Amiens. Impr. de Cherche
LES CENT- JOURS
Qui a rappelé Bonaparte ? L'armée ! Eh bien , qu'elle le défende. Ses ennemis sont nos amis. Ne nous armons pas pour défendre un homme que l'enfer a vomi !
Napoléon était à peine rentré au palais des Tuileries, que la déclaration des puissances, assemblées au congrès de Vienne, troubla les illusions du triomphe et, sous prétexte qu’avec lui ni paix ni trêve n’étaient possibles, leurs armées envahirent le Brabant dans les premiers jours de juin. 500,000 hommes, massés sur nos frontières, s’apprêtaient à les repousser. L’Empereur quitta Paris le 12 juin. 11 allait briser son sceptre dans les plaines de Waterloo î Trahi par la fortune contraire, il signa, dix jours après, la seconde abdication que les souverains alliés exigèrent de lui, tandis que, refoulant nos colonnes en déroute, Wellington et Blücher occupaient les vallées de la Marne et de l’Aisne.
Amiens connut le désastre de Waterloo par des fuyards arrivés dans la matinée du 21. Le général Gassan, chargé de défendre la ligne de la Somme, proclama aussitôt l’état de siège et le colonel Sergent l, récemment promu au commandement de la citadelle, se mit en devoir de l’approvisionner de vivres et de munitions 2.
1. Arch. nat. AF. IV. 1936. — Cent-Jours. Liste des candidats pour les commandements de places.
2. Arch. mun. D2 Corresp. 1814-1816, pp. 171 v°, 182, 189, 193.
6 juin 1813. Le maire au préfet. « Le commissaire des guerres réclame avec les plus vives instances les objets nécessaires à l’hôpital de siège de la citadelle... »
16 juin 1813. Le maire au commissaire des guerres. « Le dépôt de mendicité fournira l’ameublement de l’hôpital de siège de la citadelle, les effets en linge... »
24 juin 1815. Le maire au colonel Sergent. « J’ai donné des ordres pour que les quinze bêtes à corne destinées à l’approvisionnement de siège soient mises dans le village de Saint-Maurice. »
30 juin 1815. Le maire au colonel Sergent. « État des quantités de viande et d’eau-de-vie mises à la charge des bouchers et des marchands d’eau-de-vie pour le complément de l’approvisionnement de siège de la citadelle. »
Le drame des Cent-Jours touche au dénouement. Louis , XVIII a quitté Gand le 22 ; il est à Mons le 23, à Cambrai le 24. J .-B. Cavaignac, ancien conventionnel qui avait rempli d’importantes missions aux armées de l’ouest, pendant la Révolution, remplace le comte de Lameth à la préfecture de la Somme et arrive à Amiens le 23.
L’invasion et la présence de Louis XVIII à Cambrai activent le mouvement royaliste. L’armée anglaise se présente, le 26, devant Péronne. Le général Jacques Morgan, un enfant d’Amiens, s’y était enfermé la veille avec une petite troupe. Un avocat nommé Hiver, maire révoqué quelques semaines auparavant, reprend ses fonctions aux premiers boulets tombés dans la ville et rédige cet arrêté :
« Art. Ier. — Il est enjoint au commandant des troupes de faire cesser le feu et de demander une capitulation.
Art. II. — Il est défendu à la garde nationale de se prêter à aucune hostilité contre les alliés de S. M. le Roi de France. » Le gouverneur n’obtempérant pas assez vite, Hiver déploie le drapeau blanc, ameute la foule, la conduit sur les remparts, disperse les canonniers et impose finalement la capitulation l. Morgan quitte alors la place, se replie sur Beauvais et écrit au ministre : « Je ne puis espérer de rester longtemps dans le même endroit. Voilà le septième jour que je suis parti de Paris et je ne me suis pas couché... La France est difficile à sauver, mais la chose n’est pas impossible 2 ».
L’évacuation des troupes et du matériel des dépôts de dix-huit régiments, qui se trouvaient dans notre ville,
1. Arch. de la guerre. Arrêté du maire de Péronne. 26 juin. Procès-verbal du siège et de la capitulation de Péronne. 27 juin. Cités par Houssaye. 1815. La seconde abdication , p. 148.
2. Arch. nat. AF IV. 1937, nQ 130. Lettre du général Lauberdière. 30 juin 1815. N° 313, Lettre du général Morgan. 26 juin 1815.
LES CENT-JOURS
commence dans la nuit du 20 au 27 L On apprend, le 30, que Louis XVI 1 1 vient d’arriver à Roye. Quelques Amiénois s’y rendent sur-le-champ et rencontrent, auprès du prince, les maréchaux Macdonald et de Gouvion-Saint-Cvr, venus pour lui annoncer l’abdication de l’Empereur.
Le 2 juillet, à dix heures du matin, deux mousquetaires de l’escadron qui avait accompagné le Roi à Gand se présentent à la porte de Noyon, agitant des mouchoirs blancs, en guise de drapeaux, et criant à tue-tête : Vive le Roi! Aussitôt appréhendés par le poste et conduits à l’Hôtel de ville, ils subissent un long interrogatoire, à la suite duquel Morgan de Relloy donne l’ordre de les relâcher à la condition qu’ils s’engagent à ne tenir, quant h présent, aucun propos hostile à l’Empereur 1 2.
Des groupes populaires se forment de toutes parts. On commente les événements. N’était la vigilance de la garde nationale, royalistes et bonapartistes également surexcités en viendraient aux mains. La journée s’achève sans nouvelles officielles, mais J. -B. Cavaignac, qui prend peur, transporte le siège de l’administration préfectorale à Quevau* villers, village situé sur la route de Rouen, à 16 kilomètres d’Amiens, laissant à Morgan de Belloy l’écrasante responsabilité d’une situation des plus critiques, car le colonel Sergent, résolu à disputer la citadelle aussi bien aux royalistes qu’à l’ennemi, menace de bombarder la ville s’il voit apparaître le drapeau blanc 3.
Le danger de l’invasion étrangère se complique de la
1. Arch. nat. AF. IV. 1937, nos 129 et 130. Lettres du général Lauberdière. 29 et 30 juin 1815.