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Arch. de la Chambre de Commerce. Etat de 1825 précité

Amiens a l’époque de la restauration. 143

défient toute concurrence. Le visiteur admis à examiner ses procédés d’impression retrouve partout l’artiste distingué qui est parvenu à obtenir, sur les étoffes les plus variées, des dessins et des ornements imitations des plus fines broderies, et il acquiert la conviction que l’on chercherait vainement ailleurs de pareils perfectionnements L Afin d’augmenter les connaissances des ouvriers qui s’exercent dans toutes les branches de cet art des impressions sur étoffes, la ville encourage par tous les moyens en son pouvoir l’école de dessin, les cours publics et gratuits de géométrie et de mécanique appliquées aux arts, et le cours, dernier venu, de chimie appliquée aux arts. Ainsi se forme toute une phalange de dessinateurs et de graveurs sur bois très habiles à innover des suites de fleurs, de mosaïques et d’arabesques qui maintenaient la réputation de notre manufacture.

Beaucoup des procédés mécaniques employés à Amiens, notamment chez M. Bonvallet, ont été inventés ou perfectionnés sur place. C’est un Amiénois, Antoine Adrien Delarche, qui est l’inventeur de la machine à tondre les draps. C’est un mécanicien du faubourg de Noyon, Godard Lock, qui a perfectionné le peigne à carder la laine et l’outil propre « au teillage » du chanvre et du lin 1 2.

La manufacture inaugura une ère de prospérité, à la faveur des tarifs douaniers de 1814 et de 1826. Elle avait, pour lutter contre la concurrence étrangère, l’avantage sur beaucoup de villes du bas prix de la main-d’œuvre, conséquence du tissage à la campagne, où l’ouvrier se contente d’un salaire très réduit, à cause des facilités d’existence qu’il

1. Bulletin de la Somme , 20 messidor an XI. — Histoire de la Ville d'Amiens, T. II, p. 361.

2. Arch. de la Chambre de Commerce. État de 1825 précité. — Arch. de la Somme . M. Procès-verbal des opérations du jury pour l'exposition de 1819. — A. G. Camus. Voyage précité, p. 201.

trouve dans la modicité de son loyer et dans la culture d’un jardin et, parfois, de quelques arpents de terre. Les trois quarts des métiers qui alimentent le commerce battent à la campagne. Presque tous les villages situés dans un rayon de six ou huit lieues autour d’Amiens sont devenus des centres importants de tissage, excepté dans le Santerre où la population s’est adonnée à la bonneterie. Quinze mille familles vivent de nos industries h La fabrication des tissus fins et qui réclament plus de surveillance se concentre seule en ville. Certains maîtres fabricants réunissent déjà sous le même toit des métiers dont le nombre ne dépasse jamais douze. La façade extérieure de ces manufactures, prototype de nos vastes ateliers modernes, était revêtue de planches. L’atelier était éclairé par le haut à l’aide de châssis vitrés fixes, et une succession de petites ouvertures fermées par des volets en bois permettait de l’aérer.

Les mœurs du tisserand campagnard se rapprochent des mœurs de l’ouvrier agricole, dont il partage les travaux pendant une partie de l’année. Il est généralement plus sobre que l’ouvrier citadin. Le tisserand (le lancheux)1 2 travaille avec le concours de sa femme et de ses enfants; genre de fabrication moins propice à la corruption ou à la sédition que l’usine des temps modernes, et qui lui fait aimer le foyer domestique. Il est propriétaire du métier ( Vétille ) 3, qui se transmet d’une génération à l’autre.

La maison du tisserand se reconnaît à l’imposte vitrée qui s’étend sur châssis à coulisse dans toute la longueur de la pièce où il travaille, afin de l’éclairer et de l’aérer. Son éducation a commencé dès le jeune âge et s’est continuée

1. Enquête commerciale, de 1834, publiée dans Le Glaneur, nos des 6 décembre et jours suivants.

2. Le lancheux, terme picard qui exprime l’action de lancer la navette.

3. Vétille, terme picard pour désigner un métier et qui paraît être une forme féminine parallèle à outil.

Histoire de la Ville d'Amiens air XIX? siècle PI. III

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