‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 66 sur 197 · Ibidem. Compte d’administration · texte numérisé non relu

Ibidem. Compte d’administration

visité celui d’Amiens, au mois d’avril 1802 l. Il est vrai qu’on en pouvait dire autant de la plupart des anciens hôpitaux.

Tout autre est l’Hôpital général fondé en 1640, par Antoine Louvel, curé de Saint-Remy, sous le vocable de saint Charles Borromée et de sainte Anne, dans le quartier le plus salubre de la ville et qui offre à 400 pensionnaires — 200 vieillards et 200 orphelins — le double avantage de bâtiments construits d’après les règles de l’art hospitalier le plus parfait et du confort intérieur. Un économiste distingué admis à le visiter, après avoir parcouru la France entière, déclarait n’avoir nulle part rencontré de plus beaux dortoirs 2.

Le service des Enfants trouvés, ou pour mieux dire des Enfants assistés, car c’est ainsi qu’on les désigne administrativement, a été rattaché à l’Hôpital général. La vieille maxime de saint Vincent de Paul que la charité doit ouvrir les bras et fermer les yeux y était largement pratiquée : l’abandon pouvait être non seulement discret, mais absolument mystérieux. Un tour existait, à droite de la porte d’entrée, dans la rue de Beauvais; on y déposait l’enfant, on tirait une sonnette d’appel, le tour pivotait sur lui-même et la maison hospitalière l’acceptait sans chercher à s’enquérir de son origine. L’hôpital n’était qu’un lieu de dépôt essentiellement transitoire. L’enfant partait avec une nourrice aussitôt que sa santé le permettait et il n’y revenait que dans le cas de maladie fort grave.

Avant la Révolution, le service intérieur était confié, dans l’Hôtel-Dieu, aux religieuses de Saint-Augustin et, dans Saint- Charles, aux religieuses de Saint-Vincent de Paul. Elles furent alors remplacées par des infirmiers et des infirmières laïques. « Les malades et tous les amis de l’humanité souf-

1. Arch. des Hospices. E. 62. Liasse lre, 30e pièce. 6 floréal an X. Procès-verbal de visite.

2. A. G. Camus. Voyage fait dans les départements , préc., p. 205.

frante béniront le jour qui les verra rentrer », disait, en 1806, l’archiviste de la préfecture, et il ajoutait : « Les soins mercenaires ne peuvent être rnis en comparaison avec ceux qu’inspire, que fortifie et qu’anoblit un sentiment religieux; la piété seule triomphe des dégoûts; puisse la reconnaissance publique qui attend les administrateurs les exciter à tout entreprendre pour faire incessamment aux infortunés ce présent qu’ils sollicitent de leur bienfaisance ! 1 »

Les religieuses ne furent réintégrées que plus tard : en 1813, à Saint-Charles; en 1818, à l’Hôtel-Dieu 2.

En considérant, aujourd’hui, les parquets cirés, les rideaux blancs tendus devant les larges fenêtres, les fourneaux brillants des cuisines, la pharmacie toujours en action, la lingerie qui regorge de linge, il est difficile de se figurer ce que l’Hôtel-Dieu était encore en 1815. D’utiles progrès ont été réalisés sous les administrations de MM. Dargent et Daveluy. Les registres aux délibérations en font foi 3. Il restait encore beaucoup à faire lorsque notre assistance publique s’enrichit d’un troisième hospice, autorisé par ordonnance royale du 26 octobre 1828.

Les malheureux atteints d’infirmités que la science se reconnaissait impuissante à soulager n’étaient reçus ni à l’Hôtel-Dieu, ni à Saint-Charles. M. l’abbé Duminy, curé de la Cathédrale, leur avait offert un premier asile à la mai-

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