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Ephémérides picardes. 26 mai

La nuit favorisait l’éclosion de placards séditieux du genre de celui-ci :

Habitants d'Amiens, vous êtes gouvernés par un tyran Bourbon , mais bientôt le gros Louis XVIII sera renversé d'un trône qu’il a usurpé. L’empereur Napoléon va revenir et monter , de nouveau , sur son trône légitime et vos fers seront brisés. Vive à jamais Napoléon !

Un sinistre farceur inscrivit ces mots sur l’un des piliers de la cathédrale :

Cathédrale à vendre. Clergé à pendre. Louis XVIII à dégraisser pour faire des lampions 1 .

Toutefois Morgan de Bclloy, résumant chaque semaine, dans une lettre confidentielle au préfet 2, les rapports de la police, constate que les sourdes menées des bonapartistes ne troublent nullement la sécurité publique. La population, en majorité royaliste 3, s’abandonne aux douces illusions d’une paix que l’on croit assurée pour longtemps. « La confiance se manifeste par des réunions, des fêles, des bals, qui n’ont jamais, été plus nombreux4 », quand le courrier du 7 mars apporte la nouvelle du débarquement, au golfe Jouan, de l’exilé de file d’Elbe et de sa marche sur Paris.

En même temps, une lettre autographe de Louis XV1I1 parvenait au comte de Lameth. Le Roi ordonnait de faire appel aux hommes de bonne volonté, de les réunir, de les organiser, de les diriger sur Melun, où se formait l’armée de réserve chargée de « s’opposer au retour du tyran qui

1. Êphémérides picardes. 12 juin 1814, 11 novembre 1814. — Henry Houssaye, 1814, p. 53.

2. Arch. mun. D 2 Corresp. 1813-1814, pp. 44-50 v°, 56 v°, 131, 146, 167 et passim.

3. Arch. nat. AF. IV. 1807. Cent-Jours. nos 81 et 82. Rapport du lieutenant général Sébastiani à l’Empereur, sur l’état des esprits dans le département de la Somme.

4. Ibidem. F. 7. 3.6903. Somme. An X- 1820. Lettre du préfet au ministre, du 6 février 1815.

apportait à la France le double fléau de la guerre civile et de la guerre étrangère 1 ».

Partout, dans la bourgeoisie, dans le peuple, un même frisson d’angoisse légitime a couru, en présence des éventualités redoutables qui viennent de surgir si inopinément. Des chevaliers de Saint-Louis qui avaient autrefois fait leurs preuves à l’armée, des magistrats, des conseillers municipaux, donnent l’exemple et s’inscrivent sur les registres ouverts à l’Hôtel de ville, pour recueillir les enrôlements volontaires. En moins de quinze jours, six compagnies bien armées sont mises en route , sous les ordres de M. Gavé d’Haudicourt.

La marche de l’empereur avait été rapide. La petite troupe apprit, le jour même du départ et avant d’arriver à Breteuil, qu’il était rentré dans Paris. Elle revint sur ses pas 2.

La réapparition du drapeau tricolore aux balcons de l’Hôtel de ville donne lieu à des manifestations contraires. Aux officiers, sous -officiers et soldats du régiment des lanciers d’Angoulême, en garnison à Amiens, qui « jurent de combattre à outrance le traître Bonaparte 3 », le premier bataillon de la garde nationale répond « en faisant éclater son dévouement, après une douloureuse compression, et la plupart de ceux qui le composent demandent à suivre encore les aigles victorieuses4». Les membres de la Cour, redevenue impériale, « saluent comme une époque mémo-

1. Proclamation. Le Roi. La Patrie. La charte constitutionnelle. A Amiens. De l’impr. de J. -B. Caron, l’aîné.

2. Moniteur universel , 18 mars 1815. — Arch. mun. H3 et D 2. Corresp. 1814-1816, p. 116 v°. — Ephémêr ides picardes.

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