‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 106 sur 108 · CHAPITRE VINGT-IHITIKMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-IHITIKMK

En 1598 Kiibens fut reçu frauc-iiiaîlre à la conlVcric de S'-Luc, et désormais le jeune aii^ie volera sans liquide. Son jugement sur et ferme éclairera seul sa roule. 11 visitera l'Italie, la France, l'Espagne, regardant, comt)arant, s'assimilant des procédés matériels, et, pour la pensée, pour la création de ses œuvres, n'écoutant que son génie, ne prenant conseil que d'une inspiration inépuisable, jamais lasse, toujours obéissante; n'exprimant que ses propres conceptions et imprimant à ses moindres ouvrages un tel cachet d'originalité qu'il n'est pas possible de s'y méprendre. Otlio Venius présenta son élève aux Archiducs, qui furent charmés de sa bonne mine, de ses manières distinguées, de sa parole élégante et facile. Ils lui donnèrent des lettres de recommandation pour l'Italie, que Rubens se disposait à visiter. Il partit le 9 mai 4600, et visita d'abord Venise. Vincent de Gonzague, duc de Mantoue, rattacha à sa cour et le retint pendant six ans, durant lesquels Rubens fit de fréquents voyages à Rome. En 1608 le duc de Mantoue l'envoya en Espagne, chargé d'une mission pour Philippe ÏII, qui l'accueillit avec distinction. De retour en Italie, il visita de nouveau les principales villes de la péninsule, dont chacune renfermait alors une école de peinture. La nouvelle de la maladie de sa mère le força de repasser les Alpes. Quand il arriva à Anvers, sa mère n'était plus. Pour se distraire de sa douleur il voulut reprendre le chemin de l'Italie; les Archiducs mirent tout en œuvre pour le retenir dans les Pays-Bas et s'efforcèrent, d'après l'expression de Philippe Rubens, son neveu et son biographe, de se l'attacher avec des chaînes d'or. Un lien plus puissant que celui de l'intérêt vint enchaîner Rubens à Anvers; son mariage avec Isabelle Brant, qui eut lieu le 13 octobre 1609, mit fin à tout projet d'expatriation.

Dès lors Rubens fut fixé à Anvers, qu'il ne quittait que pour faire de fréquents voyages à Bruxelles où l'appelail la confiance des Archiducs; mais sans interrompre un seul jour son intarissable production, multipliant les chefs-d'œuvre sans hâte comme sans fatigue, et chacun de ces enfants du plus fécond génie qui fut jamais, recevait en naissant

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le baptême de l'admiration publique et augmentait la renommée comme la fortune du peintre.

En 1620 il fut appelé à Paris auprès de Marie de Médicis, qui venait de fonder le Luxembourg et qui lui commanda d'y peindre son histoire. Rubens n'accepta qu'à la condition de pouvoir exécuter ces travaux à Anvers. Il avait à remplir vingt-et-une toiles énormes; il en acheva dix-neuf dans son atelier d'Anvers et, convoyant son précieux envoi, s'achemina vers Paris où il peignit sur place les deux plus grands tableaux, destinés à occuper le fond de la galerie. Deux ans lui avaient suffi pour accomplir cette tache de géant, et encore avait-il trouvé le loisir de peindre, en manière de délassement et par pure courtoisie, une madone pour le baron de Vicq, ambassadeiir des Archiducs à la cour de France, et avant son retour à Anvers, il voulut faire encore le portrait de ce seigneur et de sa femme.

Rubens avait rencontré à Paris le duc de Buckingham qui lui fit |)arl du désir qu'avait le roi Charles I de voir la bonne entente rétablie entre les couronnes d'Espagne et d'Angleterre. De retour à Bruxelles, Rubens communiqua ces ouvertures à l'infante Isabelle, qui ne vit personne de plus propre à conduire cette négociation délicate que Rubens lui-même. En conséquence elle le députa à Madrid, d'où il revint en 1529 avec le titre de secrétaire du conseil privé de S. M. Catholique, à Bruxelles, et passa l'année suivante en Angleterre pour conclure la paix entre Philippe IV et Charles I''. A cette occasion, le roi d'Angleterre le créa chevalier et ajouta à ses armoiries un canton de gueules au lion passant d'or. Il avait déjà été anobli en i624 par le roi d'Espagne.

Depuis lors, Rubens demeura à Anvers, dans la magnifique demeure qu'il s'était fait construire et où il avait réuni une précieuse collection de tableaux, de statues, de médailles, de pierres gravées cl d'autres objets d'art. L'été, il habitait son château de Steen, entre Matines et Vilvoi^de. Sa manière de vivre était simple, régulière, irré prochable, presque austère. Tous les matins il assistait à la première

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mosse, puis iravaillaii jiisiiirà onze lieiires. Fréqucninienl il se laisaii lire, taudis (lu'il piMi^nait, un de ses auteurs favoris, Virgile, IMularque ou Sénèque ; son esprit sérieux et profond lui faisait mépriser les livres frivoles. Il dînait à midi, frugalement, sobrement, puis se remetlait à l'ouvrage jusqu'à cinq ou six heures. Alors, si le temps le permettait, il sortait à cheval; car il aimait passionnément l'équitalion. Ses écuries renfermaient toujours plusieurs beaux chevaux qui lui servaient tantôt de monture, tantôt de modèles. 11 passait la soirée en famille ou avec ses amis, le bourgmestre Nicolas Rockocx, le greflier Paul Gevaerts, le peintre Jean Breughel (de Velours). Un grand malheur vint l'éprouver, au milieu de cette calme- existence : en 1626 il perdit sa femme qu'il aimait avec vénération. « J'ai perdu une excellente compagne, écrivait-il ; on devait la chérir par raison, car elle n'avait aucun des défauts de son sexe; point d'humeur chagrine, point de ces faiblesses de femme, mais rien que de la bonté et de la délicatesse. »

Le temps seul pouvait adoucir ses regrets; il chercha à se distraire en voyageant. Il visita la Hollande et les ateliers des peintres de ce pays, dont les ouvrages, si différents des siens, le charmèrent par leur délicatesse. Ses ambassades, ses travaux, achevèrent de verser le baume sur sa blessure; mais il ne pouvait s'habituer au veuvage : sa maison lui semblait déserte. En 1650, le 6 décembre, quoiqu'il fût alors âgé de cinquante-trois ans, il épousa une jeune personne qui en avait à peine seize et qui se nommait Hélène Fourment. Malgré celte grande disproportion d'âge, ce second mariage fut aussi heureux que le premier. Hélène Fourment charma la vieillesse de Rubens, comme Isabelle Brant avait fait pour sa jeunesse et son âge mûr. Les nombreux portraits qu'il a tracés de ces deux chères compagnes de sa vie les ont associées à son immortalité.

Chacun connaît la mâle beauté de la figure de Rubens que des milliers d'images ont popularisée, mais tout le monde ne sait pas de quelle belle âme elle était l'enseigne. L'estime qu'on avait pour son caractère égalait l'admiration qu'excitait son génie. Trop grand poui-

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connaître la jalousie, il était heureux quand il pouvait louer les ouvrages de ses confrères, même de ceux qui se croyaient ses rivaux. L'envie que sa gloire excitait chez quelques peintres médiocres, loin de l'irriter contre eux, l'affligeait, et il cherchait k dissiper ces sentiments fâcheux à force de honte et d'ohligeance. Quant il vint se fixer k Anvers, Abraham Janssens, peintre de beaucoup de mérite, comme le témoignent quelques tableaux conservés au Musée, jaloux des hommages dont le jeune peintre était l'objet, lui fit proposer un défi : ils devaient traiter le même sujet, et les connaisseurs décideraient entre eux. Rubens n'eût garde d'accepter. Même en remportant l'avantage dans cette lutte, il n'eût fait qu'exaspérer son ennemi, sans profit pour luimême. « Mes essais, dit-il, ont subi l'examen des connaisseurs d'Italie et d'Espagne. Ils sont encoi'e dans les monuments publics et les galeries particulières de ces deux pays ; Abraham Janssens est libre d'aller mettre ses ouvrages en regard des miens afin qu'on les puisse comparer. »

Il avait coutume de dire k ce sujet : « Faites bien, vous aurez des jaloux ; faites mieux, vous les confondrez. » Il fit si bien qu'il réduisit ses envieux au silence; mais il n'ignorait pas que leur fiel était d'autant plus amer qu'il n'osait s'épancher. Rubens ne s'en inquiétait pas pour lui, mais il avait pitié de ceux qui souffraient de ce mal étrange. Il savait que parmi eux se trouvait Corneille Schut, l'auteur de V Assomption qui décore la coupole de Notre-Dame, et il espéra pouvoir le ramener par une démarche pleine de franchise et de générosité. Se présentant chez lui k l'improviste et lui parlant comme s'ils étaient d'intimes amis, il profita de sa surprise et de son embarras pour faire le tour de son atelier et examiner ses ouvrages; il les loua beaucoup et insensiblement lui proposa de les acheter tous. Le peintre, que la fortune négligeait, ne demandait pas mieux : il en fixa le prix et Rubens conclut sans marchander. Déjà le vendeur relevait la tête avec orgueil, croyant son illustre rival vaincu par une admiration forcée, quand Rubens ajouta : « Si l'on ne m'a pas induit en erreur, vous

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nianqiioz parfois de travail ; dans ces monieiits de chômage, je vous prie, mon clier confrère, d'avoir recours à moi; mon atelier vous est ouvert et vous y trouverez toujours de l'occupation. » Cette olï're bienveillante, au lieu de désarmer la haine du pauvre envieux, le blessa au vif et l'humilia profondément. Il répondit d'un ton bourru qu'il n'avait besoin de personne pour gagner sa vie; comme il n'osait pas lutter contre son intérêt, il livra ses tableaux, mais le généreux Rubens ne recueillit pour fruit de sa magnanimité, qu'un surcroît de haine.

Quelques peintres de ce temps joignaient à un talent réel des mœurs déplorables. Des habitudes dégradantes, l'ivrognerie, la débauche, éteignaient de bonne heure leur imagination et amenaient une décrépitude précoce. De ce nombre était Adrien Brauwer. Rubens le recueillit chez lui, tacha de lui inspirer des goûts plus nobles, de relever son caractère. Mais le cabaret l'emporta sur la raison, et son ami le boulanger Van Craesbeke sur le grand Rubens, et bientôt une mort obscure à l'hôpital mit (in à son odyssée bachique.

Quand mourut Breughel de Velours, Rubens servit de père aux deux tilles de son ami, Isabelle de Jode et Catherine de Ma ri en bourg. Ces faits positifs, mieux que de vagues allégations, attestent sa grandeur d'àme et sa bonté.

Nous n'entreprendrons pas ici la tâche inutile de louer le talent de Rubens, surtout dans la ville dont tous les échos ont retenti depuis deux siècles du bruit de sa renommée, et qui se glorifiera éternellement de l'avoir porté dans son sein. Il n'est point d'enfant, à Anvers, qui n'ait appris dès le berceau à bégayer le nom de Rubens, et il n'est point d'homme un peu instruit en Europe à qui son histoire ne soit familière. Nous nous excuserions presque d'en avoir tant dit si C(; n'était là une des nécessités que notre travail nous imposait; car la gloire de Rubens n'appartient pas à Anvers seule ou même à la Belgique : elle est le i)alrimoine du monde. Les grands hommes n'honorent |)as seulemenl leur race, leur nation, mais l'humanilé tout entière. Bornons-nous à dire que ce prodigieux artiste aborda tous les genres :

ôOG HISTOIRE DE LA VILLE D'ANVEUS.

peinture religieuse, histoire, portrait, paysage, animaux, joyeuses kermesses de village, et que, partout, il se montra également supérieur. Il avait ce double don des natures complètes : la fécondité, l'universalité. Son génie enfantait incessamment les merveilles sans s'apauvrir, sans avoir trahi un seul instant l'épuisement ou la fatigue. Le dernier tableau qu'il ait peint est le Martyre de S^-Pierre, que l'on voit encore à Cologne : c'est un de ses plus vigoureux chefs-d'œuvre.

Le 30 mai 1640 Rubens mourut d'un accès de goutte, à l'âge de soixante-trois ans et onze mois. Il avait donné à l'art ilamand sa plus magnifique formule et porté son école à ce haut degré de perfection où, le progrès n'étant plus possible, un déclin prochain est inévitable. Ce déclin arriva quand la génération formée par Rubens fut descendue au tombeau.

L'attrait absorbant de cette grande figure a détourné notre attention (les artistes ses contemporains. Citons d'abord Jacques Jordaens, né à Anvers en 1593, et qui fut aussi élève d'Adam Van Noort, dont il épousa la fille. Aucun peintre n'a poussé plus loin que ce maitie la science du coloris. Si son dessin eût été également bon ; si ses types n'eussent été trop souvent vulgaires, il eût balancé la gloire de Rubens. Le manque de noblesse lui est habituel, mais il a prouvé qu'il était capable de surmonter ce défaut dans quelques-unes de ses œuvres qui sont comptées parmi les joyaux les plus brillants de l'école flamande. Son coloris éblouissant n'a pas sutii à lui assigner la seconde place dans cet Elysée; elle appartient à un autre anversois, Antoine Van Dyck.

Né, en J599, d'une famille de riclies marchands, Antoine Van Dyck montra pour la peinture des dispositions si précoces que .ses parents le placèrent dès l'âge de onze ans dans l'atelier de Henri Van Ralen. Au bout de cinq ans, il passa dans celui de Rubens, dont il devint le meilleur élève. Le 11 lévrier 1618, il fut reçu franc-maitre à la corporation (le S*-Luc. Il continua néanmoins à travailler sous la direction de l'iU lustre Pierre-Paul, comme le prouve une anecdote qui atteste aussi la liante estime où dès lois était tenu son lalenl. Dans un acte passé le

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i29 mars 16:20 entre Rubeiis et le supérieur de la maisou-prolessc des Jésuites, relatif à la peinture de trente-neuf tableaux destinés à la nouvelle église que ces religieux venaient de faire bâtir, il est stipulé que Rubens, après avoir lui-niênie dessiné les esquisses, est autorisé à les faire exécuter par Van Dyck et ses autres élèves (Van Dyck est le seul qui soit nommé), sauf à les retoucher et à les terminer.

Dans une lettre écrite d'Anvers le 17 juillet de la même année à sir Thomas d'Arundel, secrétaire de Jacques V' d'Angleterre, on lit : a Van Dyck habile avec Rubens et ses ouvrages commencent à être presque aussi estimés que ceux de son maître. C'est un jeune homme de vingt à vingt-deux ans. Sa famille est regardée comme une des plus riches de celte ville ; il sera donc difficile de le décider à quitter, surtout comme il doit remarquer quelle immense fortune Rubens est en train d'amasser. »

Cette lettre prouve aussi qu'on faisait dès lors des efforts pour l'attiler en Angleterre, où il devait passer une partie de sa vie. Un an après, nous le trouvons déjà attaché au service de Jacques I'^'". Toutefois il se trouvait à Anvers au moment de la mort de son père, le 1'"'' décembre 4622.

L'année suivante Van Dyck partit pour l'Italie, sur le conseil de Rubens. On a dit que Rubens était jaloux de la gloire naissante de son élève, comme Michel-Ange du jeune Raphaël. Mais le caractère élevé du chef de l'école flamande dément cette supposition. Rubens était inaccessible à un sentiment aussi bas que la jalousie ; les esprits vulgaires qui jugent les grands hommes leur prélent volontiers leurs propres petitesses.

En Italie, il paraît avoir de préférence étudié l'école vénitienne. De la cité des Doges il passa à Gênes où il peignit les portraits des principaux patriciens de cette ville, les Ralbi, les Spinola, les Pallavicini, lesBrignole. 11 alla ensuite à Rome, où son séjour (ut abrégé par le dégofit qu'inspiraient à sa nature aristocratique les mœurs crapuleuses de la colonie flamande établie dans la ville éternelle. Il était de retour

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à Anvers en 1628; trois ans plus tard, il partit pour l'Ani^leterrc, où il institua une Ghilde appelée S^-Lucas' Club, à l'instar de la fameuse corporation anversoise, et qui subsiste encore. Kecherché et choyé par l'aristocratie anglaise, avec laquelle sa fortune lui permettait de vivre de pair, il demeura en Angleterre jusqu'en d640. Déjà peintre ordinaire de leurs Majestés Britanniques, il fut créé chevalier par Charles ^^ Un mariage illustre vint encore augmenter l'éclat de sa position. Il épousa la fille de Lord Ruthven, nièce des duchesses de Montrose et de Lennox et de la comtesse d'Athoi.

11 se mit en route dans l'automne de 1640 pour visiter sa patrie avec sa jeune épouse; mais il ne séjourna guère à Anvers et retourna en Angleterre, où il mourut à Blackfriars, le 9 décembre 1641. La passion qui perdit Hercule et qui, selon la légende, avait failli, à vingt ans, faire oublier à Yan Dyck le soin de son avenir pour les beaux yeux d'une paysanne de Saventhem, paraît avoir causé sa fin prématurée.

La gloire de Van Dyck égale presque celle de Rubens et nous éprouvons avec lui le môme embarras : la crainte d'en dire trop ou pas assez. La beauté de ses ouvrages est telle que souvent l'admiration balance à se prononcer entre Rubens et lui. C'est un créateur moins puissant, mais plus poétique; moins vigoureux, mais plus fin ; moins éclatant, mais plus suave, plus délicat, plus harmonieux. Rubens frappe, émerveille, enchante; Van Dyck fait rêver. Rubens divinise la nature, qu'il semble entendre à la manière de Lucrèce et de Spinosa ; il fait flamboyer la réalité, vivre et palpiter la matière ; Van Dyck a moins le culte de la forme que celui de la pensée; la plasticité l'absorbe moins que l'idéal. Rubens fait le poème du corps humain ; il l'éclairé, le pétrit, le tord, le retourne sous toutes ses faces; il en démontre la poésie sous ses innombrables aspects; Van Dyck semble ne voir dans le corps que l'enveloppe transparente de l'àme. Sa muse est plutôt celle de l'élégie que celle du drame; il est plus intime qu'objectif.

Le type qu'il a le mieux peint est celui de la Vierge des douleurs. Mater Dolorosa. Ses saintes femmes, debout au pied de la croix, ou

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reposant sur leurs genoux la tête du Christ mort, sont rendues avec une sensibilité attendrie qui remue les âmes. Elles pleurent de véritables larmes, sans que leurs traits, bouleversés par cette douleur qui ne veut pas être consolée, perdent rien de leur dignité.

Comme peintre de portraits, Van Dyck n'a pas de rival. La distinction, la finesse, une noblesse idéale, la transparence des carnations qui permet pour ainsi dire de voir la vie palpiter sous la peau; des attitudes chevaleresques, élégantes, aisées, fières sans fatuité ni dédain, sont les traits qui les caractérisent. Le portrait de Charles L'', au Louvre, tant de fois reproduit par le burin, est le chef-d'œuvre du genre.

C'est encore un peintre anversois, le créateur de tant de toiles charmantes où Louis XiV ne voyait que des magots, le poète des kermesses brabançonnes, des joyeuses beuveries de paysans, des tavernes enfumées, des laboratoires d'alchimistes: David Teniers, enfin. Plus sage qu'Adrien Brauwer et Craesbeke, il ne se mêlait pas aux orgies auxquelles il prétait la poésie de sa palette. Fils d'un peintre célèbre, David Teniers le vieux, élève de Brauwer, ensuite de Rubens, il oubliait son premier maître quand il disait : « Je tiens mon génie de la nature, mon goût de mon père, ma perfection de Rubens. » Né en 1610, il épousa en 1637 Anne Breughel, fille de Breughel de Velours, et après avoir perdu cette première femme, il se remaria à Bruxelles, le 21 octobre 1656, avec Isabelle de Fren, fille d'un secrétaire du Conseil de Brabant. L'archiduc Léopold-Guillaume, grand admirateur du talent de Teniers, l'honora du titre de son peintre et d'aide de sa Chambre. Don Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe IV, roi d'Espagne, lui continua sa protection et le confirma dans ces honneurs. Teniers mourut à Bruxelles le 5 avril 1694, et fut enterré à Perck, près de Vilvorde, où il possédait le château des Trois-Tours (Dry-toren) qui subsiste encore, et qu'il a souvent reproduit dans ses scènes rustiques.

C'est à David Teniers et à ses collègues, les doyens et anciens de la corporation de S'-Luc , (ju'Anvers est redevable de l'érection de l'Académie des Beaux-Arts. Sur leur demande la Gilde obtint du roi

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Philippe IV une lettre patente datée du 6 juillet 1665, autorisant rétablissement, dans ie sein nriême de la corporation, d'une Académie, formée sur le modèle de celles de Rome et de Paris.

Le même octroi l'autorisait à affranchir, par provision, huit personnes des charges ordinaires de la bourgeoisie, à l'exception de celles d'Aumônier et de Quartinier. Les sommes provenant de ces affranchissements devaient être employées aux dépenses de l'Académie, dont l'acte d'érection fut entériné au Conseil de Brabant le 12 octobre de la même année. Le magistrat d'Anvers accorda l'année suivante, à titre provisoire, à la confrérie, un local faisant partie de la Bourse, à l'est, pour y tenir ses réunions et y ouvrir le nouvel établissement. L'appropriation d'une salle pour le dessin d'après le modèle vivant eut lieu cette même année, et Anvers se trouva dotée d'une école publique d'enseignement artistique.

Jusque-là les apprentis peintres avaient été formés dans les ateliers des francs-maîtres, absolument comme pour les métiers. Certes l'abolition des jurandes devait faire tomber cet enseignement particulier : mais il ne nous est pas démontré que l'enseignement public des Académies ait produit des résultats meilleurs.

il existait encore, dans le sein de la Gilde de S'-Luc, une autre confrérie, composée de tous les artistes qui avaient fait le voyage de Rome ; c'était celle des Romanistes. La confrérie des Romanistes d'Anvers lut instituée en 1572, dans la Cathédrale, où elle faisait usage, pour ses services religieux, du chœur du S'-Sacrement. Elle subsista jusqu'en 1785.

Nous ne ferons qu'indiquer brièvement les autres noms de la pléiade illustre qui gravitait autour de Rubens et de Van Dyck.

C'est d'abord Gaspard de Crayer, né à Anvers en 1585, qui apprit son art à Bruxelles auprès de Raphaël Van Coxcyen, fils de Michel. Ses peintures religieuses se distinguent par un sentiment délicat, une couleur fine et argentée qui leur donnent un charme particulier. 11 mourut à (iand en 1669.

CIIAIMTIIK VlNC.T-IinTlK.MK, {){)[

i;oiizalî\s Coriiies, né à Anvers en 1()18, mon on 1()84, ('lail élève (le David Rykaert, le jeune, élève lui-uiènie de David R} kaert, le vieux, anversois tous deux, bons peintres de i^enre, grands amateuis de diableries. Ce ne sont pas cependant les Tentations de S'-Anloinc avec leurs grotesques pandémoniums qui inspirèrent Gonzalès Coques, peintre sérieux, distingué, qui traitait le portrait dans la manière noble de Van Dyck.

Qui n'a admiré les guirlandes de fleurs du Jésuite Daniel Seghers, si fraîches, si naturelles, si finement touchées? Rubens, Jordaens, Van Dyck ont quelquefois étofl'é ses tableaux. Daniel Seghers, né à Anvers en lo90, mort à la maison professe des Jésuites de cette ville, est le plus célèbre peintre de (leurs de l'école flamande.

Et qui, dans aucune école, a peint avec plus de force et de vérité les animaux et les fleurs que l'Anversois Jean Fyt (1609 à 166J), et l'Anversois François Snyders (1570 à 1657)? Les chasses de ce dernier ne le cèdent même pas à celles de Rubens, et ses animaux sont plus scrupuleusement étudiés. On lit dans le catalogue du Musée d'Anvers : « Doué d'un génie ardent, Snyders excellait surtout à peindre des chasses sauvages. Il travailla beaucoup avec Rubens et Jacques Jordaens, dont il avait la touche large et le puissant coloris. Rubens lui portait l'amitié la plus vive, et il lui en donna une preuve manifeste, en le chargeant, avec Jean Wildens et Jacques Moermans, de présider à la vente des tableaux, statues et autres objets d'art et de curiosité, qu'il délaisserait. Van Dyck doit avoir partagé à son égard les sentiments de Rubens, puisqu'il peignit le portrait de Snyders, dont il fit plus tard une eau-forte que Jacques Neefs acheva au burin. »

Tous ceux qui ont visité notre Musée ont remarqué les belles compositions de Théodore Roeyermans, dont la manière rappelle fréquemment, et sans trop d'infériorité, celle de Van Dyck; cet artiste appartient encore, quoique né seulement en 1620, au siècle de Rubens, dont il continua les grandes traditions jusqu'à sa mort, arrivée en 4677 ou 1678. Outre les tableaux de ce maître que possède le Musée, on

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peut admirer dans l'église S'-Jacques une magnifique Assomption de la Vierge, qui orne l'autel placé à la droite de l'entrée dji cliœui'.

Un des derniers peintres qui soutinrent avec éclat la renommée de l'école anversoise est Jean-Érasme Quellin, né en 1634, et qui vécut, à ce qu'on présume, jusqu'en 1715. Le fait est qu'en 1709 il était encore peintre de l'empereur Joseph l'*'. Le nom de Quellin a été illustré par toute une dynastie d'artistes. Jean-Érasme était petit-fils d'Érasme, le Vieux, sculpteur, inscrit dans la confrérie de S'-Luc en 1007, et fils d'Érasme, le Jeune, peintre de grand mérite, né en 1607, mort en 1678, dont notre Musée possède d'excellents tableaux.

Jean-Érasme épousa, dans l'église du village de Perck, Cornélie Teniers, fille de David Teniers et de sa première femme Cornélie Breugliel. C'est un fait remarquable dans l'histoire des peintres anversois que leurs familles se marient presque constamment entre elles, de manière à former en quelque sorte une caste artistique au milieu de la caste marchande. Jeune encore, Quellin voyagea en Italie, et fui employé à de grands ouvrages à Rome, à Venise, à Naples et à Florence. Les vastes compositions de Paul Véronèse frappèrent surtout son imagination et il eut l'ambition de les égaler. Les essais qu'il tenta dans ce genre, à son retour en Belgique, appelèrent sur lui l'attention : il reçut bientôt de nombreuses commandes. Toutes les villes, dit Descamps, s'empressèrent d'avoir de lui des tableaux pour la décoration de leurs églises. Il travailla pendant seize ans à l'abbaye de S'-Michel d'Anvers, et y peignit entre autres tableaux ceux qui représentent les martyrs de Gorcum et la piscine de Bethsaïde, qui se trouvent aujourd'hui au Musée d'Anvers. Ce dernier est un des plus grands qui aient été exécutés en Belgique et on le regarde comme son chef-d'œuvre. On voit encore à l'abbaye de Tongerloo deux grands tableaux dont ce maître avait décoré le réfectoire.

Pour abréger cette énumération déjà si longue, et qui exigerait pour être complétée un ouvrage spécial, nous choisirons encore quelques noms moins connus, quoiqu'ils appartiennent à des maîtres excellents :

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François r.oiibau, né en \i.)±2, donl on voit à réglise S'-Jaciincs un Clnisl mort qu'on prendrait pour un Van Dyck; les paysagistes Josse (le Moniper (1559 - 1G54) et Jean Wildens (4586 - 1655) ; le peintre et graveur Paul Bril (1556 - \(}^iô); le peintre de fruits et de natuie morte, Adrien Van Utreclit (1599- 1652); Pierre VanMol (1599-1650); Jean Cossiers (1605- 1660); Gérard Zeegers (1591 - 1651); Théodore Rombouts (1597- 1657) et tant d'autres, dont la nomenclature seule remplirait plusieurs pages. Venise au temps du Titien, Home au temps de Michel-Ange, ne renfermaient pas un aussi grand nombre d'artistes cprAnvers au temps de Rubens.

La seconde moitié du XVll'' siècle vit commencer la décadence de cette brillante école. Il y a une date fatale, celle du traité de Munster, 1648, dont l'influence désastreuse se fit sentir dans les arts comme dans la politique et le commerce. La vie s'éteignit partout ; avec la fermeture de l'Escaut, tout mouvement s'arrête, dans le monde des idées comme dans le monde des affaires. D'ailleurs les sources mômes du luxe étaient taries et les beaux-arts sont un luxe.

Au XVII^ siècle, la Belgique sommeille. A son réveil, nous verrons quelques hommes d'élite ressaisir les traditions oubliées de l'époque de Rubens, pour jeter les fondements de l'école moderne.

Les autres arts plastiques, la sculpture, l'architecture et la gravure avaient marché à Anvers de pair avec la peinture.

L'église de Notre-Dame, dont les premiers architectes nous sont inconnus, est là pour attester le génie et le talent de nos architectes du XIV'^ siècle. Au XV"-' Jean Api)elmans conduit les travaux de la grande tour, aussi loin qu'elle a conservé le style du plan primitif. L'architecture ogivale de la décadence vit surgir Herman de Waghemakere, le Vieux, ses fils Dominique et Herman, le Jeune, et Thierry de Coffermaker, que nous avons vu diriger les travaux de Notre-Dame, deS'-Jacques et de la Bourse ; Pierre Colkies, qui bâtit à Louvain, en 1505, cette Ixîllt' (^harhvuse donl Juste Lii)se ne pouvait assez admirer les cloîtres; Henri de Pas, qui dressa les plans dr l'ancienne Bourse de Londres,

OOi lîlSTdlIlE 1)1-: LA VILLE D'ANVEHS.

bâtie en i^6C^ par un autre Anversois du norn d'Henderikx. L'archileclure de la Renaissance produisit Corneille De Vriendt, l'auteur des plans de l'Hôtel de Ville et de la Maison Hanséatique. Au siècle de Kuhens, quelques peintres cumulent les fonctions d'architecte. De ce nombre furent l'illustre Pierre-Paul lui-même, et Balthasar Gerbier, que le roi d'Angleterre Charles I*^"" attira à Londres, oii il devint intendant général des bâtiments royaux (1595 - 1676). Les plans de l'église des Jésuites furent longtemps attribués à Rubens; nous aimons mieux en laisser la responsabilité au Jésuite bruxellois François Aiguillon, cardans les lignes sans grandeur de ce monument trop vanté, nous nous refusons à reconnaître la main d'un homme de génie ; mais Rubens fut l'architecte de son propre hôtel, aujourd'hui méconnaissable, et la tradition lui attribue aussi le dessin d'un charmant petit hôtel, situé rue de l'Empereur. (') La porte monumentale de l'Escaut, construite en 1624, le fut aussi sur les plans de Rubens. Le bel hôtel contigu au Palais, Place de Meir, {^) fut bâti, dit-on, par Abraham Janssens, qui l'habita.

Moins nombreux que les peintres, les sculpteurs anversois ont soutenu au XVP et au XVIP siècle, ainsi qu'ils le font aujourd'hui, la renommée artistique de leur cité. Ils formaient une corporation qui était réunie dès l'an 1434 avec celle des peintres, dans la confrérie de S^-Luc. Le XV*^ siècle ne nous fait connaître que des noms obscurs d'artistes travaillant pour les églises. Nous distinguerons parmi eux celui de Barthélémy Van Raephorst, qui jouit de la faveur des ducs de Bourgogne. Toutefois nous ne connaissons de lui aucun ouvrage. Les premiers noms marquants sont ceux de lillustre famille artistique des Quellin ; leur chef, Érasme, le Vieux, était venu à Anvers du pays wallon, probablement de Liège comme semble l'indiquer l'inscription

(I) r/était la denieure du boiugniestie Hocko('k.x : les belles sculptures de la porte d'entrée ^(iiit d'Artus Uuelliu. Cet hôtel appartient aujourd'hui à M'"*' X" Pauwels et porte le u" IL

ii) M liùtcl, apparteuaul à M. Edmond Legrelle, pnrie le u" -18.

r.llAlMTKK \1N(.T-1U ITIEMK. 005

(le son nom au nombre des consnlieurs des Liégeois de la Sodalité de la Vierge Marie, dressée entre les Wallons en ceste ville d'Anvers le premier de niay KîlO. Ses descendanls ont généralement latinisé leur nom et signé Quelliniis. Son fds Artus, le Vieux, frère du peintre Jean-Érasme, naquit en 1609 et fut élève de son père ; il alla ensuite à Rome, où il se perfectionna dans l'atelier de François Duquesnoy. Sa réputation s'établit promptcment. La régence d'Amsterdam le chargea de l'exécution des nombreuses statues, cariatides et bas-reliefs de marbre et de bronze, qui décorent, à l'intérieur et à l'extérieur, l'Hôtel de Ville de cette capitale. Ces admirables productions lui valurent le titre de Statuaire de h\ ville d'Amsterdam. Plusieurs églises d'Anvers ont conservé de ses ouvrages et l'on voit de lui, au Musée, une statue en chêne de St.-Sébastien, qui est un chef-d'œuvre. Son neveu et son élève, Artus Quellin, le Jeune, ne lui fut pas inférieur. Parmi les nombreuses sculptures dont il décora les églises d'Anvers nous ne citerons que la belle statue de St-Jacques, en marbre blanc, qui décore le maître-autel de l'église de ce nom, et au Musée, le buste de don Louis de Benavidès, marquis de Caracena. Les deux Pierre Verbruggen , Louis Willemsens (163Ô - 1702), les deux André, les deux Jean et Robert Collyns de Noie, Guillaume Kerricx (16o2 - 1719), Gérard Van Opstal (lo97 - 1663), Jean Millich, sculpteur et architecte, né vers 1609, Mathieu Van Beveren, Sébastien et René Michel Slodts, Jean Cardon, Sébastien de Neve, etc. ont joui de leur temps d'une grande réputation et rempli de leurs œuvres nos belles églises, que les ravages des iconoclastes avaient dénudées. C'est surtout aux ouvrages de sculpture que les excès de ces vandales avaient été funestes.

Nous avons déjà cité comme un sculpteur éminent Jacques Jonghclincx, l'auteur de la fameus'e statue du duc d'Albe, que la vengeance populaire renversa dans la journée du 24 août 1577. Les débris de cette statue avalent été conservés. En 1635 les bourgmestres Robert Tucher et Jean Roose les remirent au sculpteur Jean Coulhals, de

Malines, qui en lit un crucifix qu'on éleva sur la Place de Meir, où il resta jusqu'à la seconde invasion française. La croix fut alors abattue et vendue, le 28 décembre 1797. Plus tard le propriétaire en fit don à la Cathédrale, où elle se trouve placée au-dessus de la grande porte d'entrée.

Parallèlement à sa célèbre école de peinture se développa à Anvers une école de gravure qui en reproduisait les chefs-d'œuvres par le burin, et illustrait les nombreuses éditions des imprimeurs anversois. La gravure et l'imprimerie sont des arts jumeaux dont le véritable berceau n'est pas encore fixé d'une manière certaine. Sans vouloir disputer à Mayence son Guttemberg, à Haarlem son Laurens Gosier, Anvers pourrait peut-être avec quelque chance de succès revendiquer l'honneur d'une invention dont celle de Guttemberg ne fut qu'une a|)plication ingénieuse, c'est-à-dire la gravure sur bois.

L'histoire des origines de l'imprimerie offre deux périodes bien distinctes, la période tabellaire et la période typographique; l'impression en caractères fixes, taillés sur planches de bois, et l'imprimerie en caractères mobiles.

La première de ces deux inventions se confond avec celle des images gravées sur bois et, selon la plupart des iconophiles, elle a vu le jour dans les Pays-Bas. La plus ancienne estampe datée, la célèbre gravure de 4418 de la bibliothèque royale de Bruxelles, gravure dont on s'est efforcé en vain de contester l'authenticité, a été trouvée à Malines et n'y doit pas avoir été portée de fort loin. Dans les qualre coins se trouvent des banderolles portant des inscriptions flamandes.

Rapprochée de la Vierge, récemment découverte à Berlin, et qui porte aussi des inscriptions flamandes, elle acquiert une valeur nouvelle. Or, M. de Burbure a découvert dans les archives d'Anvers quatre actes authentiques constatant l'existence à Anvers, en 1417, d'un graveur-imprimeur (printer). Par un de ces actes, du 5 août 1417, Jan de Printere reconnaît devoir une certaine somme à Guillaume Tserneels, parcheminier {pnikementmakere), vsans doute pour le par-

(:I1A1MT1\E VlNGT-liriTlKMK. 607

clieniin à lui livre i)Oiir ses impressions. (') Pourquoi la i^ravure trouvée à Malines ne serait-elle pas de ce Jan de Printere, ou d'un autre graveur anversois, car il n'était sans doute pas le seul qui habitât notre ville à cette époque.

Avant cette découverte, la plus ancienne mention relative à l'imprimerie tabellaire qu'on eût rencontrée en Belgique, appartenait à l'année 144:2 : elle se trouve dans l'acte de réorganisation de la Gilde de S»-Luc, daté du 22 juillet de cette année. Les prenters y sont nommés, comme faisant partie de la corporation, après les enlumineurs (verlichters) et à la suite des peintres {schilders), des sculpteurs en bois {Iwutenbeeldsnyders), des sculpteurs en pierre (metsdnjsnxjders) et des vitriers [gelaesmaekers).

Hors d'Anvers, la plus ancienne mention d'un imprimeur est celle d'un Jan de Printere, qui vivait à Bruges en 1457 et dont M. Scoul'ion, archiviste de cette ville, a le premier signalé l'existence.

Ainsi, quarante ans avant qu'il soit question d'imprimeurs à Bruges, leur existence à Anvers est attestée par des actes authentiques, et quinze ans auparavant ils y sont déjà constitués en corps de métier : qui donc trouvera qu'il y ait de la présomption à revendiquer pour Anvers l'honneur d'avoir été le berceau de l'imprimerie tabellaire?

De la gravure sur bois à l'imprimerie tabellaire, il n'y avait qu'un pas. Les gravures étaient presque toujours accompagnées d'inscriptions gravées sur la même planche. Or, quand on pouvait graver deux lignes on pouvait en graver vingt, et vingt lignes font une page. Quand on avait la page on avait le livre. Telle était l'imprimerie tabellaire ou xylographie. Il en résulte que le premier tailleur d'images a été en réalité le ])remier imprimeur.

Il est fait mention de livres imprimés à Anvers par ce procédé, dès l'an 1446. Willems cite, d'après un ancien manuscrit, un bréviaire

il) Lettre de M. le chevalier Léon de Burbiire, rommiiniquée à la classe des Beaux-Art^ de r Académie royale de Belgique, par M. Alvin.

()08 lllSTOlî'.K l)K l.A VIl.M': irANVKI'.S.

{breviarium cortracensi) imprimé cette année à Anvers par un coiirtraisien nommé Jean Latins, à l'enseigne de la Taupe, rue des Brasseries. Van Lom, dans sa description de la ville de Lierre, parle aussi d'un vieux bréviaire imprimé à Anvers en l'an 1448.

De la planche mobile à la lettre mobile il n'y avait aussi qu'un pas. C'est à Mayence qu'il fut franchi, vers 1450. Pendant vingt ans, notre pays continua à s'en tenir à l'imprimerie xylographique, et quand parut le premier livre imprimé en caractères mobiles, ce fut celui d'un imprimeur anversois, Mathys Van der Gocs. Alost a élevé une statue à Thierry Maertens pour avoir introduit la typographie en Belgique par l'impression, dans cette ville, en 1473, du spéculum couvevsionis peccatorum. Le livre de Van der Goes lui est antérieur d'un an; il a pour titre : Met boeck van Tondalus Visioeu, glieprent VAutwerpen M mi Mathis Vcm der Goes 147:2.

On a essayé d'attaquer l'authenticité de cette date ; le grand argument c'est que le premier ouvrage imprimé après celui-là par Mathys Van der Goes porte le millésime 1482; donc la date de 1472 est une faute d'impression: c'est 1482 qu'il faut lire. ]\ous ne comprenons pas très-bien la force de cet argument ; d'abord on pourrait tout aussi bien dire que la date du livre imprimé à Alost est une faute d'impression; ce ne serait rien dire du tout. Ensuite, que Mathys Van der Goes ait mis dix ans d'intervalle entre son premier livre et le second, cela ne met pas le premier à néant. Cet intervalle, d'ailleurs, n'est pas bien prouvé, car plusieurs éditions de Mathys Van der Goes ne portent point de date ; qui dira qu'elles n'ont pas été im[)rimées entre les années 1472 et 1482 ?(i)

Dans l'espoir, peut-être, d'ouvrir à ses livres un plus vaste débouché, Thierry Maertens vint établir, en 1476, une imprimerie à Anvers. De

(1) M. P. Génard, dans ses Grandes familles artistiques cV Anvers, a fait connaitie la famille des Van der Goes, et nous semble avoir réfuté toutes les objections qu'on avait élevées contre l'authenticité de cette date de 1472.

ciiaimthe vixr.i-iii itikmI':. cod

i»ran(losol)sciirités enveloppent riiisloire de cet établissement. Le premier livre qu'il y imprima : Jlodulphi aqrkoJœ opuscula, porle la date du !2 mai 1470. La même année il Ht paraître encon; le Sumuui experimentonim. sive thesaunis paupenun. A\iYH ees deux pnhiieations ses presses s'arrêtent; il ne reparaît qu'en 1495.

Pendant l'absence de Tbierry Macrtens, un autre imprimeur s\!iail établi à Anvers, Gérard Leeu qui avait introduit l'imprimerie à T.and vers 1477. II arriva à Anvers en 1484, et commence la brillante série des imprimeurs-artistes (Iwnstdnd'ers) qui illustrèrent la typographie anversoise au XVP siècle. C'est dans les splcndidcs éditions de Gérard Leeu, ornées de nombreuses planches gravées, qu'il faut chercher l'histoire de la gravure sur bois. De 1484 à 1493 ses presses produisirent plus de cent ouvrages divers. Il demeurait à l'enseigne de S^-xMarc, près des galeries de Notre-Dame.

L'atelier de Gérard Leeu fut repris, à ce qu'il paraît, par Adiien * Liesveld. Les autres imprimeurs du XV*^ siècle sont : Godefroid Back, Eckert Van Stambosch, Jan Van Doesbosch, Michel Van Hoogsiraten, Roland Van den Dorpe, connu \rdYV Aller excellente chronylxe van Brahant, contenant beaucoup de gravures. Henri Van Rotterdam, Clans de Grave, qui n'ont produit rien de remarquable, ouvrent aussi le XVP siècle, qui fut l'ère de splendeur pour la typographie anversoise.

Les productions des graveurs sur bois du XV*= siècle ne sont guère que des objets de curiosité, estimés des collectionneurs comme les essais d'un art nouveau; mais les graveurs sur bois avaient donné naissance h l'imprimerie, et sous ce rapport on peut dire que jamais invention plus féconde n'avait signalé l'esprit humain.

La gravure sur cuivre, inventée par le florentin Marc Finiguerra en 1452, fut de bonne heure introduite en Belgique. Dès la fin du XV'' siècle plusieurs graveurs flamands cultivèrent cet art nouveau et au siècle suivant une foule d'Anversois prennent place parmi les maîtres les plus éminents de cette époque. Les graveurs sur bois et sur cuivre continuent d'être les auxiliaires des imprimeurs et répandent le goût

OlU IJISTOniK l)K LA VK.LK I)AXVKl;S.

(les livres illustrés. Avec leur aide, les imprimeries artistiques produisent ces magnifiques ouvrages devant lesquels la parcimonie moderne recule épouvantée. Nous citerons en ce genre les livres d'architecture de Vitruve, publiés à Anvers par Pierre Coeck, d'Alost ; les impressions de Gérard de Jode et de Liefrinck. Depuis le milieu du XVl' siècle jusqu'à la fin, les marchands d estampes et de livres illustrés sont innombrables. Anvers est peut-être alors le foyer le plus actif de l'imprimerie et de la gravure de l'Europe entière. C'est alors que les ateliers des Jérôme Kock, des de Jode, des Huybrechts, des Wiericx, d'Adrien Collaert, des Galle, des Devrient, des Sadeler, publient cette multitude de livres pour lesquels travaillaient Frans Floris, Martin de Vos, Vredeman, Devriese, Jérôme Bosch, Van der Borcht, Crispin Van den Broeck, Hcemskerk, Stradanus, etc. Tout ce que notre pays compte de graveurs a travaillé pour les imprimeurs anversois. Golljens y publiait ses portraits des empereurs, depuis Jides-César; Hagenberg, sa magnifique pompe funèbre de Charles-Quint ; Pierre Cock, l'entrée de Philippe II à Anvers en 1549. — Il faudrait un volume pour dresser la bibliographie de tous les livres historiés publiés à Anvers pendant le XVP siècle, (i)

C'est surtout en substituant les planches en cuivre ou la gravure en taille douce, aux planches en bois pour l'illustration des livres, que l'imprimerie anversoise obtint un immense succès. Anvers est la première qui opéra cette substitution sur une grande échelle. Un de ses artistes, Gabriel Tavernier, eut l'honneur d'introduire la tailledouce en France. Il s'était établi en io73 à Paris et avait obtenu du Roi le titre de graveur et imprimeur en taille-douce de S. M.

Une spécialité de l'imprimerie anversoise au XVI'' siècle étaient les atlas de géographie. Le Théâtre du monde, d'Abraham Ortelius, publié en 1570, chez Fgide Coppens, de Diest (Egidius Coppensiiis

(1) Nous devons beaucoup de ces délails aux ol)liT:eantes communications qui nous ont été faites par le savant bibliophile M. Gli. Ruolens, do la bibliotlièquo royale de liruxellos.

CIIMMIIIK VINr.T-miTlKMK. 01 I

Diesth) el VAtlas de (iérard Mercalor, soiil les prcuiieis l'i les i>liis célèbres recueils de earles de géographie i)ubliés depuis rimeiilioii de rimprinierie. Les livres de hotauique, enrichis de gravures, elles livres de musique formaient d'autres spécialités.

Cette grande elVusion de lumières produite par les imprimeurs anversois devait porter ombrage à l'inquisition espagnole, sous les règnes néfastes de Charles-Quint et de Philippe II. Aussi en avonsnous vu plusieurs en butte aux persécutions ; Jacques van Liesvelt lut décapité en J542; Frans Fraet en 1558 ; en 1567 Gilles Van Diest fut persécuté et l'illustre Plantin fut soupçonné d'avoir imprimé des livres hérétiques et des écrits séditieux ; à plusieurs reprises sa maison fut fouillée et ses livres saisis. C'était pourtant un bon Catholique et un homme avisé; mais dans ces temps mauvais nul n'était à l'abri du soupçon. Christophe Plantin est le Rubens des imprimeurs anversois; la gloire de toute une génération s'est absorbée dans son nom. Né à Montlouis en 4514, il vint s'établir à Anvers après avoir fait son tour de France comme compagnon imprimeur. Il acquit le droit de bourgeoisie anversoise et fonda une imprimerie dont la renommée allait éclipser tontes les autres. Le premier livre qu'il lit paraître porte la date de 1555; Vlnstitiition d'une fille de noble maison, en italien et en français, avec une préface signée de lui.

Devenu riche en peu d'années, il lit le plus noble usage de sa forlune. Sa maison, comme celle des Aides, à Venise, et des Estiennes, à Paris, fut ouverte à tous les savants. 11 honorait le talent, consolait et secourait le malheur et cherchait à s'attacher les hommes de mérite par les avantages solides qu'il leur proposait. En ce temps là les correcteurs étaient des gens de lettres et des savants dans toute la force du mot; ceux de Plantin primeraient aujourd'hui beaucoup d'académiciens; il suffit, en eftét. de nommer Corneille Van Kiel ou Kilianus, Théodore Pulman, Victor Giselin et François Ha|)licling, qui devint ])lus tard le gendie de son ])atroii.

La plus célèbre des ('dilions de Piaiiiiii csl sa bible pol\glo(le, coin-

(Ih2 !ilSTUI!;t: DK I.A Vli.LE D'ANVKKS.

iiiencée en 1569 et terminée en 157:2. Les temps étaient difliciles et cette entreprise gigantesque, poursuivie au milieu des troubles civils et de la crise de l'industrie et du commerce, aurait complètement ruiné Plantin sans l'ordre qu'il avait maintenu dans ses affaires, sans sa persévérance et sa fermeté. Lorsque, quatre ans plus tard, le célèbre de Thou visita Varchitypograpliie Plantviienne, titre consacré par un diplôme de Pbilippe II, en l'année 1571, il y vit encore dix-sept presses roulantes. (')

Ce qui contribua surtout à accroître la fortune de Plantin et de ses descendants, ce fut le privilège exclusif de vendre des missels et autres livres d'église dans tous les pays soumis à la monarchie espagnole.

Une correction scrupuleuse, une élégance grave et solide, distinguent toutes les impressions de Plantin, dont les catalogues sont mis au rang des curiosités typographiques.

Plantin avait épousé Jeanne de la Rivière, dont il n'eut (pi'un seul Itls, qui mourut à peine âgé de douze ans; mais il lui resta (rois lilles. L'aînée, mariée à François Kapheling, obtint pour sa part la maison qu'il avait fondée à Leyde ; la seconde, Marguerite, unie à Jean Moretus ou Mocrentorf, hérita de la maison d'Anvers; et la troisième, Madeleine, femme de Gilles Beys, continua la maison fondée à Paris. L'avantage resta à la maison d'Anvers. Après la mort de Plantin, arl'ivée le l*^'^ juin 1589, son gendre, Jean Moretus, et son petit-lils, Balthasar Moretus, soutinrent avec éclat la renommée de l'imprimerie Plantinienne. Les Moretus admis dans les rangs de la noblesse, ont conservé à leur blason, forgé dans l'atelier d'un artisan, la noble devise de Plantin : Labore et Constantia.

La fermeture de l'Escaut amena la décadence de l'imprimerie comme de tout le reste. La grande imprimerie plantinienne continua de fonctionner; mais elle devint presqu'exclusivement ecclésiastique.

(I) Le hiirnu i)K liKii FKNr.HHC, Ringiapliio rio Ciui?f(^|ilio Plan lui il.iii-- la Hidumplw imliniKilc .

cii.viuTi;!-: vixr.T-iiiiTiKM!:. gi:{

Imlépeiulaniuiciit cUi secours qu'il fournil à l'iiiii)i'iinerie, l'art de la i^ravure fui eu grand honneur à Anvers, tant que se mainlint la grande école de peinture. Parmi les graveurs les plus célèbres nés dans nos nuirs ou qui vinrent s'y établir, îious citerons Abraham De Bruyn, Adrien Collaert, Théodore et Corneille Galle, Van Schuppen et Gilles Sadeler, qu'on surnomma le Phénix de la gravure.

L'inlluence de Rubens se fit sentir sur la gravure comme sur tous les autres arts. Le grand peintre y excellait lui-môme et il prit plaisir à diriger de nombreux disciples. « Ils travaillèrent sous ses yeux, dit M. Alfred Michiels, d'après ses conseils ; leur style prit donc peu-à-peu toutes les qualités du sien. Ils transportèrent sur le cuivre et le bois sa fougue, sa richesse de tons, sa vigueur, son audace; ils reproduisirent ses belles pages avec une adresse merveilleuse. Une foule d'artistes suivirent leur méthode, sans avoir étudié près de leur chef et se piquèrent d'émulation. Pierre-Paul a eu, pour immortaliser ses travaux, une pareille phalange d'interprètes. (•) »

Le plus habile de ces interprètes de Rubens est Lucas Vosterman, le Vieux, né à Bommel, en Hollande, en 1578. D'abord apprenti peintre dans l'atelier de Rubens, le grand homme lui conseilla de laisser le pinceau pour le burin ; il avait remarqué sans doute que son élève montrait plus d'aptitude pour le dessin que pour la couleur. De brillants résultats justifièrent l'avis du maître. Lucas Vosterman devint le plus célèbre graveur de son temps. Les quatorze planches qu'il exécuta d'après les tableaux de Rubens sont comptées parmi les meilleures productions de son art.

11 forma deux élèves dignes de lui : Lucas Vosterman, le Jeune, son (ils, et Pierre du Pont ou Pontius. Citons encore Martin Van der Goes et Nicolas Pitau; Jean-Baptiste et Corneille de Wael, Jacques De Bie, Corneille Schut et Jacques Jordaens, les célèbres peintres; Henri Snayers; Guillaume Panneels, élève de Rubens, Jacques Fouquières,

!|) linl»'iis cl l'ccnlv d'Anvers, \y,u Wïu'A .Mii'liiuls, p. Tud.

ou

lilSTOlUE DE LA VILLE D'ANVEI'.S.

élève de Breugliel de Velours; Pierre Clowet et Albert, son nevcui ; Pierre de Jode, le Jeune, élève de son père; Arnould de Jode, son (ils ; Jean Érasme Quellin et Théodore Van Thulden, peintres et graveurs; les trois Galle ; les deux frères Bolswert, nés en Frise et établis à Anvers, qui ont laissé d'admirables planches d'après Rubens; Corneille Vermeulen; Guillaume de Leeuw; Jean Wildoeck; Quirin Boel; Rombaut Eynhoedts, et enfin, le plus renommé des graveurs anversois, Gérard Edelinck, élève de Corneille Galle, le Jeune.

L'époque où vécut Edelinck, de 1627 à 1707, prouve que la gravure avait échappé à la décadence générale qui entraîna les autres arts après le traité de Munster. Il passa la plus grande partie de sa vie à Paris, où il jouit de la protection deColbert et de la faveur de Louis XIV. Il reçut une pension, le titre de graveur du cabinet du Roi et un logement aux Gobelins. En 1677, il fut nommé membre et conseiller de l'Académie de peinture et de gravure, et le Roi le décora de l'ordre de S'-Michel. L'opinion publique l'avait placé à la tète des graveurs de l'école française. Cette école était alors la première du monde, et c'était un Anversois, formé dans son art dans sa ville natale et par un maître anversois, qui en était le chef. Il prouvait par son exemple que, si une cause fatale entraînait dans sa patrie les Beaux-Arts vers la décadence, ce n'était pas du moins parce que les hommes leur faisaient défaut.

Enfin, pour qu'il ne manquât aucun llcuron à la couronne artistique de notre cité, l'art musical eut aussi à Anvers d'importantes obligations. Les chanoines de Notre-Dame avaient organisé un chœur de musique qui fut le berceau, non seulement de l'école de musique belge, mais encore de celles de toute l'Europe. « C'est une vérité reconnue et établie par tous les historiens de la musique, dit M. F. Fétis, que, dès la fin du XV^ siècle, quelques célèbres musiciens belges ont été les maîtres qui instruisirent les autres nations dans leur art; et que dans tout le cours du XVP, leurs compatriotes ont brillé en Italie, en France et en Allemagne, et y ont occupe les positions de maîtres de chapelle des papes, des emi)creurs et des rois. Mais où s'étaient formés

CIIAPITHK \ l.N(Vr-.||llTlEMlv CI -,

(Ts premiers artistes niciUioniiés par l'histoire? C'est ce qu'on ignorait. » Les découvertes laites dans les archives de la Cathédrale par M. Léon de Burhure ont dissipé tous les doutes à cet égard. « Là existait dès le Xlir siècle un chœur de musique bien organisé, une maîtrise où des enfants de chœur étaient instruits et entretenus aux frais du chapitre, et enfin un maître qui dirigeait leur éducation ainsi que la musique du chœur. Dès 1435 nous connaissons le nom du maître qui remplissait ces fonctions et qui resta en possession de sa place pendant cinquante-sept ans, c'est-à-dire jusqu'en i49i2. Or, ce maître devait être un homme de grande valeur dans son art, car il avait sous sa direction, dans un chœur qui ne comptait pas moins de soixante-dixsept chanteurs, tous les grands musiciens du XV<^ siècle, parmi lesquels nous trouvons les noms de Jean Ockeghem, de Jacques Obi^echt, de Cockx, de Jean et de Gérard de Turnhout, de Ducis et de beaucoup d'autres. (') »

« Jacques Barbiriau, qui enseignait déjà à la maîtrise de cette église en 1436, et fut nommé définitivement maître des enfants de chœur en 1448, avait eu pour élève Jean Ockeghem et beaucoup d'autres musiciens belges. Plus tard, Ockeghem, admis comme chantre du chœur de gauche (les chantres de l'église de Notre-Dame étaient divJsés en deux chœurs : celui de droite était composé de vingt-six voix, celui de gauche, de vingt-cinq) commença à recevoir des jetons de présence à la S^-Jean de l'an 1443; il se relira l'année suivante pour aller en France fonder l'école célèbre d'où sont sortis Guillaume Crespel, Josquin Deprés, Antoine Brumel, Pierre de La Rue, Louis Compère, Alexandre Agricola, Gaspard Van Veerbeke, Verbonet et Prioris.

» Après le départ de ce grand maître, Barbiriau continua d'enseigner jusqu'en 1488 et forma plusieurs grands musiciens qui s'illustrèrent dans la suite. Obligé de se retirer alors, à cause de son grand âge, quoiqu'il n'ait cessé de vivre que le 8 août 1491, il eut pour successeur,

(1) F. FÉTTS. Bulletin de l'Académie roijale dp BrUjiqne, fom. .18, p. ^Ifi.

filO lilSTOllU': l)K LA VILLE D'ANVKI;S.

dans la place de maître des enfants de chœur, Jacques Obreclit, grand artiste qui, après avoir dirige le chfpur de la cathédrale d'Ulrecht depuis 1467, abandonna cette position pour venir continuer la tradition d'un savant enseignement, jusqu'en 1504 : il mourut deux ans après. Plus ancien que Josquin Deprés d'environ quinze à vingt ans, Obrechî fut l'homme le plus habile de son temps dans l'art d'écrire avec élégance et correction, (i) »

Des communications que nous devons à l'obligeance de M. Léon de Burbure, nous permettent de compléter ces renseignements.

Par une bulle du 1" décembre 1410, le pape Jean XXHl, à la demande du duc Antoine de Bourgogne, du doyen et du chapitre de l'église Notre-Dame, affecta douze chapellenies à l'entretien d'un corps de chanteurs. En 1421, le chapitre achète une maison, située au Marché au Lait, affectée au logement des maîtres de musique et des choraux.

Au XV*^ siècle on trouve inscrit comme chantre dans les registres de l'église, plus d'un nom célèbre tels que : Égide Cartier (1449), Corneille Canis(1465), Jean Pilloy (1477), Jacotin (1479), Hans Sachs, que nous croyons être le célèbre poète allemand, Ant. de Viae et Olivier de la Marche (l'historien?) (1485).

Hubert Waelrant, né à Anvers en 1517, fesait partie de l'école de musique de la Cathédrale en 1544, et peut être considéré comme le réformateur de l'art musical. Il augmenta le diapason et compléta la gamme qui, dans ce temps là, ne se composait que de six notes. Ses ouvrages furent publiés à Anvers, à Venise et à Louvain. Il mourut dans sa ville natale en 1595 et fut enterré à Notre-Dame.

La musique a de tout temps été considérée comme un art inoffensif dont les tyrans les plus cruels n'ont jamais pris ombrage. Elle eut pourtant son martyr dans un musicien anversois ; laissons parler M. Éd. Fétis :

(1) Le même. Conimiinicalion failo à h classe des Beaux-Arls de IWeadémie royale Belgique, lians la séance du 7 ft'viier 18G1.

r.iiAiMTHK viNcr-iinriKMK. ci-;

« Nous trouvons en lielj^ique, vers la lin du XVI'" siècle, plusieurs musiciens de niérilc que l'anibilion n'avait pas entraînes loin de leur patrie et qui, satisfaits d'une existence modeste, demeuraient attachés au sol natal. Parmi eux se présente en première ligne Laurent De Vos, né à Anvers en 4555, et père de Martin De Vos, le peintre célèbre. (') Laurent De Vos eut une de ces (ins funestes que rencontrent l)arfois, en temps de révolution, les hommes lancés dans les hasards de la carrière politique, mais auxquels ne sont que bien rarement exposés les artistes. Il était attaché, en qualité de compositeur, à la chapelle de la cathédrale d'Anvers, lorsqu'il fut mandé à Cambrai par l'archevêque Louis Berlaimont, pour instruire et diriger les enfants de chœur de son église. Par attachement pour ce prélat, qu'il considérait comme un prolecteur, De Vos conçut le plan d'un morceau bizarre dans lequel il mêla, sous la forme de récits et de chœurs, des versets de différents psaumes, arrangés de telle façon, que l'histoire des troubles du temps y était retracée. Il était facile d'y saisir des allusions à l'usurpation d'Inchy, aux regrets laissés par l'archevêque et à l'espoir fondé sur l'intervention du duc d'Alençon. Cette composition historicosatirique fut exécutée en pleine église, après les vêpres, un jour de grande fête. Inchy était au nombre des auditeurs. Il perça sans peine la transparence des allégories. Dans sa fureur, il fit arrêter à l'instant l'imprudent musicien. De Vos fut mis en prison. Sans recourir à d'autres formes judiciaires, Inchy voulut qu'on le pendît sans délai. Ce barbare décret fut mis à exécution et les bourgeois de Cambrai purent voir, avec douleur, un artiste estimé accroché à la potence comme un vil malfaiteur. C'est à la fin de 1580 qu'arriva ce triste événement. (2) »

Vers la même époque André Pevernage fit également ses études

(1) M. Éd. Fi'tis se trompe en ce point. Sun Laurent De Vos, né en 1533, ne peut être le père de Martin De Vos, lequel était déjà né en 1531. Le père de Martin De Vos s'appelait Pierre et était peintre comme lui.

(2) Éd. Fktis, MvHk-iena hclijea, tom. 1, p. 188-189.

018 IIISTOIHK DE LA VILLK D'ÂXYEI'.S.

dans la maîtrise de la calliédrale d'Anvers. Il établit plus lard des concerts périodiques dans lesquels il fit entendre non seulement ses compositions, mais encore celles des maîtres les plus renommés de la Belgique, de l'Italie et de la France. Anvers était un foyer d'activité artistique ; Pevernage eut beaucoup d'auditeurs et contribua à populariser le goût de la musique. On peut le considérer comme l'organisateur des premiers concerts donnés dans notre pays.

Le doyen du chapitre, Jean del Rio, fonda des bourses d'études pour ses parents et pour les musiciens-enfants de cliœur de l'église de Noire- Dame.

A côté des musiciens et des compositeurs d'élite on trouvait aussi à Anvers des fabricants d'instruments, et en premier lieu, des fadeurs de clavecins. En 1557 huit d'entre eux font la demande d'être admis dans la corporation de S^-Luc. Cette admission eut lieu le 28 mars de la même année. Parmi ceux qui font cette demande se trouve un facteur d'orgue : Jan (rOrgelmalxere.

Un célèbre facteur de clavecins, Jean Kuckers, a été loué par M. F. Fétis dans son Dictionnaire des Musiciens. On connaît quatre artistes de ce nom.

Les sciences et les lettres n'établissent pas d'ordinaire leur siège dans les villes de commerce. A aucune époque de son histoire cependant elles n'ont cessé d'être cultivées à Anvers, comme le prouveront les noms suivants :

Jean Van Boendale, dit de Clerc, né à Tervueren, vint se fixer à Anvers vers 1310 et devint Secrétaire de la ville. Ce fut probablement vers cette époque que, sur la demande de l'écoutête Guillaume Bornecolve, il écrivit sa chronique rimée: De Brabantsche Yeesten, manuscrit que le savant Willems a publié de nos jours. — Van Boendale fut chargé par la ville de plusieurs missions importantes et mourut en 1550.

Christophe Butkens, né à Anvers en 1590, abbé de S'-Sauveur, mort en 1650, historien et généalogiste très-eslimé. Auteur des Trophées du Duché de Brahanl.

niApiTUF viNivr-iiiiiiKMi-:. (im

J.-B. Grammaye, uô à Anvers en 1580, moil à Lubciîk. Il [)aroouriii piMulant trois ans los Pays-Bas, oonsullaiU partout les arcliivcs et les aiiiiquiles, mission rendue souvent dillicile par des vanités et des préicntions locales. — Il a publié plusieurs ouvrages, entre autres : Ifistoria Brabantka, Àntiquitates ducatus Brabantiœ.

Corneille Graplicus (en flamand De Schryucr), poète et philologue, né à Alost en 148:2, mort à Anvers en 1558. La régence d'Anvers lui accorda le droit de bourgeoisie et le nomma Grellier de la ville. Il inclina d'abord vers les doctrines de Luther, puis il se retracta et témoigna de son retour à l'orthodoxie romaine par un poëme contre les Anabaptistes.

Emmanuel Van Meteren, né en 1535, mort en 1612. Obligé de s'expatrier, ce fut à Londres qu'il écrivit son Histoire des troubles des Pays-Bas, un des meilleurs ouvrages sur cette époque mémorable.

Sanderus, né en 1586, mort en 1664, publia différents ouvrages précieux pour l'iconographie de l'art monumental en Belgique. Entre autres : Flandria illustrata, 2 vol. in-fol. et Cliorograpliiœ sacrœ Brabaîitiœ, 3 vol. in-fol.

Alexandre Grapheus, fils de Corneille, vivait dans la seconde moitié du XVI" siècle et fut, comme son père, Secrétaire de la ville d'Anvers.

Gevaerts ou Gevartius, littérateur et jurisconsulte, né à Anvers en 1595, mort en 1666, devint Seci^étaire de la ville et fut notîimé Conseiller d'État et historiographe par Ferdinand III.

Antoine Anselmo, né vers la fin du XVP siècle, mort en 1668, fut Échevin de la ville et laissa plusieurs ouvrages de droit public.

Slockmans, jurisconsulte distingué, né en 1608, mort en 1671.

Van Valckenisse, né en 1630, Secrétaire-Conseiller de la ville d'Anvers. Ses travaux historiques et généalogiques sur la ville et les familles anversoises, lui ont assigné uni* i)lacc distinguée |)armi les savants du XV ir- siècle

Le Jésuite Papebroch, nuleui des A iniales Aiilvci pieuses^ collaborateur do Boll.uKlus aux Acia scnutorum.

620 IIISTOIIIK DE LA VILLE D'ANVEKS.

Les sciences iialurelJes comptèrent des représentants distini-ués au XVI" et XVl^ siècles. Les médecins Jean Ferreulx, Michel Baiidewyns, Lazarus Marquis, tracèrent la voie à la science médicale de nos jours. Ils publièrent des instructions populaires en flamand, dans le but de débarrasser le peuple des empiriques et des ingrédients auxquels les croyances populaires du moyen-àge attribuaient des vertus spéciliques et miraculeuses. Le pharmacien Pierre Coudenbergii lit connaître, les propriétés des plantes exotiques médicinales, et introduisit leur culture à Anvers, près d'un siècle avant qu'elles furent connues du reste de l'Europe. On lui élève en ce moment une statue.

Un mathématicien célèbre, Jean délia Faille, mort en 1652, exposa la théorie du centre de gravité, avant Paul Gulden auquel on l'a attribué à tort. André Tacquct publia un manuel sur l'algèbre, qui, durant les XVI'' et XVII" siècles, eut dilTérentes éditions en Belgique, à Amsterdam et môme à Naples.

Abraham Ortelius, né à Anvers le 2 avril 1527, fut le Ptolémée du XVL' siècle. Son Théâtre du monde, dit M. de Macedo, est un monument précieux pour l'histoire de la géographie : il a été la base de tous les travaux géographiques entrepris depuis. Ce savant illustre, par lequel nous clorons cette liste, mériterait au moins autant que Coudenberg, qu'on lui érigeât un monument. Une dalle funéraire à demie elfacée, dans le pourtour du chœur de Notre-Dame, voilà tout ce qui rat)pelle son nom aux Anversois.

AUUAHAMO ÔRTKLIO.

AMWBRIMANO,

GEOGUAPHO RKC.IO,

FIIATRI r.ARISSlMO

ANNA ORTELIA CELEUS

c.i'i-ir.!. H. i\i. F. ci:i i) xr.vni

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