Cf. les journaux d’Amiens du 24 au 30 juin
la veille à l’émeute, qui formait l’angle nord de la rue du Delta et de la rue du Faubourg- Poissonnière. Le feu des insurgés balayait encore, par instants, cette position sur laquelle nos concitoyens veillèrent durant la nuit du 25 au 26. Le caporal Maximilien Descavé, ouvrier plafonneur, y fut tué ; le lieutenant Cornebois et les soldats Matifas et Martin furent blessés.
Le 26, dans la matinée, les volontaires amiénois, dirigés vers la Villette par le boulevard Rochechouart et le boulevard de la Chapelle, se heurtèrent à la barricade formidable élevée au coin de la rue de Flandres. Accueillis par une fusillade très nourrie, ils ripostent, puis s’élancent au pas de charge, baïonnette au canon, à la rencontre des insurgés qui la défendent. Ceux-ci, stupéfaits de la soudaineté de l’attaque, lâchent pied et se sauvent en désordre dans les maisons du voisinage. Les soldats Aclocque, Bouvier, Amyot, de Staplande, le tambour-major Cuidé méritent d’être cités à l’ordre du jour L
Témoin de leur bravoure, le général Lebreton s’écrie : « Les Picards sont de braves enfants; ils font merveille! 1 2 »
La prise de la barricade de la rue de Flandres fut l’un des derniers incidents de la guerre fratricide qui coûta la vie à tant et de si illustres victimes. Mgr Aflfre 3, ancien vicaire général du diocèse d’Amiens, où il comptait de nombreux amis, était de ce nombre. On sait comment le prélat tomba
1. Mémorial d'Amiens, 26 février 1870. Souvenir d’un garde national d’Amiens.
2. Journal de la Somme, 2 juillet 1848. Ordre du jour du 30 juin. Rapport du commandant Paillat au colonel Morgan. — Lettre de M. Creton au colonel Morgan, du 27 juin.
3. Denis Auguste Affre, venu à Amiens en 1822 y remplit pendant douze ans les fonctions de vicaire général. C’est à Amiens qu’il composa le Manuel des instituteurs , le Traité de l'administration temporelle des paroisses, l 'Essai sur la suprématie temporelle des papes , etc.
martyr de son zèle au moment où il s’efforçait de calmer la fureur des insurgés par des paroles de paix.
Amiens avait été très paisible pendant ces journées lugubres. Le Journal de la Somme recommandait le calme à ses amis : « Vous savez que l’ordre public est la première condition de la prospérité de la République, et loin de le troubler, vous vous en constituerez les plus énergiques défenseurs ! 1 »
Les gardes nationales de Corbie, Hornoy, Poix, Liomer, Molliens-Vidame, Boves, Bovelles, Oisemont, Moreuil, Neuville, Lœuilly, Acheux, Bertrancourt, Beauval, Allonville, Saint-Fuscien, Rumigny, Villers- Bocage, Mailly, Saint- Sauflieu et d’autres villages étaient venues contribuer au maintien de la sécurité.
La population ne ménagea pas les témoignages de son admiration et les honneurs à la vaillante légion qui avait pris part à la périlleuse campagne de Paris. Elle rentra en ville le 29 juin, au bruit du canon, sous une pluie de fleurs et de couronnes, au milieu d’une ovation chaleureuse : reçue à son arrivée par le préfet, le maire et le Conseil municipal, accompagnée dans sa marche à travers nos rues pavoisées par de continuelles et retentissantes clameurs 2. Ce fut un éclatant hommage de la reconnaissance publique envers les soldats citoyens, dont la conduite au-dessus de tout éloge venait de placer notre cité au premier rang parmi celles qui affirmaient leur dévouement à la cause de l’ordre! Le Démocrate lui-même écrivait : <c Honneur à nos braves concitoyens ! Leur courage a été à la hauteur des circonstances. Que la brave garde nationale d’Amiens reçoive nos
1. Journal de la Somme, 2e supplément au numéro du 25 juin 1848.
2. Journal de la Somme , 28 et 29 juin. — Courrier de la Somme, 28 et 29 juin 1848. — Dusevel. Histoire de la Ville d’Amiens, édit, préc., p. 677. Noms des anciens gardes nationaux d Amiens qui sont allés au secours de l'ordre menacé dans la capitale.
sincères remercîments ! Que chacun de ses membres soit heureux d’avoir sauvé la République î Honte et malédiction sur celui que des sentiments contraires auraient animé! 1 »
Les funérailles de l’infortuné Descavé avaient été célébrées en grande pompe à la Cathédrale, la veille. L’assistance était immense. Un monument fut élevé par souscription à sa • mémoire dans le cimetière de la Madeleine et son nom demeura inscrit sur les contrôles de Ja compagnie à laquelle il appartenait. A l’appel de son nom un camarade répondait: « Mort pour la Patrie ! »
Le deuil de la Patrie se manifesta encore le 6 juillet dans toute sa dignité sévère, sous les voûtes de notre belle basilique, autour d’un catafalque, où des symboles de la douleur civique s’étalaient parmi la sombre verdure des cyprès. La France apparaissait pleurant sur une urne funéraire avec des couronnes d’immortelles et des faisceaux d'armes. Devant ces trophées, la foule était agenouillée dans une pieuse communauté de prières et de regrets, tristement émue par le sanglant souvenir de la bataille des rues, de la guerre civile et de la mort frappant les dévouements les plus patriotiques.
Trois mois après (15 octobre), le général Lebrelon vint en personne remettre la croix de la Légion d’honneur aux gardes nationaux qui s’étaient, le plus signalés 2 et distribua