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STOCKIVCANS. ANSELMO. FAPEBR0CHIU5. ERTBORN. IjEPP.ET
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llamamle traduisait les cliansons de Gestes et la Léi;ende dorée. Nous savons seukiiieni qu'ils ne le cédaient en rien aux artistes les plus renommés de TOccident.
Quand Bruges fut devenue la triomphante cité où aflluait le commerce du monde, on vit naître dans son sein la première m)/(^ (|ui ait donné un caractère propre à l'art llamand. Ce fut une écolo de peinture. Hubert et Jean Van Eyck, leur sœur Marguerite, Hans Van Memmelinghe (Memlinc), Rogicr Van der Weyden , Hugo Van dor Goes, Corneille Herreboul, les Van der Meire, Jérôme Bosch, l'illustrèrent sous les ducs de Bourgogne.
L'école de Bruges s'éclipsa, ou plutôt se déplaça, quand le commerce, par suite de circonstances que nous avons développées ailleurs, émigra à Anvers. L'opulence, le luxe, avaient émigré en même temps, et les arts suivirent le même chemin. Précisément à l'époque où les Portugais établissaient à Anvers leur factorerie qui devait attirer dans nos murs le commerce des Indes, Quentin Massys y dressait ses chevalets. Dès lors, Anvers devint le siège de l'école flamande.
Ce n'est pas qu'avant Quentin Massys notre ville n'ait point produit de peintres. Mais ils n'y formaient point une école, parce que leur art n'y était pas dégagé de la solidarité qui les liait à d'autres professions. Hs ne faisaient point de tableaux pour leur compte, mais pour compte ou de compte à demi avec des verriers et des calligraphes, c'est-à-dire qu'ils étaient peintres-verriers ou enlumineurs ûo manuscrits. Ils fournissaient aux brodeurs et aux tapissiers les modèles que ceux-ci copiaient avec la soie ou la laine. Surtout ils peignaient pour les églises et les corporations les bannières et les gonfanons qui jouaient un si grand rôle dans les longues processions et les défdés sans fin de ïommegany. L'artiste n'est encore que l'auxiliaire de l'artisan. El quand on rencontre dans les anciens comptes une mention de l'œuvre à laquelle ils ont collaboré, d'ordinaire le nom du peintre n'y est pas; on n'y trouve que le nom du vitrier, du tapissier auquel l'ouvrage fut payé. ^
IIISTOIHK DE i..V VILI.K D'ANVERS.
(.'elle (IcpeiidaïKM' où ils se trouvenl les oblige souvent, pour vivre, (le se livrer à des occupations que le plus modeste de nos artistes regarderait aujourd'hui comme bien au-dessous de sa dignité. C'est ainsi que les deux plus anciens peintres anversois dont le nom soit arrivé jusqu'à nous, Michel Lodevvyks et André De Cuyper, ne nous sont connus que pour avoir été chargés, en 1404, par le Magistral d'orner le chapeau des confrères des serments de lArc et de l'Arbalète d'un arc et d'un château à trois tours, découpés dans des peaux arfjejttées (i).
Les peintres anversois formaient une corporation affiliée à la Gilde de S'-Luc dès l'an 1442 où la Gilde fut officiellement inslituée. Son premier doyen fut Jean Snellaerl. Du resie, aucun nom des peintres de cette époque n'est sorii de l'obscurité et aucune de leurs œuvres ne nous est parvenue ; ce qui nous confirme dans l'opinion qu'ils ne furent que de simples décorateurs.
Le fondateur de l'école anversoise, Quentin Massys, naquit vers 1460 d'une famille de forgerons , fréquemment mentionnée dans les comptes de la cathédrale d'Anvers.
Par école anversoise nous entendons simplement un groupe de peintres nés ou établis en cette ville, sans toutefois professer en matière d'art des doctrines exclusives, distinctes de celles qui guidaient les ^" ^^^^^
' ^- PllTS FORGÉ FS FKR PAU QI F.NTIN MASSYS.
(1) Voir chapitre xiv, p. 23%
r.iiAiMTiiK viNCT-m rriKMK r.70
arlisles d'aulivs vilk's ou (raulres pavs. Quentin IMassvs lui uu j>onio isole, prolondéiuenl orii^inal, ne relevant que de lui-niènie, et ne cherchant pas plus à imposer sa manière à ses disciples qu'il ne consenl à suivre les errements de ses devanciers. 11 n'a donc pas, dans le sens ordinaiie du mot, fondé d'école, mais il a fondé, en l'illustrant, un siège qui ne devait plus demeurer vide et dont Rubens fit un trône. Il apparaît dans le ciel de l'art, comme la première et scintillante étoile de cette pléiade presque innombrable de grands artistes qui rayonne autour du front de notre cité. Il est l'anneau intermédiaire entre l'école de Bruges et cette école de transition qu'illustrèrent Jean Mabuse, Bernard Van Orley, Michel Coxie, Lambert Lombard, et dans laquelle brille surtout le nom de l'anversois Frans Floris.
A la mort de Quentin Massys (1531), toute une génération d'artistes grandissait à Anvers, et ceux des autres villes du pays, et même de la Hollande, venaient se fixer dans nos murs; si bien que, depuis ce temps, l'école flamande peut être appelée sans contestation VÈcole d'Anvers. Tous ces ailistes se faisaient inscrire dans la corporation de S*-Luc, qui était le centre d'où rayonnait tout le mouvement artistique, le lien qui unissait les arts, qui établissait leur solidarité, qui les couvrait tous de sa protection et de ses garanties de moralité. (')
Écrire l'histoire de la corporation de S'-Luc serait faire celle de toute l'école flamande. On comprend que l'espace nous manque ici pour un aussi vaste travail. Tout ce que nous pouvons faire est de noteile rôle brillant joué par notre cité dans l'histoire du génie humain. Il nous suffira pour cela de rappeler que quelques-uns des noms qui éclatent en lettres d'or sur le fronton des principaux musées de l'Europe, sont des noms d'Anversois de naissance ou d'adoi)tion.
Vers l'époque où Quentin Massys peignait le fameux tryptique qui est la perle du Musée d'Anvers, un fou, nommé Joseph Van Cleef, parcourait les rues de la ville avec des habits enduits de vernis et de couleurs.
Voir siii k's niinnii iKTnicnl^ <1<' l;i ronluTic t\v S'-J.iic, p;)^t'> )1\'^ ;i :2r»l.
oSO HISTOIKE DE LA VILLE D'ANVEilS.
Plus jeune d'une vingtaine d'années que le |)eintre forgeron, lui aussi était peintre, il était réputé pour le plus grand coloriste de son temps et on le comparait aux meilleurs peintres de l'Italie. Le nom de Van Cleéf est encore porté par trois frères, Guillaume, Martin et Henri. Arnold de Béer travaillait pour les peintres sur verre. Nous ne ferons (|ue mentionner les noms de Joachim Beukelaer et Michel de Gast, de Jérôme et Mathieu Kock, pour nous arrêter à Frans Floris, né à Anvers en 1520.
Ce qui prouve comhien, dès cette époque, les arts étaient cultivés dans notre ville, c'est que leur culte était, dans certaines familles, héréditaire. Dans ces familles, l'art s'enseignait dès le berceau; l'enfant y grandissait sous les yeux d'un père artiste, à côté de frères, d'oncles artistes. Il avait pour hochets des crayons ou des pinceaux; il dessinait, peignait ou pétrissait l'argile dans l'atelier paternel, et jouait au peintre ou au sculpteur, comme dans les familles de militaires les enfants jouent au soldat. Le génie, sans doute, n'est pas héréditaire, mais l'art, qui est son expression, s'enseigne et se transmet par l'éducation; le reste est l'œuvre de Dieu.
Telles étaient, à Anvers, les familles De Vriendt, Teniers, Franken, De Vos, Van Balcn et tant d'autres d'où sortirent des artistes illustres et dont presque tous les membres ont laissé leur trace, plus ou moins lumineuse, dans le vaste champ de l'art qu'ils labouraient de concert. (') L'aïeul de Frans Floris, Jean de Vriendt, un fort habile homme, selon Van Mander, mourut en 1500, laissant deux (ils, l'un nommé Corneille, l'autre Claude. Corneille fut un sculpteur renommé, qui laissa à Anvers quantité d'ouvrages remarquables. Claude, qui fut le père de Frans, était architecte et mourut en 1540. Ses quatre fils furent tous des artistes distingués. L'aîné, Corneilie, fut sculpteur. Anvers lui doit les plans de deux de ses plus célèbres édifices : son
il V(»ii' (l;)n> la Heruc d' Archéoloiyw ri <riHsloiri' rinl<M'ts>ant liavail lic M. P. Gônani les Fdiiiilh's (//7/\s7/(///r.s d'AiiVcrfi.
r.llAPlTUE VINCT-miTIÈMK.
iin|)osanl ei sonipluoiix llùlcl tic Ville, cl le vaste enli'epôt des villes Hanséalitiucs. Il mourut en 1575. Jacques lut peinire sur verre, cl Jean, simple polier, fui le Bernard de Palissy de la ville d'Anvers. Philippe II lui si émerveillé de ses belles coupes, arlislemcnt ornées de (leurs, d'oiseaux cl de i^enlillcs peinUires, qu'il voulul avoir cet artiste
MOTr.i. r.K viij>:.
à son service. C'était celui de ses frères que Frans affectionnait le plus; quand une mort précoce le lui eut enlevé, il recueillit pieusement tout ce qu'il put retrouver de ses ouvrages, et il montrait avec orgueil quelques-uns de ces modestes chefs-d'œuvre, qui n'avaient pas leurs pareils dans les Pays-Bas.
La première vocation de Frans Floris paraît avoir été la sculpture. En 1537, étant alors âgé de vingt ans, il se rendit à Liège où il devint l'élève de Pierre Lombard et il quitta entièrement le ciseau pour le pinceau. Peut-être faut-il rapporter à ces pn^iiières (Hudes le modeh'
savant et vigoureux qui distingue toutes ses figures et cette connaissance des reliefs musculaires qui lui (it toujours rejeter autant que possible, les draperies pour peindre les nus.
Lambert Lombard, le fondateur de l'école Wallonne ou Liégeoise, est un des peintres qui firent le plus d'efforts pour introduire en Belgique le goût de la Renaissance italienne. La première moitié du seizième siècle était le siècle de Périclès de l'Italie ; c'était le temps des Michel- Ange, des Rapbaël, des Titien, des Paul Véronèse. Les peintres de toutes les nations tournaient alors leur regard vers la péninsule comme les mages vers l'Orient. Dans le nord, l'art gothique mourait de vieillesse ; il avait jeté son dernier éclat dans les toiles de Quentin Massys, toutes pleines déjà d'aspirations vers un style nouveau. L'Italie, terre toute semée des merveilles de la Rome payenne, héritière de la Grèce; l'Italie où l'art gothique n'avait jamais jeté des racines bien profondes, l'avait abandonné de bonne heure et, longtemps avant que Lulher eût condamné l'église catholique du moyen-àge, les artistes italiens, sous le protectorat des papes, avaient condamné l'art catholique. La Renaissance fut la sœur aînée de la Réforme. Quand l'art eut revêtu la forme des écoles bolonaise, romaine, florentine et vénitienne, l'art était redevenu payen.
C'est à cette source, étrangère jusque là à toutes leurs inspirations, que les peintres flamands allèrent puiser des idées nouvelles. Il en résulta nécessairement une ère de tâtonnements, une époque de transition. Quand mourut Quentin Massys, les artistes flottaient indécis entre les voies qu'ils désertaient et les routes nouvelles qui leur semblaient pleines de pièges tendus à leur foi. Pierre Lombard, qui visita l'Italie à la suite du cardinal Pôle, dut être pleinement rassuré quand il vit les formes payennes revêtues du sceau de l'orthodoxie romaine.
Un changement si considérable dans la direction des idées eût pu être fatal à l'art flamand: il n'en fut rien. Ses annales n'ont poini olfert de lacune sensible. Ce fut une transition sans défaillance , pleine de riches et vigoureux talents, et qui ne laissa pas un moment
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de doute sur ravenir qu'elle préparait. Sans citer François Fourbus, Jean de Maubcuge, Michel et Raphaël Cocxcyen, Bernard Van Orley et tant d'autres Flamands célèbres, et pour ne parler que des peintres anversois : Frans Floris, Martin de Vos, Anibroise, Nicolas et Jérôme Francken, Jean Jordaens, Paul et Mathieu Bril, Joachim Beukelaer, Gilles Van Coninxloo, Gilles Congnet, Crepin Van den Broeck, Henri Van Balen, Lambert Van Noort et ce Denis Calvaert qui non seulement se fit Italien par le baptême de l'art, mais devint en Italie le fondateur de l'école bolonaise, remplissent sans trop de déshonneur l'intervalle qui sépare Quentin Massys de Rubens.
Non seulement les maîtres ilaliens exercèrent une grande influence sur les artistes flamands du seizième siècle, mais il est facile de suivre les courants d'idées qui les poussaient, suivant leurs sympathies personnelles, vers l'une ou l'autre des écoles qui se partageaient la péninsule. Frans Floris, Martin de Vos, Henri Van Balen essayent de ravir aux maîtres vénitiens, particulièrement au Tintoret, l'éclat de leur coloris. Barthélémy Spranger, Lambert Van Noort et Otto Venius restent attachés aux principes de l'école romaine. Cependant cette imitation n'altéra pas assez leur originalité pour que les Anversois ne continuassent à former une école parfaitement distincte. Une certaine bonhomie dans les types, une entente en quelque sorte native de l'harmonie des couleurs, une louche singulièrement fine et spirituelle et une grande énergie en sont les caractères les plus saillants.
Lorsque déjà il avait atteint la célébrité, Frans Floris alla visiter l'Italie. L'école romaine le charma particulièrement. Il remplit ses cartons de dessins d'après Michel-Ange et Raphaël. L'effet de ces études sur son talent est visible à la seule inspection de ses œuvres. Il est impossible de ne pas songer au Jugement dernier de Michel- Ange en contemplant la Chute des Anges, une des belles toiles du Musée d'Anvers.
Son influence sur notre école fut considérable. Il avait formé dans son atelier plus de cent vingt peintres, entre lesquels nous citerons
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Jérôme et François Franken, le vieux ; François Pourbus, Lucas «le Heere, et surtout Martin de Vos.
Les Francken étaient originaires d'Hérentlials. Ils descendaient de Nicolas Francken , peintre médiocre qui habitait encore cette ville en 1544, époque de la naissance du second de ses fils, François Francken, le vieux. Celui-ci fut élève de Frans Floris et acquit le droit de bourgeoisie à Anvers en 1567; il fut admis la même année dans la corporation de S^-Luc. Ses deux frères, Jérôme (le vieux) et Ambroise (le vieux), furent, comme lui, des peintres estimables. Les quatre fils de François, Jérôme (le jeune), né en 1578, François (le jeune), né en 1584, Ambroise (le jeune) et Thomas, furent également peintres. Les trois premiers, Jérôme, François, le vieux, et Ambroise, appartiennent à l'école de Frans Floris; leur manière indécise fiolte entre celle de ce maître et celle de Martin de Vos.
François Pourbus, né à Bruges en 1540, était fils de Pierre Pourbus, de Gouda, qui était venu s'établir à Bruges où il devint doyen de la corporation des peintres. François fut d'abord élève de son père, puis de Frans Floris. Il fut reçu dans la Gilde de S'-Luc en 1564. Il excellait dans le portrait. Un autre François Pourbus, dit le jeune, mit fin, en mourant prématurément, à une lignée où le talent se transmettait avec le nom.
Lucas de Heere, né à Gand, fut un des meilleurs élèves de Frans Floris. Il porta le renom de notre école en Angleterre, où il peignit le portrait de la reine Elisabeth, ceux de Charles Sluart, de lord Darnley et de la comtesse de Derby, qui se trouvent encore à Londres.
Chose remarquable, ce fut l'époque la plus agitée de notre histoire qui vit se former et se développer l'école anversoise.
C'est dans les sombres appréhensions des persécutions religieuses, au milieu des tempêtes civiles que se passa l'enfance de nos artistes, qu'ils grandirent et qu'ils vécurent. Des hauteurs sereines de l'art ils assistèrent, sans se troubler, aux terribles orages politiques qui bouleversèrent la Belgique au xvi" siècle, et entendirent à peine, dans le
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silence de leurs ateliers, an milieu de leurs occupations paisibles, les massacres de la rne el les inmultes de la place publique. Llieureus(! colonie n'interrompit ses travaux ni pour l'émeute des Calvinistes, ni pour la Furie espagnole, ni |)our les menaces du prince de Parme. Ce fut sous la terreur du tribunal de sang que Frans Floris peignait \»'Cfmle des anges. Mais ce qui dut affecter douloureusement le cœur des artistes, ce fut le sac des églises par les iconoclastes et la destruction de tant d'œuvres d'art de toute nature. A la vue des statues brisées, des toiles lacérées, des verrières défoncées, ils durent i)enser que leur patrie était devenue la proie d'une borde de sauvages. Quel ques-uns ne i)urent supporter ce spectacle et quittèrent la ville. De ce nombre fut Pierre Aertsen, plus connu sous le nom de Lange Peer, né à Amsterdam en 1507, mais établi de bonne beure à Anvers où il acquit la bourgeoisie en 4552. C'était un peintre d'bistoire, mais qui, de préférence aux sujets graves, se plaisait à la reproduction de certaines scènes d'intérieur qui flattaient son goût pour la bonne chère. « Les cuisines l'affriandaient surtout, dit un historien, et il éprouvait une joie gastronomique à en retracer la fumeuse opulence. » Ce gastronome était un |)uissant coloriste, et les viandes saignantes, les pièces de boucherie, les volailles au plumage varié, les fourneaux allumés, les casseroles luisantes, les cristaux miroitants lui offraient d'amples ressources à déployer son talent. D'ailleurs, il paraissait dégoûté de la peinture d'histoire, ou plutôt découragé, parce que la plupart de ses tableaux avaient péri sous le marteau des iconoclastes. Il retourna à Amsterdam, sa patrie.
Un excellent i^eintre de portraits, Guillaume Key, né à Bréda, reçu à Anvers dans la corporation de S'-Luc en 1540, fut d'une assez singulière manière victime de la cruauté du duc d'Albe. Le Duc l'avait fait venir pour i)eindrc son portrait. L'artiste eût volontiers décliné cet honneur, tant il redoutait de se trouver en face du terrible proconsul; mais il n'osa. Il prit donc ses pinceaux et se mit à la besogne Tandis qu'il peignait, le Duc s'entretenait eu espagnol avec ses con -
histoii;k dk i.a villk irA.\VKi;s.
seillers, cl le peintre qui entendait cette langue, put comprendre qur l'arrêt de mort des comtes d'Egmont et de Horn était |)rononc(* d'avance. Cette nouvelle l'impressionna si fortement qu'il fut sur le point de trahir son émotion. Il rentra chez lui et se coucha pour ne plus se relever. Une fièvre l'emporta le jour même où la hache du bourreau tranchait la tête des deux nobles martyrs.
Ce fut aussi à cette époque de terreur que Jean Rubens, docteur en droit et ancien échevin d'Anvers, quitta cette ville avec sa femme, Marie Pypelinx, pour aller s'établir à Siegen, où naquit, le 29 juin 1577, leur fils Pierre-Paul, le fulur prince de la peinture fiamande.
Un des peintres du XVI'' siècle dont le talent se ressentit le plus de l'influence des Italiens, est Martin de Vos, né à Anvers en 1551, d'un père artiste. Il était fils de Pierre de Vos, natif de Gouda, admis comme franc-maître en 1519 et élu doyen de S'-Luc en 1556. Sur les conseils de Frans Floris, son maître, Martin de Vos alla visiter lltalie, devenue comme la Mecque des croyants de l'art, qui pensaient ne plus pouvoir faire leur salut sans avoir accompli ce pieux pèlerinage. Il séjourna dans la ville des lagunes où il s'éprit en même temps d'admiration et d'amitié pour le Tintoret. Après son retour à Anvers, la confrérie de S'^-Luc l'admit à la maîtrise, en 1558. En 1572 il tut élu doyen et vécut jusqu'en 1605. Il est enterré à la cathédrale, où se trouve un de ses meilleurs tableaux. Le musé£ n'en renferme pas moins de trente-deux.
Une couleur douce, harmonieuse, mais sans chaleur; beaucoup de force, de variété et d'expression dans les types; une composition savante et grandiose, sont les qualités dominantes de ce vieux maître. En somme, c'est un peintre dont les œuvres inspirent une profonde estime, mais une médiocre admiration. On sent que c'était là un artiste supérieur; mais l'art flamand cherchait encore sa formule définitive. Il attendait toujours son Messie et ne savait pas qu'il venait de naître dans la duché de Nassau. Toute cette peinture antérieure à Rubens est comme l'Ancien Testament de l'histoire de l'école flamande.
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iMai'liii (lo Vos laissa un lils du niènie iioui, pcinlic comme lui el qu'on dislini;ne de son père par le surnom de Jeune; ainsi qu'un neveu, tlu nom de Guillaume, que Van Dyck a compris dans les portraits des hommes célèbres de son temps.
H appartenait à une autre famille, ce Corneille de Vos qui peignit ce vigoureux portrait d'Abraham Grapheus, le knape de la corporation de S^-Luc, et quelques autres beaux tableaux qu'on peut voir au Musée d'Anvers. 11 était né à Hulst, vers 1585, et se lixa jeune à Anvers; les registres de la corporation de S^-Luc le mentionnent comme maître en 1G08. Il eut pour élève Simon de Vos, son homonyme, mais non son parent. Un célèbre peintre de chasses, Paul de Vos, était l'oncle de Corneille. Un autre Corneille de Vos, dont la spécialité était d'étoft'er de figures les paysages et les marines, était étranger à cette famille.
Les peintres de la génération qui s'élevait voyaient grandir au milieu d'eux celui dont la renommée devait les éclipser tous, en même temps qu'il devait porter à son comble la gloire de leur école. Pierre- Paul Rubens, dont la famille était revenue à Anvers après la reddition de la ville au prince de Parme, eut pour premier maître un peintre de paysages nommé Tobie Verhaegt, que louent beaucoup Karel Van Mander et Corneille de Bie, mais que nous ne pouvons apprécier autrement, ne connaissant aucun de ses ouvrages.
Le second maître de Rubens, Adam Van Noort, était un peintre renommé, dont les ouvrages sont devenus très-rares; leur complète absence au Musée d'Anvers est une regrettable lacune. Mais l'église S'-Jacques, qui est aussi un musée, en possède un qui suffirait seul à la gloire du maître, si les autres étaient perdus. Il représente S'-Pierre olFrant au Sauveur, à Capharnaûm, le poisson qui contient la pièce d'argent du tribut. Quand pour la première fois on aperçoit ce tableau, sans savoir qui en est l'auteur, on se demande : est-ce de Rubens? est-ce de Jordaensï c'est à coup sur de leur école. Non, c'est de leur maître à tous deux, d'Adam Van Noort; c'est Rubens et Jordaens qui sont de son école ! Nous nous arrêtons à ce magnifique tableau, parce
r.SS HISTOIHE DE LA VILLE D'ANVEKS.
([Li'il nous païaîl d'une haule importance pour l'Iiisioiic de l'écolr d'Anvers. Voulez vous savoir où Kubens a |)uisé les (jualilés qu'il a portées si haut en les perfectionnant? regardez ce tableau. Composition magistrale, noblesse et fierté des attitudes; vaiiélé, expression des physionomies, éclat du coloris, voilà ce que le maîlre enseigna à rélève. La belle tête du Christ, celle du pêcheur assis qui tourne la léte vers le Sauveur, seraient des chcfs-d'œuvres, même si elles ëlaient signées Rubens. Pour Jordaens, il n'a rien produit qui les égale en distinction.
Quand on compare ce tableau à ceux de Martin de Vos, des Franken, de Lambert Van Noort, de tous ceux enfin que nous avons nommés les peintres de l'Ancien Testament, il semble qu'on ait avancé d'un siècle. Celui-ci appartient déjà à l'ère nouvelle. Si l'on nous permel de continuer une métaphore où le respect que nous inspire le génie défend de voir une profanation, nous dirons que si Rubens a élé le Messie de la peinture flamande, Adam Van Noort en fut le S^-Jean piécurseur.
Sans qu'il eût jamais visité Tllalie, son coloris a une puissance que ses prédécesseurs avaient été vainement demander aux maîtres vénitiens. C'est la véritable couleur flamande, qui ne doit rien aux llaliens ni aux Espagnols, et qui, maniée par le pinceau llamboyaid de Rubens, devait faire pâlir toutes les écoles du monde. (')
Rubens, Jordaens, Sébastien Vranckx, Henri Van Ralen, ne sont pas les seuls élèves de Van Noort; les registres de la confrérie de S'-Luc mentionnent trente-deux maîtres qui suivirent ses leçons entre les années 1587 et 1627. Rubens et Jordaens sont les deux |)remiers coloristes de l'école flamande; des portraits de Henri Van Balen ont été pris longtemps pour des œuvres de Van Dyck, témoin les deux
(h Oulic le tableau de S'-Jacques que nous avons mentionné, Anvers possède encore li'Adam Vau Noorl les tableaux suivants : à la cliapelle de la maison des Orpliclines : un Ju(jemcni dcnùcr ; au Béguinage : une Descente de Croix ; dans le eabinet de M. Paillie- Bosschaeils : Le Christ et tes p<'lils enfants; chez M. Moietus : le portrait (!•> Planlin.
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admirables lôlos qui surniontcnl l'épilaplio de ce peintre à l'éiiçlise S'-Jacques. ]\'en laiit-il pas tenir compte à leur vieux maître Adam Van Noort, et lui a-t on, jusqu'ici, rendu sullisammeut justice? Occupe-l-il, dans le panthéon de l'art llamand, la place qui lui revient ?
Adam Van Noort était fds de Lambert Van Noort, né à Amersfort vers 15^20 et inscrit en 1550 h la confrérie de S'-Luc. Notre Musée possède du père quelques bons tableaux qui rappellent la couleur et la manière de Martin de Vos. Adam vécut jusqu'à l'âge de 84 ans, et put voir son heureux élève réaliser la plus glorieuse carrière d'artiste qu'un homme puisse rêver. La mémoire du maître de Rubens a eu beaucoup à soutfrir de la légèreté de certains historiens qui nous l'ont représenté, d'après le témoignage très-suspect de Campo Weyerman, comme un brutal, un ivrogne et un débauché. M. P. Génard (i) a lait justice de ces accusations et rétabli le nom du vieux peintre dans le respect qui lui est dû.
Le nouveau maître sous la discipline duquel Rubens alla se ranger, après quatre années passées dans l'atelier d'Adam Van Noort, s'appelail Octave ou Othon Van Veen, nom qu'il avait selon la mode du temps, latinisé sous la forme d'Otho Venins. Il était né en 1568 à Leyde, où sa famille occupait une position élevée. Son père, Corneille Van Vécu, chevalier, seigneur de Hogeveen, Desplasse et autres lieux, descendail en ligne directe de Jean Van Veen, fds naturel de Jean lll duc de Brabant, et d'Isabeau Van Veen, demoiselle noble de Vilvorde. Il avait quitté Leyde en 1572, parce que ses opinions politiques et religieuses ne s'accordaient pas avec celles des Gueux qui y dominaient et était venu se fixer à Liège, avec son fils Othon. Le cardinal prince évèque Gérard de Groesbeeck fit bon accueil aux deux exilés. Le jeune Othon, qui avait reçu dans sa ville natale les premières leçons de peinture
1 î I Alhinn <lcr Lii< as Cildc . Admii van Smnl — Nous ( ihiiis ce Iravuil avcr |iliiisir, ||<UCL' que re n'est fM> sculcmciil iinr awwv \W nili(|ii(' cnnscicnriciisc ; (''("^l une ItoniT' îirtinn.
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d'isaac Clacz, clU Nicolaï, travailla à Liège auprès de Dominique Lanipson, ou Lampsonius, peintre et poëie, son biographe. En 1575 il partit pour l'Italie, et se rendit à Rome, où il se perfectionna dans la peinture chez Frédéric Zacchero. Il passa cinq ans en Italie, puis voyagea en Allemagne, retourna à Liège où il devint page d'Ernest de Bavière, et vint enfin se fixer à Anvers; ce fut, paraît-il, au commencement de 1593. L'année suivante, il fut reçu franc-maître à la corporation de S^-Luc.
Sa naissance, ses hautes relations, ses manières distinguées, jointes à un talent réel et vraiment magistral, donnèrent bientôt à Otho Venius le premier rang parmi les maîtres-peintres d'Anvers. La ville l'invita à donner les dessins des arcs de triomphe et autres ornements destinés à l'entrée solennelle de l'archiduc Ernest. Il réussit si bien qu'en 1599 il fut chargé de nouveau de décorer la ville pour la Joyeuse Entrée d'Albert et d'Isabelle.
Il serait téméraire de décider quelles furent les raisons qui déterminèrent le jeune Rubens à quitter l'atelier de Van Noort pour celui d'Otho Venius ; mais nous sommes persuadés que ses sympathies d'artiste demeurèrent acquises au premier de ces maîtres. La preuve c'est que son style ne garda rien de celui du second et qu'il s'assimila si bien le style d'Adam Van Noort qu'on reconnaît à la première vue leur parenté artistique. Otho Venius dessinait et composait avec une grande supériorité; mais sa méthode est froide et exclut la fougue. Sa couleur est belle, parfois un peu vineuse, plus harmonieuse qu'éclatante, les tons savamment fondus, les ombres transparentes. 31ais les types sont insignifiants et d'une placidité que rien n'émeut. Dans ces membres arrondis comme ceux d'un hydropique, sous celte chair grasse et rebou die, les muscles font défaut. Les attitudes mêmes ont quelque chose de léthargique; la passion, le caractère, la vie, le mouvement font délaui. Ce n"estpas chez Otho Venius que Rubens a fait l'apprentissage de ces qualités qui le distinguent si éminemment. En résumé, le vrai maîir»' de Rubens, ce n'est pas Otho Venius : c'esl Adam Van INoorl.