La Morlière, loc. eit , p
LES ORIGINES CHRÉTIENNES
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Sainct Martin chy divisa sen mantel En l’an trois cent ajoutez trente sept.
Le distique reproduit sur le bas-relief récemment placé dans la façade nord du Palais de Justice qui occupe l’emplacement du monastère, tendrait à prouver que saint Martin rencontra le mendiant en cet endroit.
L’enceinte fortifiée passait en deçà, mais si l’on s’en tient à la lettre des expressions relevées aux livres de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours, le jeune circuitor accomplit la généreuse action in porta civitatis Ambianensium, et cela peut aussi bien s’entendre d’un point situé immédiatement contre la porte de la ville, que d’un point situé à une petite distance de cette porte, tel que serait le lieu indiqué par une tradition infiniment respectable L
Dans les premiers siècles de l’empire, chaque cité élisait les prêtres des dieux comme elle élisait les magistrats municipaux. Le gouvernement de la cité se trouvait associé à la religion. Le sénat tenait ses séances dans un lieu consacré. Les fêtes publiques étaient des cérémonies religieuses. Les jeux du cirque et les représentations théâtrales faisaient en quelque sorte partie du culte. Les magistrats municipaux n’avaient pas d’attributions plus importantes
1 . Pagès. Édit. préc. T. I, p. 185. On conservait dans l’église de l’abbave une partie du manteau de saint Martin enchâssée dans le reliquaire offert par le roi Louis XI. Ce reliquaire représentait « la porte d’une ville haute de deux pieds, accompagnée de deux tours rondes, avec mâchicoulis et créneaux. Proche le pont-levis à deux flèches posées sur la base, on voit la figure de saint Martin à cheval qui, de son sabre, coupe la moitié de son manteau pour la donner à un pauvre placé proche de luy. Un cristal transparent recouvrait la relique. Le haut du batiment de cette porte est couvert par des corps de garde, au milieu desquels est un petit beffrov garni d’une cloche. Contre le devant des murailles on voit d'anciens écus de France faits en fond d'azur d'émail garni de fleurs de lys d'or sans nombre. »
que celle de veiller à l’accomplissement de tous les rites. Leur entrée en fonctions était signalée par l’immolation d’une victime; ils devaient ensuite présider aux repas sacrés. Les dignités municipales étaient, par un certain côté, des sacerdoces. Nous avons vu le rôle prêté, par la légende, au curial Auxilius dans l’interrogatoire de saint Firmin.
Le christianisme ayant rapidement grandi au cours du ive siècle, se propagea d’abord parmi les classes moyennes. Or les classes moyennes étaient précisément composées des propriétaires qui remplissaient les curies et qui administraient les cités L II était naturel et légitime que la nouvelle religion interdît à ses adeptes les actes du culte païen. Défendre de faire un sacrifice aux dieux, c’était implicitement défendre d’être décurion et d’être magistrat. Il était impossible aux chrétiens de se mêler à la vie municipale. Il y avait incompatibilité entre la Cité et l'Église. La Cité était païenne, l’Église lui fit la guerre.
La victoire définitive de la religion chrétienne au début du ve siècle, termine heureusement une longue crise dans laquelle le gouvernement municipal avait perdu toute sa vitalité. La société nouvelle se donne alors une constitution dont il est intéressant de connaître les grandes lignes.
Les chrétiens de chacune des cités forment une église (ecclesia), expression synonyme d’assemblée. Tous les fidèles figurent au même titre dans l’Église qui élit les chefs de la communauté, de même que les comices élisent les magistrats. Ces chefs nommés par le suffrage populaire sous la réserve de l’institution canonique, — les surveillants (episcopi) et les anciens ( presbyteri ), — se trouvent être dans la société religieuse l’équivalent des magistrats de la société civile. L’église se façonne ainsi sur la hiérarchie administrative.
1. Fustel de Coulanges, Histoire des Institutions politiques, II, p. 34.
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C’était l’habitude, chez les premiers chrétiens, d’ériger des autels sur le tombeau des martyrs dont ils vénéraient la mémoire. La législation romaine garantissant l’inviolabilité des sépultures, on devait tout naturellement se croire en parfaite sécurité pour prier Dieu, dans les limites d’un lieu que les lois défendaient contre toute espèce d’éviction. Voilà, selon nous, la raison fort simple et très plausible de l’endroit choisi de préférence pour la construction, sous le vocable de la Vierge Marie mère de Dieu, du premier temple chrétien élevé à Amiens, propriété de l’assemblée des fidèles qui put ainsi de bonne heure acquérir une sorte d’existence légale b
Cette église, quelquefois appelée Notre-Dame des Martyrs, ou telle autre qui lui aura succédé sur le même emplacement, ne paraîtra dans l’histoire que six siècles après l’époque attribuée à sa construction, quand elle seradevenue le sanctuaire d'une communauté de chanoines réguliers de Saint-Augustin dotée par les évêques Roricon (1085) et Gervin (1093). La charte de 1085 rappelle qu’au vocable de la Vierge Marie, que l’église avait d’abord reçu, avait été anciennement substitué celui des saints martyrs Ache et Acheul1 2 3.
Les monuments funéraires découverts en 1097 sous le chœur de l’église abbatiale, attestent que les chrétiens des
1. Acta Sanctorum. Septembris. T. T, p. 175. De sancto Firmino epis-
copo confessore. Qua in urbe Ambianica in loco qui ab antiquis
Bladana , ubi corpus beati martyris Firmini à Faust iniano senatore
tumulatum fuerat, ecclesiam beatæ Dei genitricis semperque virginis Mariæ construxit.
2. Cartulaire de l’abbaye de Saint-Acheul. N° 15, p. 8. Ecclesiam...,.
in honorem sancte Virginis Marie postea vero à sanctis martiribus
Acio et Aceolo
3. Le Blanc. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, p. 427; M. Roux, loc. cit., p. 440.
vie et vne siècles groupaient les sépultures autour de l’autel sanctifié par la présence des corps saints. Les inscriptions gravées au trait sur les tombes étaient accompagnées de la croix et des emblèmes alors en usage : l’alpha et l’oméga synonymes des mots principium et finis , les colombes affrontées et le monogramme constantinien formé du X et du P grecs, les deux premières lettres de xpistos.
Le ve siècle voit s’organiser la circonscription diocésaine dans les limites de la civitas des Ambiani et l’évêque (episcopus) premier pasteur de l’Église d’Amiens acquiert dès lors une autorité considérable sur les populations.
Une grande incertitude plane sur la vie des prélats que la tradition 1 donne pour successeurs à saint Firmin le martyr. L’existence de saint Euloge en cette qualité résulterait de sa participation au concile de Cologne2 (346) si le concile de Cologne n’était pas également sujet à discussion. Les faits incontestables se rattachant au second saint Firmin, dit le confesseur 3, pour le distinguer de saint Firmin le martyr, se réduisent à tellement peu de chose qu’il faudrait se borner à le placer vaguement à la fin du ive siècle. La biographie de ce prélat publiée dans les Bollandistes abonde en contradictions que l’abbé Corblet lui-même ne parvient pas à expliquer. Sa naissance, son ordination, la vie apostolique qu’on lui prête, sa mort, sont matière à discussion.
Après eux viennent, dans l’ordre chronologique au catalogue de nos évêques : Leonardus et Antonius au sujet
1. J. -J. de Court. Mémoires chronologiques qui peuvent servir à l’histoire ecclésiastique et civile de la ville d’Amiens. N° 802 des Mns de la Bibliothèque communale. — M E. Soyez Notices sur les Evêques d’Amiens.
2. Philippi Labbei et G. Cossartii. Sacrosancta concilia , T. II, col. 615.
Concilium Agrippinense. Cum consedissent episcopi in Agrippinensium civitate id est Maximinus Trevirorum Eulogius Ambianorum.
3. J, Corblet. T. II, p. 189. Acta Sanctorum. Septembris. T. I, p. 175. De sancto Firmino episcopo confessore.
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desquels l’histoire et la tradition ne donnent aucune indication. puis Edibius et Beatus les premiers authentiquement connus et ayant pris le titre d’évêques de l’Église d’Amiens au premier (511) 1 et au cinquième (551) 2 conciles tenus à Orléans, sous la monarchie franque.
1. Philippi Labbei Concilia. T. IV, col. 1410. « Eclibius episcopus
ecclesiæ Ambianensis subscripsi. »
2. Ibidem, T. V, col. 399. « Beatus episcopus ecclesiæ Ambianensium subscripsi. »