Sentinelle picarde, 4 avril
2. Sentinelle picarde, 22 mai 1830. « Il s’agit du despotisme absolu ou d’une charte constitutionnelle. » — 23 mai 1830. « Le combat électoral va se livrer. Il sera décisif. Il doit constituer à jamais le système constitutionnel ou le renverser pour longtemps. »
3. MM. Caumartin, de Dompierre d’Hornoy, Rouillé de Fontaine, Boulon, auxquels les absolutistes opposaient MM. Daveluy, Morgan de Belloy, le comte de Casteja, le vicomte Blin de Bourdon.
4. MM. Blin de Bourdon, de Casteja, du Maisniel de Liercourt, auxquels les constitutionnels opposaient MM. de Bray, Gaultier de Rumilly et Tattegrain.
5. Sentinelle picarde, 10 juillet 1830. « A qui la faute? » — <c Faut-il perdre courage? » 4 et 28 octobre 1829, 28 février 1830 et passion.
CHARLES X
Les opérations des collèges étaient à peine terminées quand survint la nouvelle de la prise d’Alger par les troupes françaises ; cette nouvelle fut accueillie à Amiens avec une joie proportionnée à l’importance de l’événement qui jetait un dernier rayon de gloire sur la monarchie des Bourbons. Il y provoqua une légitime fierté parce que le major général de l’armée victorieuse était un Amiénois : le général Desprez L Ce vaillant soldat, qui fournit une très brillante carrière dans l’arme du génie, avait débuté sous Oudinot, peu de temps après la mort du général de Gribeauval, cet autre Amiénois qui apparait dans l’histoire du xvme siècle sous les traits d’un grand caractère et d’un homme de guerre accompli, qui, devenu inspecteur général du corps de l’artillerie, eut le talent de créer un système d’artillerie de campagne si mobile et si parfait que Napoléon lpr aimait à lui attribuer une part de ses succès 1 2.
L’ensemble des élections de 1830 consacra la victoire de l’opposition constitutionnelle. Le ministère offrit sa démission ; Charles X, mal informé sur la situation, persuadé que son intérêt et aussi son honneur commandaient la résistance, refusa de l’accepter et signa les ordonnances fameuses. L’une modifiait la loi électorale; l’autre apportait des entraves à la liberté de la presse ; la troisième prononçait la dissolution de la Chambre des Députés, avant qu’elle se fût réunie une première fois.
Aussitôt, les journaux de protester et le peuple de s’insurger à Paris. Lorsque Charles X ouvrit enfin les yeux, il était trop tard. L’émeute, mettant à profit l’imprévoyance et les hésitations du gouvernement, devint en
1. Desprez (François Alexandre), né à Amiens en 1780, mort le 6 août 1833. Cf. Dijsevel. Biographie des hommes célèbres, T. I, p. 296.
2. Hennebert. Gribeauval, lieutenant général des armées du roi, premier inspecteur général du corps royal de l'artillerie. 1715-1789. Paris. Berger-Levrault. 1896.
quelques heures une révolution. A la première nouvelle de ces graves événements, le président Caumartin, qui se trouvait à Amiens, part en toute hâte pour Paris, pénètre dans la capitale, seul, à pied, dans la nuit du 29 au 30 juillet, et va se joindre aux signataires de l’acte qui appelle le duc d’Orléans à la lieutenance du royaume et qui prépare l’avènement au trône de ce prince, vivante expression des doctrines de 1789.
Le 29, à partir de midi, l’émotion des événements qui se passaient à Paris commence à se répandre dans Amiens. La foule envahit les rues, foule pleine de rumeurs. La diligence était arrivée le matin, pavoisée de drapeaux tricolores, et les voyageurs annonçaient que les Parisiens avaient pris les armes, que le sang coulait.... Des orateurs improvisés excitent le peuple à l’insurrection1. Le soir, des bandes d’émeutiers brisent les réverbères, arrachent les panonceaux fleurdelisés des officiers ministériels et les foulent aux pieds, en criant : A bas Charles X-! Elles manifestent bruyamment sous les fenêtres de M. Daveluy et devant la préfecture 3.
Une de ces bandes, qui parcourait la rue de Noyon, s’arrête tout à coup, comme pour délibérer. « A Saint- Acheul ! » s’écrie l’un des meneurs, et tous s’élancent vers le faubourg de Noyon, avec des échelles, des bâtons et des
1. Arch. mun. D2 Corresp. Février -septembre 1830, p. 147 v°. — 29 juillet. Le maire à M. le commandant de la garde nationale. « Les désordres vont croissant. Il devient nécessaire de faire prendre les armes à un bataillon de la garde nationale. »
2. Ibidem, p. 162 v°. 13 août 1830. A l’architecte de la ville. « Un certain nombre de réverbères ont été brisés dans la nuit du 28 au 29 juillet. La dépense, pour les remplacer, s’élève à 1,224 francs.
3. Ibidem, p. 148 v°. Le maire à M. le commandant de la garde nationale. « Un attroupement vient de se porter à mon domicile qui a failli être violé. Je vous prie de donner des ordres pour qu’un poste de douze hommes s’y tienne.... »
CHAULES X.
barres de fer. Un escadron de chasseurs, qui stationne à l’angle du boulevard Saint-Michel, pourrait les disperser ; le commandant n’a pas d’ordres. Enhardis par l’inaction de la troupe, ils continuent leur route, pillent, en passant, le bureau de l’octroi et parviennent à l’ancien petit séminaire. Une grêle de pierres fait voler en éclats les vitres de la façade. Quelques-uns des assaillants escaladent le mur d’enceinte, tandis que la porte, cédant sous le poids de leviers puissants, livre passage à plusieurs centaines d’individus, qui se précipitent dans les cours de l’établissement, à la lueur sinistre de torches improvisées. Les cris « A bas les Jésuites ! Mort aux Jésuites » retentissent ! Le tumulte est indescriptible. On brise les fenêtres des classes, on saccage les tables, les bancs, les statues, les tableaux, et surtout on boit à longs traits le vin des caves.
11 est difficile d’exprimer le trouble des habitants de la paisible demeure, brusquement réveillés et surpris, au milieu de la nuit, par l’invasion de l’émeute. L’apparition tardive d’un gendarme suffit à déconcerter les pillards. Ce fut bien autre chose quand ils distinguèrent dans le lointain le galop des chevaux de la troupe que le maire, informé de ce qui se passait, avait réquisitionnée en grande hâte. L’évacuation fut subite. Il était deux heures du matin lorsque le calme se rétablit. Cette scène de désordre avait duré assez longtemps pour que Saint-Acheul présentât l’aspect d’une maison dévastée par l’ennemi L
1. Arch. mun. D2 Corresp. Février-septembre 1830. p. 147 v°. 29 juillet 1830. Le maire au commandant de la garde nationale, au commandant de la gendarmerie, au commandant de place. — De Pontlevoy. Vie du R. P. de Ravignan , T. I. p. 132.
Une lithographie, devenue très rare (0m26 sur 0m 1 9) , représente, sous le titre : Une visite à Saint-Acheul, le jeudi de la grande semaine, un jésuite agenouillé sur une table; la table est entourée de manifestants, ouvriers, paysans, bourgeois, la bouteille à la main. Le père a été surpris
La journée du 30 s’annonce pleine de périls. Des rumeurs alarmantes surgissent d’instant en instant. La division du général d’Alton, appelée de Saint-Omer à Paris, devait traverser Amiens. Les émeutiers, parmi lesquels on signale la présence de quelques forçats libérés capables de se livrer aux derniers excès voudraient encombrer la chaussée Saint-Leu de barricades, afin de l’arrêter dans sa marche.
Les mesures de répression combinées par la préfecture et la mairie parviennent cependant à disperser les plus turbulents. Des patrouilles de gendarmes, de gardes nationaux, de cavalerie, assurent la protection des personnes et des propriétés 2.
Le lendemain, vers midi, un rassemblement tumultueux se forme sous les. fenêtres de l’Hôtel de ville. Les manifestants voudraient que le maire fit arborer le drapeau tricolore ; deux d’entre eux, MM. Bonvallet et Facquez, obtiennent d’être introduits auprès de M. Daveluy et s’engagent à ramener à ce prix le calme dans la ville.
« J’ai juré fidélité au Roi, répond celui-ci, sans s’émouvoir des clameurs de la rue, en homme d’honneur, je tiendrai mon serment. Je ne ferai rien qui y soit contraire. » 3
Quelques minutes plus tard, les couleurs encore proscrites flottaient au sommet du puits de la place au Fil, en avant du beffroi et sous les yeux du maire dont on ne craint
dans son sommeil; il est nu-pieds, en culotte. On devine qu’il n’a pas eu le temps de revêtir sa soutane. Légende : Le 29 juillet 1830 , les citoyens forcèrent le séminaire de Saint- Acheul, près Amiens , et obligèrent le Rd père à monter sur sa table et à crier trois fois : Vive la Charte! Lith. Gobert.
1. Arch. mun. D2 Corresp. Février-septembre 1830, p. 150. 31 juillet 1830. Le maire au préfet.
2. Ibidem. 29, 30 et 31 juillet 1830. Lettres au commandant de place, au commandant de gendarmerie, au préfet, au colonel de la garde nationale.