‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 29 sur 197 · Arch. de la Cour d’appel. Reg. aux délib., p · texte numérisé non relu

Arch. de la Cour d’appel. Reg. aux délib., p

5. Arch. mun. D2 Corresp. 1813-1814, p. 170. 7 avril 1814. Ordre du maire à l’architecte pour faire enlever sur les édifices publics les signes et inscriptions du gouvernement supprimé.

des adresses rédigées pour célébrer le rétablissement de la monarchie, témoigne de leur sincérité. Celle des officiers de la garde nationale est très vibrante 1 :

« La ville d’Amiens méritera de conserver sa devise : Liliis tenaci vimine jungor ! C’est, avec enthousiasme qu’elle resserre les nœuds sacrés qui l’attachent à l’empire des lis. Jamais, non jamais ils ne seront rompus ! Les Picards, non moins braves que francs et loyaux, sont rendus à leur caractère par le retour des Bourbons. Vingt-cinq ans de malheur ont pu comprimer, mais non altérer, leur amour pour leur souverain légitime. Ils lui offrent, aujourd’hui, jusqu’à la dernière goutte de leur sang. Vive Louis XVII l ! » Louis XVIII quitta le 19 avril le château d’Hartwel au comté de Buckingham, où s’étaient écoulées les dernières années de son exil. 11 fut reçu à Londres avec les honneurs royaux et s’embarqua à Douvres le 24. De Calais à Compiègne, où devait être discuté l’acte constitutionnel, le voyage du prince fut une longue suite d’ovations. A Boulogne, à Montreuil, à Abbeville, c’était le même empressement des populations, c’était la même unanimité d’espérances 2.

Le Boi, qui s’avançait à petites journées dans une calèche attelée de huit chevaux blancs, arriva le 28, à deux heures et demie de l’après-midi, à la porte de la Hotoie. Le préfet et le général d’Aigremont avaient été le recevoir, la veille, à Nampont-Saint-Martin, dernière commune du département. Mme la duchesse d’Angoulême était assise à ses côtés ; le duc de Bourbon et le prince de Condé occupaient le devant de la voiture. La suite se composait du chevalier

1. Arch. nat. FIC III. Somme 9. 1789-1824. Adresses et adhésions. Adresse des officiers de la garde nationale active du département et de la garde urbaine d’Amiens au gouvernement provisoire.

2. Relation de ce qui a eu lieu à Amiens lors du passage du Roi Louis XV III. De l’impr. de Caron-Vitet. 1814.

de Rivière, du comte de Pradel, du duc de Grammont, du duc d’IIavré, du marquis et du vicomte d’Avaray.

Morgan de Belloy complimenta Sa Majesté ; quarante hommes, vêtus de blouses blanches, dételèrent les chevaux et demandèrent la faveur de traîner le carrosse. Le cortège s’avança par les rues du Cours, de Saint-Jacques, des Fossés-Saint-Merry, de la Viéserie, des Sergents et du Beau-Puits jusqu’à la Cathédrale. Les compagnies de gardes d’honneur commandées par le chevalier de Chocqueuse étaient sous les armes. La garde nationale et les troupes faisaient la haie. La foule acclamait le Roi. La voix du canon et des cloches augmentait l’émotion générale.

Après avoir rendu grâces au Dieu de ses pères, Louis XVI 11 se rendit à l’Hôtel de la préfecture. On criait Vive le Roi , Vivent les Bourbons !

Les discours des personnages admis à présenter les corps administratifs et judiciaires, civils et militaires, reflétèrent « le bonheur de la cité qui retrouvait son prince très chrétien, épuisée qu’elle était sous le poids d’une gloire désastreuse 1 ». Elle espérait « voir se rallumer, à la faveur d’un gouvernement sage, le feu pur dont la douce lumière éclaire les hommes, en les guidant dans les sentiers du devoir, de la justice et de la paix, non le feu dévorant qui fermente, gronde, mugit, éclate en volcans2 ».

Pendant le souper, auquel seuls avaient été conviés Mgr de Demandolx, le préfet, Mme de la Tour du Pin, et le général d’Aigremont, le peuple, avide de contempler les traits de Louis XVIII, fut admis à circuler autour de la table royale. Ce monarque aux cheveux blancs, dont le costume rappelait un régime disparu, charmait tous ceux qui l’approchaient. Il y eut, le soir, une illumination générale des monuments publics et des maisons particulières.

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