‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 59 sur 197 · AMIENS · texte numérisé non relu

AMIENS

au sein de la famille. Petit enfant, il s’amusait du tic-tac de la navette et n’avait le plus ordinairement d’autres jouets que les accessoires de Vétille. Plus âgé, il aidait son père à passer la chaîne dans les lames et dans les peignes. Il se hasardait ensuite à « lancer la navette ». Un pas encore et il devenait lancheux.

Le maître fabricant remet au tisserand : 1° le rôt, le peigne et la lame ; 2° la matière première de la chaîne et de la trame. Il faut trois semaines à un ouvrier habile et laborieux pour fabriquer la pièce de velours de coton, qui passe ensuite dans l’atelier du coupeur, puis dans celui de l’apprêteur et du teinturier.

Les ouvriers tisserands et fileurs reçoivent un salaire proportionné à l’ouvrage qu’ils font. Ce salaire varie, pour les hommes, de 1 fr. 25 à 2 francs par jour. Les femmes employées dans les manufactures gagnent la même somme, les autres de 3 à 5 francs par semaine. Celles qui filent dans la campagne n’ont guère plus de 0 fr. 50 à 0 fr. 75 par jour1.

Assez simple pour les étoffes unies, le travail du tisserand se compliquait et devenait fort pénible pour les étoffes brochées. Un ouvrier auxiliaire — le tireur de lacs — tirait alors les cordes qui levaient les fils pour former le dessin. Le tireur de lacs se trouvait dans une position pénible qui l’épuisait et qui le déformait. Le célèbre Jacquard réussit à substituer à cette manœuvre compliquée le procédé mécanique très simple de la pédale mise en relation avec le mécanisme placé à la partie supérieure du métier et faisant jouer les cartons automatiquement. Le métier .transformé par Jacquard, adopté à Lyon, sa ville natale, de 1809 à 1812, fonctionnait à l’étranger et partout en France avant que les Amiénois se soient décidés à l’employer. Ce fut un

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