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Ibidem. T. I, p. 224, planche V et p

4. Arch. mun. Délib. du 9 juillet 1828. Dénomination des boulevards.

Amiens forme deux villes d’aspect très différent : la ville haute, ville du grand négoce et de l’aristocratie, qui s’étend au sud de l’Avre ; la ville basse à peu près circonscrite dans les limites de l’antique Scimarobriva, ville essentiellement laborieuse, dans laquelle l’activité ouvrière et le travail semblent disputer la place à l’air et à la lumière. L’Amiens du plan dressé en 1822-23, par les architectes Limozin père et fils, ne diffère guère de l’Amiens de l’ancien régime que Devermont 1 a décrit en 1783. Et il y a bien à faire, dans une ville mal éclairée, qu’on ne balaie pas souvent, qu’on n’arrose jamais2, pour remplir le programme résumé dans €es trois mots de Louis XIV au lieutenant général de sa police : clarté, netteté, sûreté !

La substitution du réverbère à la lanterne avait déjà réalisé un progrès. Dans le réverbère, une mèche de coton baignant dans l’huile remplaçait avantageusement la chandelle de la lanterne, et deux réflecteurs opposés étendaient la projection des rayons lumineux. La clarté était égale et vive. 327 réverbères, portant.758 becs, éclairaient les principales rues, du 1er octobre au 30 avril. Pendant l’été, le nombre en était réduit à 110 3. Ces réverbères, qui se balançaient suspendus au milieu de la chaussée par un système de cordages et de poulies, nous les avons connus.

1. M. D. V. L. d’A. Voyage pittoresque, ou notice exacte de tout ce qu’il y a d’intéressant à voir dans la ville d’Amiens, capitale de la Picardie et dans une partie de ses alentours, fait en l’année 1783. Amiens. J. -B. Caron l’aîné.

2. Arch. mun. Bureau du service de la Voirie. Mai 1817. — Note sur un projet d’utilité publique et privée. « L’attention du voyageur qui observe la ville d’Amiens est frappée du défaut d’arrosement périodique sans lequel on ne peut obtenir de salubrité publique. »

3. Histoire de la Ville d’Amiens , T. II, p. 373. — M. H. Macqueron. Bibliographie précitée. Nos 3243 à 3250. — Arch. mun. Budget de 1811, chap. Il, art. 17. La somme affectée à l’éclairage de la ville varie de 16,000 à 18,000 francs, pendant les règnes de Louis XVIII et de Charles X.

Amiens a l’époque de la restauration. 117

L’allumeur était un type de l’époque. Protégé contre les taches d’huile par une serpillière en forme de tablier, coiffé d’un large chapeau plat sur lequel il portait la boite de ferblanc contenant son matériel, chaque matin il faisait glisser le réverbère, qui arrivait en grinçant à hauteur d’homme, essuyait les verres, nettoyait les réflecteurs, versait l’huile dans le récipient, coupait la mèche. C’était long; c’était incommode. Une voiture survenait-elle, il fallait attendre. On croyait cependant être arrivé au nec plus ullrà. Le peuple se riait des lanternes démodées, comme il se rit aujourd’hui des réverbères, comme nos petits-enfants, habitués à la lumière électrique, se riront de la lumière du gaz.

En ce qui concerne l’eau potable, considérée de tout temps comme une nécessité de premier ordre, Amiens n’avait point encore réussi à satisfaire aux légitimes exigences de sa population. Remontant au point de départ de notre système de distribution d’eau, nous rappellerons la construction du château d’eau, en 1754. A la partie supérieure se trouvait « la cuvette », vers laquelle une machine hydraulique élevait l’eau qui, de là, se répandait dans les différents quartiers de la ville. Cette eau, qui provenait de la fontaine des Frères, située à la base du bastion du Guyencourt, roulait, à ciel ouvert, jusqu’à la porte de la Hotoie, sur un lit de grès établi dans le fossé de la fortification, puis s’engageait dans l’aqueduc couvert,- construit en briques, qui passait sous le rempart et, de là, sous les rues Mondain, de Job et de l’Aventure. Des douze fontaines publiques dont Jean Sirebeau, fontainier de la ville de Paris, projetait l’installation, en 1751 , quatre seulement furent établies de son temps : au carrefour Saint-Jacques, sur la place du Marché au Feurre, à la Ilalle foraine et, dans la rue Saint-Leu, contre le monastère des religieuses de Saint- Julien l. Trois de ces

1. Histoire de la Ville d'Amiens, T. II, p. 367. Le passage est à rectifier comme ci-dessus.

fontaines, construites dans le style de l’époque, existent encore. Quatre autres complétèrent, quelques années après (1777-1778), les ramifications du service. La plus importante de celles-ci, placée à l’extrémité de la rue des Rabuissons, se composait d’un petit bastion adossé au rempart; au milieu se trouvait une niche en forme de coquille qui surmontait un haut relief sur lequel l’artiste avait sculpté la nymphe couchée, aujourd’hui conservée au musée de Picardie. L’eau se déversait dans une vasque inférieure h On avait installé de nouvelles fontaines sans trop se préoccuper de les alimenter. Après la grande sécheresse de 1778 les sources de la fontaine des Frères baissèrent à ce point que l’on dut songer à utiliser les eaux de la rivière de la Selle. Deux savants chimistes, d’Hervillez et Lapostolle, les analysèrent avec soin, et leurs expériences ayant été concluantes, une conduite en plomb, branchée sur l’aqueduc déjà existant, les mena du fossé dérivatoire de la Hotoie au château d’eau (1787). On resta stationnaire pendant quarante ans. Les citernes et les puits suppléaient à l’insuffisance des fontaines. Toute maison importante avait son puits. 11 en existait aux principaux carrefours et, de distance en distance, sur la voie publique. Plusieurs étaient remarquables par l’ornementation en fer forgé qui soutenait la poulie. On citait le puits de la rue de Beauvais, le puits de la place Périgord, ceux de la place au Fil, de la rue de Novon 1 2. Un « beau puits » avait fait ainsi dénommer la rue

1. Il existait, en 4800, neuf fontaines publiques et une fontaine privée à l’usage de l’intendance : les quatre primitives, celles installées en 1777- 4778 rue des Bouchers, place du Marché au Blé, rue des Rabuissons, à l’hôtel de l'Intendance et la seconde placée à la halle foraine lors de sa reconstruction. Une dixième existait en 1809 au pied du château d’eau. On l’appelait la fontaine du Port. Arch. mun. Riireau de la voirie. Devis annuels des travaux pour l’entretien des fontaines ès années 1807-1814.

2. Le Vieil Amiens. 2e série, Nos 12, 13, 49, 50. 3e série, Nos 58, 59, 60.

Henri IV. Les familles aisées recouraient encore « à la sangle » des porteurs d’eau qui vendaient, par les rues, l’eau qu’ils allaient puiser soit à la Fontaine d'amour, située près du pont des Gélestins, soit à la Fontaine Marie Caron, au faubourg de la llotoie l.

De 1815 à 1830, la question des eaux fut reprise et étudiée dans tous ses détails, car, outre que l’on se plaignait de leur qualité 2, les eaux de la Selle ne donnaient pas un débit régulier à cause du mauvais vouloir des meuniers, qui les retenaient trop souvent en amont 3. Dans l’espoir d’obtenir l’eau jaillissante d’un puits artésien, la ville fit pratiquer, sur la place du Vidamc et dans la cour du château d’eau, des forages bientôt abandonnés parce qu’ils étaient trop incertains 4.

Les projets ne manquent pas, le conseil municipal vote des fonds 5, les hommes experts en la matière proposent

1. Arch. mun. F. Marchés et divers. — 12 prairial an VIII (1er juin ' 1800). Enquête sur l’endroit le plus convenable pour autoriser les porteurs

ou traîneurs d’eau à remplir leurs tonnes pour les quartiers de la haute ville.

2. Arch. mun. Délib. des 27 novembre 1819, 3 juin 1822. « La ville se trouve réduite, par la privation pendant les trois quarts de l’année de l’eau des fontaines, à l’usage d’une eau malsaine qui peut compromettre la santé. » — Ibidem. Bureau de la Voirie. Lettre de Cheussey au maire, du 11 avril 1814. « Les meuniers ont repris leur ouvrage, il ne m’est pas possible d’obtenir l’eau que l’on réclame pour le service de la préfecture. »

3. Ibidem. Bureau de la Voirie. Extrait du rapport des experts nommés pour constater l’état et la situation des diverses eaux d’Amiens, 1823. Le Château d’eau.

Nouvelles fontaines établies en 1824 : à la halle aux grains, rue Sire- Firmin-le-Roux, place Saint-Denis. Nouvelles fontaines à établir en 1825 : place du Grand-Marché, place Saint-Martin, place Saint-Michel, à l’Hôtel- Dieu, branchée sur la fontaine Saint-Julien ; à la Conciergerie, branchée sur celle de la Halle foraine.

4. Le Glaneur. 14 février, 2 mai, 4 juillet, 11 octobre 1829.

5. Arch. mun. Budgets de 1820, 1821, 1823 et 1824. — Délib. des 20 décembre 1820 et 14 juin 1822.

de recourir de nouveau à la fontaine des Frères, d’améliorer les aqueducs et les conduites, de changer la machine hydraulique, d’établir une pompe élévatoire à vapeur; autant de bonnes intentions qui trouveront plus tard une réalisation facile et qui paraissent encore presque téméraires h

Deux cents rues, seize places, quatorze impasses coupent et entrecoupent la ville haute et la ville basse 1 2. La plupart doivent leur dénomination à la situation qu’elles occupent, à quelque tradition populaire, à telle église, à tel monastère, à telle vieille enseigne qui s’v trouvaient au temps passé, ou à la profession qui s’y exerçait. La rue des Rabuissons, la rue Sire-Firmin-le-Roux et le pont du Gange rappellent le souvenir de vieilles familles amiénoises 3. Exceptionnellement, et pour consacrer la mémoire d’un gouverneur de la province de Picardie et d’un intendant de la généralité d’Amiens, auxquels la ville était redevable d’une grande prospérité, il y avait eu, avant 1789, une place Périgord et une rue projetée d’Agay 4.

L’usage d’attribuer aux voies publiques le nom d’un per-

1. Arch. mun. Bureau de la Voirie. 19 avril 1822. Détail estimatif des dépenses à faire pour l’établissement d’une machine hydraulique mue par la vapeur... par Cheussey.

2. Goze. Histoire des Rues d' Amiens. Impr. Alfred Caron. 1814-1861. — M. C. A. N. Caron. Amiens en 1832. Guide de l’étranger dans cette ville. Amiens. Impr. Caron-Vitet.

3. Firmin le Roux, douze fois mayeur de 1229 à 1268. — Jean I des Rabuissons, cinq fois mayeur de 1312 à 1327. — Jean du Cange, cinq fois mayeur de 1331 à 1347. — Jean II des Rabuissons, cinq fois mayeur de 1364 à 1376.

4. Histoire de la Ville d'Amiens. T. II, pp. 363 et suiv. — Arch. mun. Délib. du 29 novembre 1791. La rue d’Agay devait relier la place Périgord à la rue des Cordeliers.

Amiens a l’époque de la restauration. 121

sonnage illustre, ou bien une appellation affectant un caractère politique, n’avait pas prévalu. Nous avons vu Morgan de Belloy introduire cet usage à l’occasion du retour des Bourbons. Après lui, Antoine Dargent posa en principe que « l’hommage rendu à la mémoire des grands hommes est l’acquit d’une dette sacrée et que l’honneur qui leur est attribué en donnant leur nom à la rue qui les vit naître rejaillit sur la ville elle-même ». 1 De son temps, la rue des Fossés-Saint-Merry, où le poète Gresset mourut le 16 juin 1777, s’appela rue Gresset, et la rue de la Viéserie, dans laquelle l’astronome Delambre naquit le 19 septembre 174-9, devint la rue Delambre. Deux respectables dénominations s’effaçaient ainsi devant des célébrités locales ; d’autres venaient d’être remplacées par des désignations soumises aux fluctuations de la politique. N’était-ce pas regrettable? Les noms des rues, consacrés le plus souvent par une tradition plusieurs fois séculaire, appartiennent à la topographie et à l’histoire ; ils devraient être immuables comme les noms de villes. Les voies nouvellement ouvertes auraient suffi et suffiraient encore à honorer les illustrations nationales et les illustrations locales.

Avec son incomparable Cathédrale, avec son beffroi, qui se dresse, morne et triste, en face d’un Hôtel de ville dépourvu d’architecture2, avec son théâtre3, œuvre maîtresse de Bousseau, avec sa préfecture, ancien hôtel de l’intendance, et son palais de justice, ancien couvent des Célestins4, avec ses halles 5, ses casernes 6, la ville haute

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