Ephémérides picardes. 23, 26, 30 juillet
calmèrent. La municipalité, afin de créer une diversion, annonça que l’on célébrerait, le lei août, la plus populaire de toutes les réjouissances amiénoises au temps jadis.
Nous voulons parler de la chasse aux cygnes, qui se pratiquait très anciennement, le premier mardi du mois d’août, afin de partager entre les seigneurs riverains les jeunes cygnes qui peuplaient, au moyen âge, la Somme et les étangs voisins. Au jour consacré pour cette opération, le bailli de Corbie descendait en barque le cours de la rivière, pendant que les baillis de l’évêque, du chapitre, du vidame d’Amiens, des seigneurs de Rivery et de Blangy, la remontaient à partir du pont du Gange. Ils poussaient les couvées devant eux. Les oiseaux se trouvant ainsi rassemblés, suivant la marque que portaient les père et mère, on appliquait au fer chaud, sur le bec des jeunes, l’empreinte adoptée par le seigneur auquel ils appartenaient par droit de naissance : pour l’évêque, une crosse ; pour le chapitre, une croix ; pour le vidame, son blason ; pour les seigneurs de Rivery et de Blangy des barres transversales ; pour fabbé de Corbie, une croix de Saint-Pierre. Les oiseaux étaient relâchés après ablation du fouet de l’aile.
Abandonnée sous Louis XIII, parce que les cygnes se faisaient rares, cette chasse d’un genre tout particulier disparut complètement au début du xvme siècle, sans que la population amiénoise renonçât, toutefois, aux réjouissances dont elle était devenue le prétexte. Avec ses mâts pavoisés, ses feux multicolores, ses gondoles féeriques, une fête annuelle perpétua le souvenir de l’antique et féodale coutume. On l’appelait la fête de la chasse aux cygnes ou la fête de la borne de Carnon. Celle du 1er août 1815 eut un éclat particulier. Il semblait que ce fût le retour symbolique aux coutumes de la royauté d’autrefois. Il y eut l’enthousiasme du moment ; enthousiasme qui s’accrut encore, quinze jours après, lors de la visite du duc de Berry.
LOUIS XVIII
En la* personne de ce prince, second (ils du comte d’Artois, qui avait été choisi par Louis XVIII pour les missions militaires auxquelles sa jeunesse et sa bravoure semblaient le destiner, le Roi voulait présenter à l’armée comme l’ombre vivante de Henri IV. Son Altesse Royale partit de Paris le 17 août dans la matinée.
Reçu et harangué à la porte de Reauvais par le maire d’Amiens, le duc de Berry se rendit à cheval au palais épiscopal. Une foule considérable remplissait les rues et cette foule se retrouva non moins vibrante, le lendemain de grand matin, à la Ilotoie, pour assister à la revue après laquelle le prince continua sa route vers Lille \ escorté jusqu’à Bertangles par un groupe de royalistes de marque.
Deux jours après, les drapeaux des armées alliées flottaient encore sur nos principaux monuments. La 3mo brigade de l’armée du duc de Wellington et un régiment de dragons prussiens occupèrent la ville pendant plus de trois mois. Les officiers et les soldats étaient nourris aux frais de l’Etat, mais il fallait les loger, et leurs exigences ne connaissaient pas de limites. Le traité de Paris, signé le 20 novembre, affranchit le pays de cette longue et pénible oppression. Le général Dornberg donna l’ordre d’évacuer sans retard Amiens et les villages situés au nord de la Somme 1 2.
La réaction contre le régime impérial a laissé dans les annales de l’époque des traces de sang ineffaçables. Paris et certains départements assistèrent à toute une série de jugements et de représailles. Ici rien de semblable. La Cour prévôtale qui siégea dans la salle de la Cour d’Assises, sous la présidence du colonel de Dienne, n’instruisit que des crimes de droit commun. « Le bon esprit des habitants nous