES

étudié à conserver un fond de vérité au récit. Il peut avoir exagéré les faits d’ordre surnaturel, mais il a dû respecter les traits saillants, les faits généraux et permanents. Je puis douter par exemple que saint Firrnin ait guéri tel aveugle, mais je suis assuré par le récit légendaire qu’une condamnation à mort a été prononcée contre lui et exécutée. De même je crois au fond de la procédure qui est décrite, car il fallait que l’auteur se montrât exact dans les grandes lignes sous peine de voir ses contemporains rejeter le miracle.

Les Bénédictins, auteurs de d’histoire littéraire de la France, datent la rédaction des Acta sancti Firmini 1 du vie siècle. Les Bollandistes penchent pour le ve et M. Salmon pour la tin du ive. M. l’abbé Duchesne les croît postérieurs au vme. Bosquet en donna une première édition dans l’histoire de l’Église gallicane (1636). Celle du père Stilting2, de beaucoup la plus correcte, a été adoptée par l’Église d’Amiens et insérée dans sa liturgie. Établie d’après un manuscrit provenant de l’église paroissiale de Saint-Firminau-Val, collationné avec celui des Pères Jésuites d’Anvers, elle reproduit la version d’un précieux lectionnaire du xme siècle, actuellement à la Bibliothèque d’Amiens.

On y lit que saint Firrnin naquit à Pampelune. Son père Firme, le premier des sénateurs de la cité, et sa mère reçurent le baptême des mains de saint Saturnin, évêque de Toulouse, venu à la demande de saint Iloneste pour évangéliser les habitants de la future capitale de la Navarre. Firrnin était encore enfant lors de la conversion de ses parents. Saint Iloneste le baptisa, se chargea de son éducation et l’associa de bonne heure à ses travaux apostoliques. 11 avait vingt-quatre ans lorsqu’il alla à Toulouse. Saint

1. C. Salmon. Histoire de saint Firrnin, martyr, premier évêque d’Amiens. Amiens, 1861.

Page 1