Annuaire administratif pour l’an 1806, p
2. Arch. des Hospices. E. 17. Reg. aux délib. de la commission (1807- 1815), p. 315. — E. 18. Reg. aux délib. de la commission (1818-1824), pp. 6, 17. — Le traité intervenu avec la supérieure générale des sœurs de la charité de Saint-Vincent de Paul, pour le service de l’Hôtel-Dieu, est du 13 mars 1818. Quinze sœurs arrivèrent les 2 avril et 6 mai. — « Elles seront meublées convenablement, nourries, blanchies, éclairées, chauffées aux frais de l’hospice et recevront 200 francs, chacune, par an. »
3. Ibidem. E. 107. Compte d’administration 1828-29, p. 37. « Les bâtiments des hospices ont été bien améliorés depuis quinze ans. Cependant, ceux de l’Hôtel-Dieu exigent encore des dépenses considérables. »
son de charité de sa paroisse (1807), M. l’abbé Léraillé, curé de Saint-Remy, obtint de généreux concours, qui permirent d’inaugurer, le 13 décembre 1829, dans les bâtiments de l’IIôtel des douze pairs de France, rue de Beauvais, l’Hospice des Incurables \ à la fondation duquel les noms de M. et de Mrae Laurendeau demeureront à jamais attachés1 2.
YII.
Sous la Restauration, on commença à s’occuper d’une façon moins platonique de l’enseignement primaire qui devait procurer aux enfants du peuple un instrument de travail et les mettre à même de trouver dans leurs facultés, fécondées par l’étude, les moyens de subvenir aux exigences de la vie et de remplir le's devoirs imposés aux individus dans toute société civilisée. L’ordonnance du 29 février 1816 donna donc aux études élémentaires une impulsion qu’elles n’avaient pas encore reçue ; c’était le temps de l’enseignement mutuel importé d’Angleterre par l’abbé Gaultier, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt et autres philanthropes, le temps de la méthode Jacotot et de bien des systèmes qui n’existent plus guère que dans le souvenir.
Différent de Y enseignement simultané , qui est plus rapide et dans lequel le professeur s’adresse à tous les élèves composant une classe, Y enseignement mutuel se transmet des élèves les plus instruits à ceux qui le sont moins, sous
1. Arch. des Hospices. E. 61. Règlement de l’Hospice des Incurables du 13 mars 1830. — La fondation d’un lit nécessitait le versement d’un capital représentant 400 francs de revenu annuel. — Il y eut d’abord seize lits : dix furent à la nomination de M. Duminy et, après lui, à la nomination du curé titulaire et du conseil de fabrique de la paroisse Notre-Dame.
2. Ibidem . E. 62, 8e liasse. Pièce 8. M. et Mme Laurendeau ont donné 152,000 francs à l’Hospice des Incurables.
Amiens a l'époque de la restauration. 159
l’œil d’un maître réduit au rôle de simple surveillant. 11 interpose, entre le maître et les élèves, un certain nombre de moniteurs choisis parmi les meilleurs, ce qui permet d’établir de nombreuses divisions dans l’école, d’individualiser en quelque sorte la direction, un seul maître pouvant se charger d’une classe fort nombreuse.
Les frères de la Doctrine chrétienne et les religieuses pratiquaient l’enseignement simultané ; les libéraux se déclarèrent les partisans de l’enseignement mutuel, qui obtint d’ailleurs le patronage du gouvernement. Des sociétés se formèrent un peu partout afin de le propager. Amiens eut la sienne, établie le 15 mai 1817 dans une assemblée tenue en la salle des séances du Conseil général du département, sous la présidence de M. le préfet comte Lezay-Marnesia, et à laquelle assistaient tous les fonctionnaires publics de la ville. Elle s’intitula : Société pour l’ encouragement de l'instruction élémentaire dans le département de la Somme , par la méthode de V enseignement mutuel l.
MM. le docteur Barbier, le président Caumartin, le conseiller Laurendeau, le premier président Lesens de Folleville, Vivien et Vulfran Warmé se dévouèrent à l’œuvre qui prit dès lors un caractère officiel. Une large subvention royale et des souscriptions particulières fournirent les premières ressources. En moins d’une année, la société fut en mesure d’ouvrir trois écoles payantes, dont une pour les filles, et une école gratuite destinée à servir d’école modèle pour le département. Cette école modèle fut installée dans l’église de l’ancien couvent des Carmélites, rue Saint-Jacques. Le Roi accepta le titre de protecteur de l’institution à laquelle des cours d’adultes furent annexés en 1828 2.
1. Henri Macqueron. Bibliographie du département de la Somme , N 03 1031, 1032, 1033, 1034, 1038, 1039.
2. Assemblée générale de la Société d' encouragement de V instruction
L 'enseignement mutuel entendait élargir les programmes de l’école primaire qui se bornait encore à apprendre la lecture, l’écriture et les premières notions du calcul. Il allait vers le siècle, mais il demeurait chrétien. Les règlements élaborés à la préfecture, et approuvés par l’évêque, prescrivaient les prières du matin et du soir, la prière au commencement et à la fin des classes, l’assistance à la messe paroissiale sous la surveillance du maître et des moniteurs , enfin l’étude du catéchisme et la lecture de la Doctrine chrétienne, par Lhomond L Ses adversaires lui reprochaient l’absence de toute ingérence ecclésiastique dans le choix des maîtres surveillants, et surtout rinsuffisance d’un enseignement fait par des enfants à d’autres enfants, quand il s’agissait des vérités fondamentales de la religion.
Ratifiant les tentatives du clergé pour rendre l’instruction primaire aux congrégations religieuses reconstituées, le Conseil municipal subventionnait les écoles de charité tenues par les frères de la Doctrine chrétienne et par les sœurs de la Providence 2.
élémentaire par la méthode d’enseignement mutuel... du 30 août 181 7. — Assemblée générale du 31 mars 1819. — Assemblée générale du 2 septembre 1829.
1. Règlement de la Société établie à Amiens pour l’encouragement , dans le département de la Somme, de l’instruction élémentaire par la méthode d’enseignement mutuel, arrêté dans l'assemblée générale de la Société du 27 mai 1817, présidée , en l’absence de MM. les Président et Vice-Présidents, par M. le marquis Lesens de F olleville , premier président de la Cour royale et l’un des membres du Conseil d’administration. Amiens, Garon-Duquenne.
2. Arch. mun. D2 Corresp. 21 septembre 1814. Le maire au préfet.
« Il y avait, sous l’empire, quatre écoles primaires de filles tenues par des laïques. Une seule subsiste et reçoit de la ville une subvention de 200 francs à titre d’indemnité de logement. Il n’a pas été pourvu au remplacement des trois autres, attendu que les curés de Notre-Dame, Saint-Leu et Saint-Remy ont organisé dans leurs paroisses des établissements tenant lieu de ces écoles. » — Délib. des 18 et 22 mai 1826. —
Il semblait que la libre concurrence pour l’éducation de la jeunesse dût être un fait acquis dès les premiers jours de la Restauration. L’émulation des deux méthodes d’enseignement primaire, agissant parallèlement, n’aurait pas manqué d’accroître le zèle pour l’instruction chez les uns, et chez les autres, le zèle pour la vertu. Les écoles de l’enseignement mutuel seraient devenues plus religieuses et plus morales, celles de l’enseignement simultané plus attentives encore à remplir leur mission de dévouement et d’abnégation. Bien au contraire, une profonde hostilité sépara du premier jour les deux partis en présence, parce qu’ils s’obstinèrent à voir le triomphe ou la défaite de leur opinion dans la direction que prendrait l’enseignement.
La majorité du Conseil municipal refusa la subvention que l’administration préfectorale sollicitait de la ville en faveur de la nouvelle institution. « A quoi bon encourager une innovation importée de la protestante Angleterre par les fauteurs ou les dupes d’une fausse et dangereuse philosophie, écrivait le rapporteur de la commission chargée d’examiner la demande du préfet ; cette innovation pourrait, un jour, devenir funeste aux religieux dont les méthodes ont obtenu la consécration du temps et des succès. L’expérience ne démontre-t-elle pas que rien n’arrête les novateurs dans leur marche ; qu’apôtres de la liberté, quand ils ne dominent pas, ils deviennent les plus intolérants de tous les sectaires dès qu’ils ont pris de la consistance... 1 »
Arch. de la Somme. Ta, n° 48. 5 mars 1818. Le maire au préfet. Etat des écoles de garçons dont la dépense est de 6,300 francs :
Ecole Saint-Leu (rue neuve des Minimes), fondée en octobre 1816, 185 élèves.
Ecole Notre-Dame (rue des Ecoles Chrétiennes), fondée en juin 1812, 170 élèves.
Ecole Saint-Remy (rue Royale), fondée en novembre 1817, 183 élèves. 1. Arch. mun. Délib. des 4, 5, 14 juin 1817.
Le comte Lezay-Marnesia n’approuva point la résolution du Conseil municipal et, le conflit prenant une acuité extraordinaire, il se fit, apporter le registre aux délibérations et biffa de sa main le rapport qui y avait été transcrit. Guy de Bar, gouverneur de la ville sous Louis XIV, agissait de même à l’égard du Corps de ville quand il refusait d’obéir à ses volontés L
Le Conseil municipal encourut également le blâme du ministre mais il s’obstina. Le préfet porta d’office au budget le crédit qu’il demandait et le conflit dura douze années pendant lesquelles de part et d’autre on s’arma pour la lutte en s’efforçant d’améliorer le régime scolaire et de recruter des maîtres et des maîtresses.
L’enseignement congréganiste, faisant appel à l’ordre des sœurs de la Sainte-Famille récemment fondé à Besançon, dans le but de former des institutrices, facilita leur établissement à Amiens, en 1817, et favorisa de même l’établissement, d’abord à Longueau ensuite à Saint-Fuscien, de l’institut des frères de Saint-Joseph qui formaient des instituteurs 1 2.
L’enseignement mutuel créait, de son côté, Y école normale inaugurée au mois d’octobre 1831, sous la direction de M. Vulfran Warmé. Il suffisait, pour y être admis, d’avoir dix-huit, ans, de posséder les éléments du calcul et de savoir lire et écrire. Le programme de l’enseignement comprenait la morale religieuse, la lecture, l’écriture, le calcul, la grammaire française, le dessin linéaire, l’arpentage, des notions d’architecture élémentaire, l’histoire et la géographie 3.
Non loin de la bibliothèque communale, s’éleva en 1824- 1825, dans la rue nouvellement ouverte entre la rue Royale