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Le Vieil Amiens. 2e série, Nos

A. Ibidem. 2° série, Nos 47, 48, 93. Actuellement (1904) la maison dite de l’homme à trois têtes, dans le passage Gossart, est la seule construction en bois qui subsiste. Elle date de 1452. On a rétabli, dans le jardin du musée, deux façades provenant, l’une, de la rue du Don, l'autre, d'une cour intérieure de la place du Marché aux Herbes.

que celles existant dans la ville haute. Elles partageaient l’admiration des antiquaires et des artistes avec la façade en pierre de l’auberge du Berceau d'or, située sur la place au Fil.

La Restauration a vu s’élever un seul monument : la bibliothèque communale, dont la première pierre fut posée le 23 août 1823 par M. de Tocqueville. La façade principale présente, entre deux pavillons en saillie, un péristyle composé de dix colonnes d’ordre dorique, donnant accès dans une salle longue de quarante mètres, que des arcades soutenues par des colonnes également doriques divisent en trois parties.

Depuis que Napoléon avait fixé les aigles romaines à la hampe de ses enseignes, les thèmes de l’art officiel et de l’art en général tournaient dans le cycle impérial. L’antiquité gréco-romaine inspirait la peinture, la sculpture et fournissait le modèle des constructions et des meubles. L’effet obtenu était grandiose quand le talent d’un Fontaine ou d’un Percier appliquait le style empire à des monuments ayant l’ampleur de l’église de la Madeleine, de la Bourse et de l’arc de triomphe du Carrousel, à Paris ; il était peut-être tolérable quand M. Cheussey, qui s’obstina à bâtir dans ce style sous la Restauration et sous Louis-Philippe, l’adaptait à notre bibliothèque, en raison de l’académique destination du bâtiment, ou encore à l’église Saint-Jacques, mais il devenait lourd, disgracieux et presque ridicule réduit aux proportions de notre poissonnerie d’eau douce et du bureau d’octroi de la porte de Noyon.

La rue des Trois-Cailloux, qui longtemps relia un marché à un cimetière, n’est pas encore devenue le rendez-vous des flâneurs ; à certains jours, principalement le samedi, les chariots, les charrettes, les mulets, les ânes qui sortent de la halle y occasionnent des encombrements qui rendent la circulation très difficile. Elle s’anime, le soir, quand il y a

amiens a l’époque -de la restauration. 12 o

comédie au théâtre ou réception à l’hôtel Chocqueuse L

Les familles patriciennes habitent, de préférence, les rues paisibles situées sur la paroisse Notre-Dame et sur la paroisse Saint-Remy. Le grand négoce occupe les environs de la place Saint-Martin. L'achat, large baie ouverte en façade, est la caractéristique des maisons de ce quartier très commerçant et rappelle la boutique du moyen âge. L'achat se compose de deux volets s’ouvrant horizontalement. Le volet supérieur se relève et forme auvent ; le volet inférieur s’abaisse et forme table. Tous les jours, excepté le dimanche, les rues avoisinant la place Saint-Martin présentent, de neuf heures du matin à midi, le curieux spectacle d’une vie commerciale intense. Les courtiers et les courtières, intermédiaires entre le fabricant et le négociant, colportent de maison en maison les pièces d’étoffes que le négociant examine sur l 'achat pour en débattre le prix.

Le commerce de détail s’était surtout développé dans les grandes artères qui aboutissaient aux quatre portes de la ville et aux environs du Grand Marché. L’enseigne saillante n’a pas encore complètement disparu : le pain de sucre qui se balance au-dessus de la porte désigne la maison de l’épicier, et le plat à barbe en cuivre, celle du perruquier. La transformation des moeurs commerciales sera l’un des épisodes les plus intéressants de la seconde moitié du siècle. A la vue du magasin moderne et surtout du bazar qui multiplie ses rayons et qui ruine le petit commerce, nous concevons difficilement la simplicité de la boutique, il y a quatre-vingts ans. La foire de la Saint-Jean qui devait bientôt émigrer vers la place Saint-Denis, et qui entasse ses baraques dans l’espace étroit situé entre l’Hôtel de ville et le Beffroi, a encore toute son utilité. On y trouve

1. L’hôtel de la famille Le Caron de Chocqueuse se trouvait à l’emplacement occupé par le magasin des Nouvelles Galeries.

les spécialités d’horlogerie, de coutellerie, de confiserie, de ganterie, de dentelles, et bien d’autres que le commerce local n’offre point encore à sa clientèle. Déjà, cependant, « les boutiques des rues aboutissant à la place Périgord sont faites à l’instar de Paris » b Déjà le marchand semble rougir d’être ce qu’il est réellement et s’efforce de relever l’importance de son métier par le luxe des qualifications. Ecoutons un moraliste de l’époque : « Autrefois, une boutique était une boutique, maintenant,. c’est un magasin. Le marchand est devenu un négociant, le garçon un commis, la pratique un client. Les perruquiers se sont haussés au rang de coiffeurs. Tous les apothicaires sont des pharmaciens. Tous les cuisiniers sont des restaurateurs.

« Si l’un de nos trisaïeuls revenait au monde, il serait très étonné. Mœurs, usages, vêtements, langage, tout est changé ; un mouvement général semble exalter les têtes et lance en avant les conditions... » :

Les diligences et les chaises de poste, les voitures de roulage et les messagers donnent beaucoup d'animation à la rue Saint-Leu et à la chaussée Saint-Pierre. Le grand nombre d’auberges, aux enseignes vieilles de plusieurs siècles — VOrfèvresse, le Cardinal, le Fourchet, la Clef d’Or, le Grand Cerf , la Pomme d’ Orange — dénotent le passage fréquent des voyageurs sur le chemin des Flandres, pays des grandes transactions du moyen âge, dont les conquêtes de l’empire avaient rouvert le marché à notre manufacture.

L’aspect (fe la chaussée Saint-Leu a souvent exercé le crayon et le pinceau des artistes. A celui qui arrive de la

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