Ibidem, 29 juillet
Quentin, à Valenciennes, à Lille et ailleurs. Partout retentissaient des protestations énergiques contre la politique du gouvernement, partout la nécessité de la réforme électorale était proclamée, aux applaudissements de centaines de convives. Amiens se mit à l’unisson.
Un comité, dont le docteur Lemerchier accepta la présidence, pourvut à l’organisation de cette manifestation à laquelle furent conviés, avec les députés du département, MM. Odilon Barrot, Lamartine, Grémieux, Duvergier de Hauranne et autres personnages du centre gauche, ainsi que les rédacteurs du Siècle , du Constitutionnel , du National, du Courrier français, du Progrès du Pas-de-Calais, du Pilote de la Somme .
L’entente se serait établie entre le Journal de la Somme et la Gazette de Picardie \ touchant la réforme électorale et en dehors de tout esprit de parti1 2. Le chef du parti légitimiste dans le département le souhaitait vivement 3. Repré-
1. Ga%ette de Picardie, 20 octobre 1847 : « Loin de décliner l'honneur d’y assister, les hommes sincèrement nationaux, également pénétrés de la nécessité d’une réforme et faisant abstraction de toute espèce d’esprit de parti, porteront des toasts à la liberté d’enseignement, à la liberté de la presse, à la réforme électorale. »
2. La Commission du Banquet réformiste : MM. Bernaux, manufacturier; Bouthemard, avoué; Caumartin, juge; Cheussey, architecte; Clair, négociant; Dauphin, conseiller à la Cour; Deforceville, banquier; Dehesdin, A. Dubois, conseillers municipaux; Dubois, notaire honoraire; Duchatel, Ducrocq, négociants; Dufour, conseiller municipal; Duparc, notaire; Dupont, capitaine de la compagnie d’artillerie; Fleury, teinturier; Gaillard, négociant; Jolibois, avocat ; Lannoy, négociant; Lefèvre-Levert, conseiller municipal; Lemerchier, ancien maire; Massias, conseiller municipal ; Vulfran Mollet, négociant; Paillat, propriétaire; Périn, chef de bataillon de la garde nationale; Petit, avocat; Pilon-Deribeaueourt, chef de bataillon de la garde nationale; Thuillier, avocat.
3. Journal de la Somme, 26 novembre 1847. Lettre du vicomte Blin
de Bourdon à MM. les Membres du Comité réformiste. « J’appelle depuis longtemps de tous mes vœux une large réforme électorale »
LOUIS-PHILIPPE
senter, au contraire, le banquet projeté comme « un hommage rendu aux institutions de 1830 et au principe dynastique accepté par le pays » 1, c’était arrêter l’élan des hommes de droite, c’était contraindre la Gazette de Picardie à ne s’associer à la manifestation réformiste que dans la mesure de ce « qu’elle pourrait donner de conforme aux intérêts et à l’honneur du pays » 2. C’est ce qui arriva.
Le banquet réunit, le 5 décembre 1847, à midi, plusieurs centaines de convives venus des points les plus éloignés du département. La salle Longueville, située rue de la Pâture, avait été décorée de drapeaux, de trophées, de cartouches, sur lesquels se lisaient, à côté des mots Egalité, Liberté, Réformes électorales, des inscriptions rappelant les grandes journées de la première Révolution 3.
M. Odilon Barrot présidait. Le leader de l’opposition ouvrit et clôtura la série des toasts par des discours vibrants de patriotisme. Commentant le texte de la pétition aux députés, qui allait être proposée à la signature des assistants 4, il se défendit de vouloir renverser les institutions existantes et présenta comme une oeuvre de justice la réforme de la loi de 1831, qui ne conférait pas le droit de vote à plus de cent mille citoyens.
Après que M. Creton eut porté la santé du Roi, M. Gaulthier de Rumilly prononça un violent réquisitoire contre le gou-
1. Journal de la Somme, 27 octobre 1847. Manifeste du Comité réformiste.
2. Gazette de Picardie , 20 octobre 1847 : « Si nous sommes prêts à chanter avec les hommes de gauche l’hymne national de Charles VI, les refrains de la Marseillaise n’ont pas nos sympathies. »
3. Banquet réformiste d'Amiens (o décembre 1848). Lith. L. Bécu, Amiens.
4. Journal de la Somme, supplément au numéro du 5 décembre 1841. Le Journal de la Somme donne le chiffre de 700 convives ; la Gazette de Picardie parle d’environ 700 et Le Glaneur réduit à 365 le nombre des assistants.
vernement coupable « de fausser le mécanisme des institutions de la France et d’immoler les grands intérêts nationaux, au dehors comme au dedans, à de misérables combinaisons d’égoïsme et de corruption. »
On but successivement à l’avenir de la garde nationale, à la prospérité de l’agriculture et de l’industrie, à l’amélioration des classes laborieuses, à la prospérité du commerce d’Amiens, à la dignité de la France h
Un jeune et fougueux avocat, M. Jolibois, stigmatisa « l’improbité politique » de son temps, et l’on se sépara aux cris de Vive Odilon Barrot! Vive la réforme électorale1 2!
L’agitation réformiste ne transpira pas en dehors de la salle du banquet. Amiens ne se départit pas, ce jour-là, de son calme ordinaire. Les troupes étaient consignées. Précaution inutile. « A voir la paisible physionomie de la ville, à l’aspect de cette tranquillité dont elle fait son bonheur, qui se serait douté que les partis politiques s’agitaient à quelques pas des boulevards et que l’on était sur une espèce de volcan !.... 3 »