‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 56 sur 197 · Pagès. Manuscrits. Edit. Douchet. T. III, pp · texte numérisé non relu

Pagès. Manuscrits. Edit. Douchet. T. III, pp

Le grand faubourg (route de Noyon, actuellement rue Jules Barni), dont les constructions ne dépassent pas encore le grand séminaire.

Le petit faubourg (aujourd’hui rue Vulfran-Warmé) est habité par des cultivateurs et des ouvriers misérablement installés. Nous avons sous les yeux une ancienne estampe, gravée par Née, d’après un dessin de Gabriel de Bazire, qui représente une vue d’Amiens prise des hauteurs du petit faubourg, là où s’élevait, dans un élégant parterre à la française, le joli pavillon Louis XVI \ habitation de M. Jacquin de Pantenay, directeur des domaines du Boi.

Isolée et privée de communication directe avec l’intérieur de la ville, la zone de terrain qui se développe entre le petit faubourg de Noyon et le bastion Longueville est en état de culture. On y voit les maisons de plaisance de Beaumont, de Beaur egard, et la ferme de Mon-plaisir, située au sud-est de la demi-lune de Saint-Fuscien, dont la place Monplaisir accuse encore maintenant la forme triangulaire 1 2.

La porte de Paris fut démolie en 1825. La communication avec le chemin de Saint-Fuscien ayant été rétablie l’année suivante3, le quartier nommé Henriville, en mémoire du roi Henri IV 4, prit un développement rapide. Deux ans après,

1. Vue d'Amiens prise de la maison de M. Jacquin , au faubourg de Noyon , dessinée d’après nature par Bazire , gravée par Née. Gabriel de Bazire était beau-frère de Jacquin de Pantenay.

2. Collection Pinsard, LVII, p. 197. Plan de la demi-lune de Saint- Fuscien. Elle avait, à la base du triangle, vers la ville, 76 toises. Sa hauteur était de 72 toises. Chacune des faces latérales mesurait 70 toises.

3. Arch. mun. Délib. du 29 septembre 1826. — Journal de la Somme, 30 décembre 1826. — « La porte de Paris a été démolie l’année dernière et une communication vient d’être ouverte à l’endroit où elle existait. »

4. Le nom de Henriville fut choisi par les propriétaires des terrains en souvenir de Henri IV. Le conseil municipal, qui essaya de substituer le nom de faubourg de Saint-Fuscien à celui de Henriville s’attira cette verte réprimande de la Sentinelle picarde (20 décembre 1829) : « en créant le

amikns a l’époque de la restauration.

huit rues nouvelles aboutissaient à la rue Saint-Fuscien L On se félicitait « de prolonger la ville du côté où l’air est le plus pur, où l’exposition est la plus belle. »

Amiens se trouve en relations suivies et régulières avec Paris et, directement ou par correspondance, avec toutes les villes du royaume. Vingt à trente personnes en moyenne partent chaque jour pour la capitale et il en arrive autant. Ces voyageurs ont à leur disposition des voitures qui correspondent à nos rapides, à nos trains express, à nos trains omnibus 2.

Le train express, c’est la diligence de l’entreprise Laffitte et Gaillard ou la diligence des Messageries royales ; l’une partant pour Paris à 6 heures de « relevée », l’autre à 9 heures du matin.

Moins confortables et plus lentes sont les pataches de YAmiénoise , partant pour Paris à 6 heures de relevée. C’est le train omnibus.

Quelques privilégiés de la fortune s’offrent le luxe beaucoup plus coûteux de la malle-poste de Calais à Paris, mais il est rare que les deux places réservées aux voyageurs dans... ce rapide soient libres au passage à Amiens.

Il faut retenir les places à l’avance dans les diligences, qui ont trois classes : le coupé, l’intérieur, la rotonde et

quartier d’Henriville, les propriétaires du sol voulurent le placer sous l’invocation du meilleur des rois. Croirait-on qu’appelé à délibérer sur cette dénomination, le conseil municipal n’a pas craint de proscrire le nom de Henri IV en substituant au nom du quartier Henriville celui de faubourg Saint-Fuscien. » L’appellation de Henriville a prévalu.

1. Arch. mun. Délib. du 9 juillet 1828. — Rue Bellevue, rue Culture, rue Monplaisir, rue Voiture, rue Beauregard, rue du Chemin-Vert.

2. Arch. de la Chambre de Commerce. Statistique et situation industrielle. 1834. Transports d’Amiens à Paris et d’Amiens à Lille.

l’impériale L La durée du trajet d’Amiens à Paris variait suivant la saison. A toutes les côtes on descendait de voiture pour soulager les chevaux ; à toutes les descentes rapides, on mettait pied à terre par prudence.

Amiens est également en communication tous les jours avec Abbeville par la Célérité, et deux fois par semaine par la barque d'eau; avec Péronne, par V Hirondelle, les jours impairs du mois ; tous les jours avec Doullens, par la Célérité ; avec Montdidier, les mardi, jeudi et samedi. Il existe en outre des services réguliers pour Calais, par Abbeville et Montreuil ; pour Lille, par Doullens et Arras ; pour Beauvais, par Breteuil ; pour Bouen, par Aumale ; pour Noyon, par Boye.

Ces facilités de communications profitent surtout au commerce et à l’industrie. Or, si nous exceptons Lyon et Bouen, il n’est pas de ville en France qui possède, au temps de la Bestauration, des industries plus anciennes et plus variées que la ville d’Amiens ; il n’en est pas qui soit mieux située. On y emploie la laine, le coton, le poil de chèvre, la soie, le lin, le chanvre. On y trouve des ateliers très prospères pour la teinture, les apprêts, les impressions et le gaufrage des étoffes. Frappé des avantages résultant de onze canaux dont l’eau ne gèle et ne déborde jamais, de la proximité de la mer et du voisinage de Paris et de l’Angleterre, le Premier Consul estimait que le commerce d’Amiens était appelé à devenir l’un des premiers commerces du monde 2.

d. Prix des places au départ d’Amiens dans les diligences de l’entreprise Laffitte et Gaillard :

Paris : Coupé 28,80. — Cabriolet (intérieur) 25,60. — Rotonde et impériale 24 fr. — Abbeville: Coupé 9,45. — Cabriolet (intérieur) 8,40. — Rotonde et impériale 7,90. — Calais : Coupé 34,20. — Cabriolet (intérieur) 30,40. — Rotonde et impériale 28,90.

2. Bulletin de la Somme , 20 messidor an XI (9 juillet 1803). — Arch.

La manufacture avait subi une crise terrible dans les dernières années de l’empire. Le négoce amiénois avait perdu ses débouchés en Espagne, en Suisse, en Italie, en Hollande, en Allemagne, et la consommation intérieure subissait un temps d’arrêt l. La situation intérieure ne fut guère meilleure pendant les Cent-Jours : « Non seulement toute affaire de commerce était interrompue, mais le commerce se trouvait dans l’impossibilité de réaliser ses capitaux et demeurait exposé à des pertes importantes. » 2

Le gouvernement de la Restauration détermina une reprise des affaires. La paix au dehors, le calme à l’intérieur, un crédit sans limites donnèrent un essor considérable aux entreprises industrielles. L’exposition des produits de l’industrie nationale en 1819 a été comme la revanche pacifique de nos désastres. La supériorité de la manufacture amiénoise s’y affirma. Les velours façon d’Utrecht et les tapis de Henri Laurent, les casimirs de Gensse-Duminy, les velours de coton de la maison Delahaye-Pisson, excitèrent l’admiration générale 3.

L’industrie d’Amiens comprenait deux branches distinctes : 1° la filature de la laine et le tissage des étoffes de laine ou à base de laine ; 2° la filature de coton et le tissage des étoffes de coton.

Le peignage et la filature de la laine peignée ont été, jusqu’en 1825, la principale occupation des femmes de la

de la Somme. M. Industrie et commerce. 24 avril 1806. Le préfet de la Somme au ministre de l’intérieur.

1. Bulletin de la Somme, 20 messidor an XI (9 juillet 1803). Rapport sur l’état de commerce de la ville d’Amiens du 12 novembre 1813.

2. Arch. de la Chambre de Commerce. Reg. aux délib. 1802-1809, p. 411. 26 juin 1815.

3. Arch. de la Somme. M Exposition de 1819. Procès-verbal des opérations du jury, siégeant à Amiens, pour l’envoi des produits à l’exposition. — Liste des récompenses.

plupart des communes rurales de l’arrondissement d’Amiens et de celui d’Abbeville. La filature au rouet atteignait un degré de finesse et de perfection difficile à surpasser. Cependant les machines à filer la laine peignée, introduites à Amiens vers 1815, obtinrent une faveur rapide. Quinze ans après, on en comptait 170 dans 19 établissements b

Les premières machines à filer le coton établies, en 1773, d’après un modèle importé d’Angleterre, avaient subi des perfectionnements successifs. Les Mull-Jenny, employées dans la filature que Morgan et Delahaye installèrent en 1804 rue des Saintes-Claires, avaient 180 broches.

Il existait en 1809, à Amiens, 20 filatures comportant 184 Mull-Jenny et 2,596 broches b Elles se sont encore multipliées depuis. Quelques-unes étaient actionnées par des roues hydrauliques, plusieurs par des manèges à chevaux. Beaucoup n’avaient d’autre moteur que la manivelle très rudimentaire tournée par des enfants de douze à seize ans 3. Toutes filaient les cotons de la Géorgie, de la Louisiane et de la Caroline. Les filatures de Saleux et de Rouval-lès- Doullens étaient les seules dans le département qui eussent adopté les machines dites « continues » 4. La quantité de cotons filés à Amiens ne suffisait pas à la manufacture. Elle était plus que doublée par les fils provenant de Reims, de Tourcoing et de Cercamp.

A l’exception des tiretaines ou draps de Beaucamp qui se

4. A rch. de la Chambre de Commerce. Statistique industrielle et commerciale. Etat des manufactures du département de la Somme au commencement de l’année 4825. — Enquête commerciale de 1834.

2. Arcfi. de la Somme. M. Filatures. Etablissement de Mull-Jenny en 4809. — Minute de l’état adressé à S. E. le Ministre de* l’intérieur, le 24 avril 1806.

3. Un arrêté municipal du 28 août 1821 interdit « le travail de la manivelle » aux jeunes gens dont la force musculaire ne serait pas reconnue suffisante par une commission de médecins.

4. Arch. de la Chambre de Commerce. Etat de l’année 1825 précité.

amirns a l’époque de la restauration.

fabriquent dans cette localité, ainsi que les Berry , dans lesquels on fait entrer le poil de vache, la plupart des draps communs et des étoffes drapées qui reçoivent, a Amiens, la teinture et les apprêts, sont fabriqués dans les centres manufacturiers des confins de l’Oise et de la Seine-Inférieure. Tous ces articles sont apportés, par les fabricants ou par des commissionnaires, en blanc, sans même avoir subi le foulage. Nous citerons les draps de Mouy, les Saint- Lô, les calmouck et, parmi les étoffes rases en pure laine, les escots ou mérinos , dont la vogue est très grande, les châlons , les serges d'Aumale , les blicourt, les anacostes, les bouracans ; parmi les étoffes en laine et soie, les satins turcs, les prunelles et surtout les alépines l.

Les alépines, qui avaient remplacé dans la mode les pannes du siècle précédent, les mérinos surtout, furent, avec le velours de coton, les principaux articles de notre commerce local de 1815 à 1835. Chaque semaine il arrivait chez les apprêteurs de 600 à 700 pièces de mérinos ( escots ) 2 3.

La fabrication des velours de coton avait éprouvé des variations très marquées depuis vingt ans. Parvenue à l’apogée en 1810, alors qu’elle donnait 83,000 pièces de 30 à 32 aunes, elle avait considérablement diminué de 1811 à 1815, pour remonter à 40,000 en 1816, à 60,000 en 1825, et il importe de remarquer que l’aunage des pièces s’était successivement accru de plus d’un quart :î. Les procédés de

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