TEMPS OBSCURS
LES S\XONS. LES GANEKRiKNS.
Le génie des peuples commerçants s'est tout d'abord manifesté dans le choix de leur emplacement. Ainsi, tandis que les peuples guerriers cherchaient les lieux de facile défense , les peuples agricoles les plaines fertiles et abritées, ceux que leurs penchants attiraient vers le négoce se sont établis dans les lieux les plus favorables à leurs transactions, quels que fussent les obstacles que les hommes ou la nature leur opposassent. Au point d'in-
terseclion des grandes lignes de caravanes, ils ont bâti Palmyre dans le désert, malgré le soleil torride, malgré le sable, malgré le Simoun, malgré l'Arabe pillard et vagabond. Ils ont élevé Tyr au milieu de la mer, Alexandrie sur un banc d'alluvions du Nil, Venise dans les lagunes de l'Adriatique, Amsterdam dans les marais de l'Amstel. Et ni la menace périodique des inondations, ni le sol mobile et détrempé des tourbières, ni les fièvres des marécages ne les ont détournés de leur but. Pour vaincre ces obstacles, l'esprit d'association leur a prèle ses forces; ils ont eu pour auxiliaires invincibles la patience que rien ne lasse , la persévérance que rien ne rebute; et ils ont accompli des prodiges dont les résultats ont été, non renricbissement de quelques individus, mais la civilisation du monde. L'àpreté au gain, égoïste et mesquine dans les individus, devient sublime dans les masses, quand elle les met aux prises avec les résistances de la nature pour la forcer à se plier à leurs exigences et à leurs besoins.
Les premiers habitants qui vinrent se fixer au lieu où s'éleva depuis la ville d'Anvers, ne furent certainement déterminés dans leur choix que par la convenance de cet emplacement aux besoins de leur commerce. Rien, d'ailleurs, ne pouvait les y attirer. Un air humide, fiévreux, presque toujours chargé de brumes épaisses; un terrain mouvant, coupé de larges flaques d'eau et submergé à chaque haute marée; à perte de vue, des roseaux agités par le vent, au-dessus desquels planaient des essaims d'oiseaux aquatiques : tel était l'aspect que présentait la contrée. Mais à côté de ces désavantages , dont le génie de l'homme devait triompher, se présentait une situation commerciale magnifique. Un fleuve profond et large, navigable en toute saison, dont les bouches joignaient , par des coupures naturelles , à celles du Rhin et de la Meuse, et dont le bassin embrassait, par ses aflluents, plus de la moitié de la Belgique actuelle, ofl'rait la plus facile