Gazette de Picardie, 8 décembre
LOUIS-PHILIPPE
En effet, si les orateurs de la salle Longueville ne prononcèrent pas le mot de République, le toast au Roi fut accueilli avec une froideur glaciale et celui à la souveraineté nationale par une triple salve d’applaudissements. M. Degeorge alla jusqu’à insinuer que « le droit de chercher leur bien-être, en modifiant et même en changeant les constitutions, était le droit primordial des nations. »
M. Guizot accepta, sur ces entrefaites, les responsabilités du pouvoir et refusa toute espèce de concessions. Des discussions vives et passionnées troublèrent les premières séances de la session parlementaire de 184-8, et la révolution se dressa menaçante en face du ministère, qui prit le parti d’interdire un dernier banquet réformiste projeté à Paris.
Alors le peuple descend dans la rue, la capitale se couvre de barricades, le gouvernement essaie de les renverser et la résistance augmente. Après deux journées de guerre civile, Louis-Philippe se décide tardivement à confier la direction des affaires à Odilon Barrot. L’insurrection, qui devient de plus en plus impérieuse, envahit l’enceinte législative et impose violemment ses lois aux députés impuissants. Beaucoup s’enfuient. D’autres, saisis de terreur, hors d’état de tenir tête à la multitude fanatisée, consentent à proclamer la déchéance du pouvoir royal et à remettre le pouvoir à un gouvernement provisoire choisi dans l’Assemblée (24 février).