‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 58 sur 246 · Orderic Vital. Édit, préc., T. II, p · texte numérisé non relu

Orderic Vital. Édit, préc., T. II, p

3. Cartulaire du Chapitre, T. I, f° 71. — Charte de 1069. — « Actum

Ambianis in basilica beate Marie semper virginis rege Francorum

Philippo, Guidone Ambianorum episcopo, Radulfo filioque ejus Simone comitibus. »

LES COMTES D’AMIENS

il résolut de finir ses jours dans le cloître. I/événement a pris un caractère merveilleux et légendaire en passant par la bouche des poètes.

La satire de Thibaut de Marly 1 raconte que Simon fut saisi d’horreur en apercevant le serpent qui rongeait la langue de son père, en punition des blasphèmes et des parjures dont il s’était rendu coupable :

Simon de Crespi

le comte Raoul son père défoiii

Et trouva en sa bouche un froit2 plus que demi

Qui li mengoit la langue dont jura et menti

Li cuens (le comte) vit la merveille ; moult en fu esbaï :

Es-ce donc mes (mon) pères qui tant chastiaux broï (brida) !

Les amis du comte essayèrent par tous les moyens de le détourner de sa résolution ; ils crurent avoir réussi à le décider à épouser Judith, fille du comte d’Auvergne, mais Simon avait inspiré à la jeune fiancée des sentiments analogues aux siens et, le jour fixé pour le mariage, Judith quitta la maison paternelle et se retira au monastère de la Chaise-Dieu. Les auteurs de Y Art de vérifier les dates ne sont point ici d’accord avec Du Cange. Ils prétendent que Simon épousa Judith, mais que, la nuit des noces, les deux époux convinrent de se séparer pour vivre, l’un au monastère de Saint-Claude, l’autre à la Chaise-Dieu. Du Cange dit positivement, et il cite les auteurs sur lesquels il s’appuie, que cette première tentative de marier le comte ayant échoué, Guillaume le Conquérant l’invita à sa cour et voulut lui donner la main de sa fille. Simon refusa l’offre brillante du duc de Normandie, prétextant un degré de parenté dont

\ . Fauchet. Recueil de l'origine de la langue et de la poésie française , p. 557.

2. Sorte de couleuvre nommée aujourd’hui orvet, diminutif formé du latin orbus, parce qu’elle a de si petits yeux qu’elle semble à première vue en être privée. La locution « plus que demi » est synonyme de gros.

il était indispensable de demander la dispense au Saint- Siège ; il partit pour Rome, mais au lieu de s’y rendre, comme cela était convenu, il se jeta dans le monastère de Saint-Claude où il prit l’habit religieux (1076). Le pape Grégoire YII le tenait en très haute estime et le manda à Rome, afin de lui confier des missions importantes; il est devenu saint Simon. Noble héritier des vertus guerrières de sa race, il avait triomphé des usurpateurs de son héritage, mais pour sanctifier davantage, par le sacrifice de la gloire humaine, l’abandon des richesses et de la puissance.

Dans l’intervalle de cent-dix ans (1075-1185), depuis la retraite de Simon jusqu’à la réunion à la couronne du comté, la succession féodale est de plus en plus irrégulière et incertaine. D’ingénieuses hypothèses peuvent seules expliquer sa possession par les comtes Yves et Guy 1 2, deux personnages que Du Gange croit être frères et enfants de Raoul de Crépy et d’Anne de Russie, dont la domination associée nous est connue par un fait unique, mais de la plus haute importance.

Il s’agissait de réglementer les abus les plus intolérables de la justice vicomtière.Yves et Guy souscrivirent, en qualité de comtes, un pacte répressif, prélude de l’insurrection communale; ce pacte eut lieu durant la période de temps qui s’est écoulée de l’avènement de Guérin au siège épiscopal d’Amiens à la mort de l’archevêque de Reims, Renaud (1085-1095).

A l’exemple de tous les représentants de l’autorité au moyen âge, les comtes réunissaient en leurs mains les pouvoirs les plus divers ; il en était de même des vicomtes 3,

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