Cf. ci-dessus, p
2. Pauquy (Charles Louis Constant), né à Amiens le 27 septembre 1800. — Henri Macqueron. Bibliographie pre'citée. N° 147.
3. Berville (Saint-Albin), fils de Joseph Berville, né à Amiens le 22 octobre 1788, mort à Fontenay-aux-Roses le 25 septembre 1868 ; avocat, avocat général à la Cour de Paris. Mémoires de V Académie d'Amiens , 2e série, T. VIII, p. 138. Notice biographique, par M. Hardouin.
LOUIS -PHI LIPPE
Une élégance pleine de charme et une grande pureté de style caractérisent les poésies de Berville, poésies nées des émotions les plus douces, les Mélodies amiénoises surtout U
Journalistes par état, mais littérateurs par essence, Edouard Cassagnaux #et Eugène Yvert déterminent alors un mouvement littéraire très sensible dans la presse locale.
Cassagnaux était un romantique de l’école de J. -J. Rousseau ; poète en prose et du nombre de ceux qui prétendaient rendre à la poésie française le sentiment de la nature dont la versification didactique tendait parfois à s’écarter. Son romantisme, affranchi des règles de composition et de style établies par les classiques, se sentait principalement attiré vers le genre dramatique 2.
Yvert 3 était un véritable poète qui se rapprochait de Gresset. Une aimable facilité assaisonnée d’esprit et de grâce donne de la valeur à son œuvre qui a été considérable, depuis YEpître au fauteuil de Molière (1829) jusqu’aux traductions en vers français d’Horace, de Catulle, de Tibulle et de Properce, qu’il donna dans les dernières années de sa laborieuse existence. Chez lui le trait épigrammatique pétille. Les Esquisses parlementaires , comptes rendus en vers des séances de la Chambre des Députés, obtenaient grand succès auprès des lettrés. Ces gazettes rimées dans le genre de la Muse de Loret 4, sont vivantes, pleines
1. Journal d’Amiens, 7 et 8 octobre 1868. Gabriel Rembault. Notice nécrologique sur S.-A. Berville.
2. Principales œuvres de Edouard Cassagnaux : Le Meurtre de la rue Vieille-du-Temple (1832), Le Pénitent (1833), Les Deux Nonnes (1834), Baltassar { 1835). Amiens, impr. Boudon-Caron. — Cf. ci-dessus, p. 176.
3. Yvert (Eugène), né à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise), le 25 février 1704, mort à Amiens le 24 février 1878. — Cf. ci-dessus, p. 192. — Mémoires de l’Académie, 3e série, T. V, p. 335. Notice biographique, par M. de Beaussire.
4. Loret (Jean), pensionné de Mazarin, est connu par la Muse historique, en vers, qui va de 1650 à 1665.
d’humour, et les contours des personnages politiques se dessinent bien dans leur originalité.
On disait, sous le règne de Louis-Philippe, que de toutes les villes manufacturières de France, Amiens était peut-être celle où le sentiment musical était le plus développé. Avec de modestes subventions la direction du théâtre réussissait à produire sur la scène les grandes œuvres du temps : la Dame blanche, la Muette de Portici, Robert le Diable, la Juive, Lucie de Lamermoor, la Favorite, Moïse et les Huguenots. Pénétrant dans les fibres les plus profondes de la population, la musique se faisait applaudir dans les concerts, dans les cafés, sur la promenade des boulevards et jusque dans les rues, sous la forme des orgues de Barbarie, ces petits orchestres ambulants, aujourd’hui presque tous disparus, qui amusèrent notre enfance.
La Société philharmonique a été fondée en 1838. Modeste dans ses débuts, passant ensuite de l’Hôtel de ville à la salle de spectacle, efficacement soutenue par la municipalité, vivifiée par le comte d’Allonville et par son président, M. Jules Deneux, elle devint la plus brillante de France. Il n’apparaissait point une « étoile » sur la scène de Paris, sans que ses rayons ne resplendissent sur la scène amiénoise. Les concerts organisés par la Société philharmonique furent une des gloires artistiques les plus radieuses de notre ville à laquelle ils procurèrent, pendant plus de trente ans, d’incomparables auditions musicales L
1. Relevé des cent concerts donnés par la Société philharmonique d'Amiens, sous la présidence de M. Jules Deneux , chevalier de la Légion d'honneur, depuis le 7 janvier 1 8 48 jusqu’au IA mars 1876.
Parmi les artistes qui figurèrent aux programmes, nous citerons :
Les chanteurs : A. Dupont, Ranconi, Lablache, Tagliafico, Gueymar, Faure, Roger ; les cantatrices : Mmes Sabatier, Ugalde, Sontag, Alboni, Cruvelli, Mioland, Borghi-Mamo, Viardot, Marie Sasse, Nilsson, Patti; les instrumentistes : Dancla, Alard, Vieuxtemps, Servais, Thalberg, Paganini, Sivori, Ritter, Léonard, Taffanel, etc., etc.
LOUIS-PHILIPPE
Cependant la religion catholique regagnait peu à peu, à la faveur de l’ère de pacification inaugurée en 1836, ce qu’elle avait perdu durant les années qui suivirent le bouleversement dont la monarchie de juillet sortit à l’état d’hostilité ouverte à son égard L Les rapports entre l’Eglise et l’Etat se trouvaient ramenés à des conditions tolérables et Amiens, plus qu’aucune autre ville, recueillait le profit de cette politique d’apaisement, sous la sage administration préfectorale de MM. de Saint-Aignan, Onfrov de Bréville, Siinéon et Narjot. Si l’on n’obtenait point encore la réintégration dans les prétoires de l’image du Christ, que la Révolution de 1830 en avait bannie 1 2, les églises étaient beaucoup plus fréquentées et les processions de la Fête-Dieu à travers les rues de notre cité reprenaient leur éclat d’autrefois 3.
Le zèle pour la construction des édifices destinés à la célébration du culte catholique ne s’était d’ailleurs jamais ralenti. L’église paroissiale de Saint-Jacques, qui tombait en ruines et qui ne se trouvait plus en rapport avec la population de ce quartier, fut remplacée par une plus impor-
1. Thureau-Dangin. Histoire de la Monarchie de Juillet , T. II, pp. 399 et suiv. — Gazette de Picardie, 4 mai 1834. A l'occasion de la fête du Roi, le préfet décide « qu’il sera chanté, à la Cathédrale, une messe solennelle et un Te Deum auxquels toutes les autorités assisteront. »
2. Journal de la Somme, 10 septembre 1841 : « La Cour royale a pris une détermination très sage en ne se prêtant pas au désir de quelques meneurs: L’affaire de la réintégration de l’image du Christ est une affaire de réaction. »
3. Journal de la Somme, 7 juin 1842: « Les processions ont été brillantes. La foule était grande. Il y avait des reposoirs nombreux et élégants. »
Le Glaneur, 22 juin 1844 : « Jamais on ne vit concours plus nombreux, jamais plus de recueillement chez les uns, de décence et de gravité chez les autres. »
tante, grâce au concours de la municipalité aidée de pieuses largesses (1837-1840) \ L’église de Sainte- Anne s’éleva au faubourg de Noyon (1834-1837) 1 2 ; celle de Saint-Maurice, au faubourg de Saint-Maurice (1837- 1 839) 3 ; celle de Saint- Firmin au faubourg de Hem (1841-1843) 4 5.
L’église évangélique date de 1847. L’immeuble transformé en temple fut acheté par le Consistoire de Saint- Quentin, dont dépendait la paroisse d’Amiens. Une ordonnance royale, en date du 3 septembre de l’année précédente, avait autorisé cette acquisition. Toutefois la paroisse n’eut une existence officielle qu’en 1852. Jusque-là la Société chrétienne du Nord pourvoyait aux besoins des protestants de la région \
L’enseignement religieux n’avait non plus jamais faibli dans les écoles primaires publiques, bien que le mot d’enseignement laïque eût été prononcé en 1830. A partir de 1841 surtout, on ne mesura plus avec parcimonie l’éduca-
1. Arch. mun. Délib. des 4 septembre 1833, 11 avril 1834, 1er avril et 13 mai 1835, 10 février et 6 octobre 1836, U mars 1841. Le devis de M. d'architecte Cheussey : 391,000 francs. La ville vota 150,000 francs; les souscriptions volontaires produisirent une pareille somme. Le surplus de la dépense a été couvert par la vente des matériaux de l’ancienne église et par les subventions de l’Etat. — Pose de la première pierre le 11 juillet 1837.
2. L’érection de la chapelle Sainte-Anne a été autorisée par une ordonnance royale du 17 avril 1834.
3. Arch. mun. Délib. des 10 janvier et 10 avril 1834, 18 mars 1835, 4 octobre et 28 novembre 1837. Le devis a été de 53,000 francs. L’église ne fut pas rebâtie sur l’emplacement de l’ancienne qui se trouvait dans la zone de servitudes de la citadelle.
4. Ibidem. Délib. du 2 décembre 1843. Le Conseil municipal accepta la donation, faite à la ville par l’évêque, de l’église Saint-Firmin, « qu’une personne éminemment chrétienne, frappée de l’éloignement où la plupart des habitants du faubourg de Hem se trouvaient de l’église Saint-Jacques, leur paroisse, a fait construire à ses frais ». L’acquisition du terrain et la bâtisse avaient coûté 62,000 francs.