CHAPITRE DlXlLiiMK, Khi
L'immense quantité de laines que, pour ses propres besoins, il fît vendre sur le marché d'Anvei's, eut pour résultat d'amener à profusion et à des prix fort avantageux celle matière première de la principale de nos industries. Ce fut Tépoque où dans tout le Brabant les fabriques de draps atteignirent à l'apogée de leur splendeur. Cette grande prospérité frappa Tesprit du monarque anglais. Il résolut de doter son pays des avantages que procurait à la Flandre et au Brabant la fabrication des draps et de convertir TAngleterre, pays agricole et commerçant, en un pays manufacturier. Il engagea des ouvriers belges, parmi lesquels on cite Jean Kempe, à passer dans son lie, et bientôt on vit s'élever à Norwich les premières manufactures. Le progrès en fut lent, les dissensions civiles l'entravèrent longtemps, et cependant, avant la fin du XIV" siècle, la Belgique ressentait déjà les efl'ets de cette concurrence.
Edouard quitta Anvers le 20 février 1540. Si les Anversois le virent partir à regret, à cause des profits qu'ils retiraient de son séjour et parce qu'il avait gagné leur aifeclion par son caractère loyal et chevaleresque, il n'en fut pas de même peut-être des habitants de la campagne, où la soldatesque anglaise ne se conduisit pas toujours de manière à se concilier leurs sympathies.
Malgré les preuves d'amitié personnelle échangées, durant ces deux ans, entre le roi d'Angleterre et le duc de Brabant, la coopération de ce dernier dans la colossale entreprise d'Edouard ne fut jamais ni bien franche, ni bien active. Il finit même par s'en retirer tout-à-fait, en évitant toutefois de compromettre les bonnes relations qui unissaient les deux pays. On le voit, au contraire, comme pour rassurer le commerce sur les conséquences de sa politique, prendre les marchands anglais sous sa protection spéciale(i).
Anvers doit citer, comme un titre de reconnaissance envers la
(i) Cliarlo flo 13H . dans le Corleœ dos Brabanlsrhe Ycesten do .T. De Klkrck,
\m HISTOIRE DE LA VILLE D'ANVERS.
mémoire de Jean ÏII, la charte du 26 novembre 1546, par laquelle tous les anciens privilèges de ses habitants, et en particulier les vieilles franchises de ses marchands, furent confirmés. Ces franchises constituaient un des pius précieux privilèges qu'une ville put posséder. Elles furent inscrites dans la heure et firent partie de son droit coutumier. On lit au titre XXXIX de la Coutume d'Anvers , deuxième paragraphe :
« Les marchands étrangers qui résident dans la ville d'Anvers , » ainsi que leur ménage, sont libres, et il leur est loisible de con- » tinuer à demeurer dans la ville, nonobstant qu'il survienne quel- » que guerre entre leur pays et le Duc ou les pays qui lui sont » soumis. Cependant, s'il plait au Duc, il peut leur interdire » le séjour de la ville, mais après cette défense faite de la part du » Duc, ils ont encore trois mois de temps pour partir librement » et en sûreté, avec leurs biens et leur famille, sans que, durant » ces trois mois, ils puissent être inquiétés, dans leurs personnes » ou dans leurs biens. »
Cette disposition si sage et si largement libérale ne dut pas peu contribuer à attirer et à fixer à Anvers les marchands étrangers. La sécurité en temps de guerre était la plus précieuse garantie que le commerce put souhaiter.
Il faut rapprocher de cette charte une autre du 26 septembre 1349, stipulant que toute personne demeurant à Anvers ou y arrivant, pouvait toujours exiger que justice lui fût rendue, les bourgeois selon le droit coutumier de la ville, les étrangers selon les lois de leur pays; et l'on devra reconnaître que ces dispositions, comme d'ailleurs toutes celles prises par Jean III en faveui' d'Anvers, portent la marque d'un esprit sage et d'une sollicitude éclairée pour les intérêts commerciaux. Ce prince fut sans contredit un de ceux qui s'acquirent le plus de titres à la reconnaissance des Anversois.