Le Progrès de la Somme, 10 avril 1870. Semaine politique
3. Journal d’Amiens, 1er avril 1870, sous la signature de M. Tilloy.
LE SECOND EMPIRE
Dès la première heure, et en raison du caractère plébiscitaire, qui a pour effet de réduire toute proposition à ses termes les plus simples, la lutte se circonscrit, par suite d’une équivoque, entre l’Empire et la République.
Deux comités ennemis se forment, qui ont pour objet de recueillir des souscriptions destinées à activer la propagande et de centraliser les moyens d’action. Le Comité des plébiscitaires, partisans du vote affirmatif, se réunit dans les salons Gresset, sous la présidence de M. Vagniez-Fiquet, assisté de M. Cosserat et de M. Dauphin. Le Comité des anti-plébiscitaires, partisans du vote négatif, se réunit dans la salle Longueville, sous la présidence de M. Frédéric Petit, assisté de M. Fuix .et de M. Crépin. Chacun a son organe.
Au nom du Comité plébiscitaire, le Mémorial d'Amiens dit#aux électeurs : votez Oui.
Au nom du Comité anti-plébiscitaire, Le Progrès de la Somme leur dit : votez Non l.
Le Journal d'Amiens recommande l’abstention :
« Que le gouvernement déclare sa résolution de ne pas revenir aux traditions du régime autoritaire, aux errements du pouvoir personnel, quoi qu’il arrive; qu’il dise cela et nous voterons oui. Jusque-là ne voulant pas dire Non et ne pouvant dire Oui, nous nous abstenons » 2.
Des hommes peu sympathiques et d’autres absolument hostiles à l’Empire se résignent à ratifier le sénatus-consulte, parce qu’ils sont effrayés des doctrines et des menées de la démagogie. Le comte de Gomer, le légitimiste convaincu, qui affectait, depuis dix-huit ans, de n’avoir pas de relations avec les préfets, déclare que « ses sentiments ne l’arrêtent
1. Le Progrès de la Somme , 24 avril, 1er et 8 mai 1870. Pourquoi nous votons non, par Frédéric Petit. — Mémorial d’Amiens, 2 et 7 mai 1870. Voter oui, c’est la loi du devoir, c’est la loi du 'patriotisme, par Challier.
2. Journal d Amiens, 30 avril 1870, sous la signature de M. Tilloy.
pas pour voter oui , parce que voter non, c’est pactiser avec les fous et les démolisseurs, et que le salut de la société est en cause » l.
M. Henri Daussy, l’une des grandes figures du barreau d’Amiens au xixe siècle, l’un des hommes les plus réputés pour l’indépendance de ses opinions et qui deviendra premier président de la Cour d’appel, sous le gouvernement de la République, « est de ceux qui disent oui ; qui pensent que l’essentiel est de fonder la liberté; qui croient que l’Empire peut et doit la donner; et qui, sans rien absoudre, sans rien oublier, tenant compte du progrès, ont confiance dans l’avenir » 2.
La journée du 8 mai 1870 ne donna lieu à aucun incident digne d’être rappelé. Le nombre des électeurs inscrits dans les quatorze sections urbaines était de 17,834. 11 y eut 13,656 votants : 9,665 oui, 3,692 non, 299 bulletins nuis.
Le Conseil municipal adressa ses félicitations à l’Empereur :
« Sire, la ville d’Amiens s’est associée, par une imposante majorité, à la grande manifestation du 8 mai, dans laquelle la France vient de confirmer l’Empire et d’approuver la direction libérale donnée par Votre Majesté à nos institutions.
« La volonté du pays, exprimée pacifiquement, ouvre une nouvelle ère de progrès et de prospérité commerciale. Elle condamne les agitations stériles et les vaines espérances de l’anarchie.
« Le Conseil municipal, interprète des sentiments de la population amiénoise, est heureux de féliciter respectueusement Votre Majesté des nouveaux liens qui cimentent l’union de la France avec la dynastie impériale. »
1. Mémorial d'Amiens, 8 mai 1870. Lettre de M. le Cte de Gomer.