CHAPITRE IV
6 Avril 1814 — 20 Mars 1815.
LES CENT JOURS
20 Mars 1815 - 8 Juillet 1815.
I. Occupation étrangère. — Réaction royaliste. — Louis XVJII à Amiens. — Proclamation de la paix. — Evacuation des armées prussiennes. — Placards séditieux. — On apprend le retour de Napoléon.
— Volontaires royaux. — Le drapeau tricolore à' l’Hôtel de ville. — II. Réaction bonapartiste. — Quinette commissaire extraordinaire dans la 15e division militaire. — Menées royalistes. — La députation de là Somme. — Fédération d’Amiens. — Mobilisation des gardes nationales.
— Découragement des populations. — L’invasion. — Le colonel Sergent, commandant de la citadelle. — Louis XVIII à Roye. — Alarmes causées par les ordres contraires. — Le drapeau blanc à l’Hôtel de ville L
« Une seule idée, un seul sentiment absorbait tous les autres: le désir de la paix. Une ville manufacturière comme Amiens devait plus qu’aucune autre la désirer 2. » Aussi les sympathies royalistes se réveillèrent-elles spontanément,
1. Préfets de la Somme pendant cette période : Lameth (Alexandre, comte de), 15 juillet 1814-10 juin 1815. — Cavaignac (Jean -Baptiste), 10 juin 1815-10 juillet 1815.
2. Arch. nat. FIC III. Somme. 9. 1789-1824. 2 août 1813. Le préfet 4e la Somme au ministre de l’intérieur.
en présence de l’Empereur abattu et à la pensée que les derniers désastres mettraient peut-être un terme aux hostilités qui avaient fait couler tant de sang, à la conscription qui avait fait couler tant de larmes.
Ce fut dans les sentiments difïiciles à exprimer de la douloureuse humiliation infligée à leur patriotisme et de l’espérance d’obtenir enfin la paix tant souhaitée, que les Amiénois assistèrent, le 15 avril, au défilé d’une colonne dépendant du deuxième corps de l’armée prussienne L Cette colonne, forte de deux mille hommes, commandée par le général Yorck, et qui allait prendre ses cantonnements dans le Pas-de-Calais, fut bientôt suivie d’une autre d’environ mille hommes, qui occupa notre ville, sous les ordres du général von Kleist1 2.
Les fonctionnaires ne furent pas les moins empressés à se rallier au gouvernement de Louis XVJIL Aucun ne manqua à la solennité du Te Deum d’actions de grâces à la Cathédrale 3. Les magistrats de la Cour d’appel se félicitaient « de voir la France jouir enfin du repos nécessaire pour réparer les pertes causées en vingt années d’agitation et de guerres 4. » La radiation immédiate des emblèmes impériaux sur les édifices publics, l’empressement de chacun à illuminer et à pavoiser les maisons aux couleurs royales, .dénotent un état d’esprit qui ne laisse pas de doute sur les sentiments de la grande majorité des Amiénois 5. L’ardeur