CHAPITRE DIXIEME. UiÀ
slaiicc pour rcclainer ce qiroii nommait la trèrc de Dieu, ce qui lut accordé. Mais au mépris de celte trêve, les Malinois, profitant du moment où ceux d'Anvers et de Lierre, se reposant sur la foi du traité, gardaient négligemment leur camp, vinrent fondre sur eux, les surprirent à l'improvisle et en firent un grand carnage. Le Duc, qui était posté de l'autre côté de la Dyle, ne put venir assez promptement à leur secours pour empêcher leur défaite. Cependant les Malinois furent vigoureusement repoussés dans leurs murs, où ils furent serrés plus étroitement. Les vivres commençaient à leur manquer. Les convois qu'ils ramenaient dans les fréquentes sorties qu'ils faisaient pour chercher des approvisionnements , furent souvent interceptés par les Brabançons : ils imaginèrent de construire des bateaux avec lesquels, passant de la Dyle dans l'Escaut, ils allaient chercher les provisions nécessaires sur les côtes de Flandre. Le Duc équipa à Anvers une flotille, composée d'un nombre égal de bateaux et placée sous le commandement de Guillaume Van Borne , qui rencontra celle des Malinois près de Rupelmonde. Là se livra un rude combat, dans lequel les Malinois furent presque tous tués, pris ou noyés. Celte défaite les força enfin à se remettre à la discrétion du vainqueur, qui se contenta de les condamner à une forte amende. Ce siège ne fut terminé qu'au mois d'août 0).
Jean II mourut le 24 octobre 1312. Son unique fils légitime (2) , âgé seulement de treize ans , lui succéda sous le nom de Jean III.
(1) Dewez, Hist. génér. — Brabantsche Yeesten.
(2) On peut voir dans Butkeivs, Trophées de lirahant, liv. IV, p. 369, la liste des enfanls bâtards laissés par Jean II. Il en cite cinq, dont il donne les alliances el la descendance.
Au règne de Jean II appartient la fondation, à Anvers, de l'hospice de S'-Julien, destiné à donner riiospitalité aux pèlerins et aux voyageurs pauvres. Cet hospice, situé rue de l'Étuve, avec une sortie dans la rue Haute, fut fondé en 1303 par Jean Tuclant, chanoine de Notre-Dame, et dame Ida Van der List, veuve de Gisbert Amman. Jean II, par un diplôme de Tan 1310, le prit sous son patronage et Texempta de toutes charges. Cette institution de bienfaisance remplit encore de nos jours son charitable office (0.
A peine ce prince eut-il pris le gouvernement de ses étals, que trois effroyables fléaux vinrent fondre sur le pays, et, au dire des chroniqueurs, Anvers y paya un large et douloureux tribut. Ce furent d'abord des pluies incessantes. « L'an 1315, » dit Van Heyst (2), « il commença à pleuvoir au mois de mai, » et cela continua ainsi pendant toute une année, tous les jours, » de manière qu'aucune espèce de fruits , ni grain , ni froment , » ni seigle, ni avoine, ni foin ne put être récolté, tellement >) qu'un grand nombre d'animaux moururent de faim. »
Le résultat de cette première calamité fut une épouvantable famine. Il en faut lire le lamentable récit dans la chonique rimée de Jean Van Boendale, alors clerc ou secrétaire de la ville d'Anvers. (Il commença la rédaction de sa chronique en l'an 1318.) Les scènes qu'il décrit se passèrent sous ses yeux, à Anvers, et l'on sent qu'il en était encore tout ému. Nous allons essayer d'en traduire un passage, mais nous renonçons à rendre la naïve simplicité de son style :
« Le quarteron de seigle, j'en suis garant, se vendit à Anvers
(1) M. VisscHERS, curé de S*-Anclré, a publié sur Thospice de S'-.Tulien une inléressanle monographie : S^-Juliamis Gasthuis , Anhverpen , 1836, in-8".
(2) (J'Boek der tyden , p. 157.
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'• soixante livres gros tournois. Si grande élail la misère du ■> peuple, que nul ne le pourrait l'aeonter; car les géinisseinenls ■) et les pleurs que Ton entendait parmi les pauvres eussent » attendri les pierres. Ils gisaient le long des rues, se lamen- • tant et poussant de grandes plaintes; et leurs corps gonflaient » par Teffet de la faim, et ils mouraient enfin de misère, en si » grand nombre qu'on les portait en terre par dizaines , et qu'on » en jetait dans une même fosse jusqu'à soixante et plus. Alors le » Seigneur notre Dieu sévit cruellement contre les péchés dans » lesquels les hommes s'étaient complus. »
A la famine succéda un fléau plus terrible encore, la peste. En 1516 s'abattit sur nos contrées la fameuse peste noire, dont la marche à travers l'Europe et les symptômes, tels que nous les décrivent les chroniqueurs, rappellent ceux du choléra, et qui enleva, dans tous les lieux où elle sévit, plus du tiers de la population. Anvers, comme les autres villes du Brabant, fut rudement éprouvée. Jean le Clerc raconte que cette calamité avait été annoncée bien des années auparavant par une prophétie populaire.
Pendant que les Anversois subissaient ces fléaux, qui leur semblaient un effet des vengeances divines, la guerre déployait ses fureurs autour d'eux. Louis-le-Hutin, voulant venger la sanglante défaite essuyée par les armes françaises dans la plaine de Groeningen, avait cherché contre les Flamands des alliés parmi les princes belges. Jean III, quoiqu'époux d'une princesse française, eut la sagesse de se tenir neutre; mais le comte de Hollande embrassa le parti de la France. Du haut de leurs remparts les Anversois virent un jour une flotte immense promener le ravage et l'incendie sur la côte voisine de Flandre; mais tout cet orage passa près d'eux sans les atteindre, (juoiqu'une crainte bien légitime les eût tenus en éveil (1315).
Jean III fut un prince belliqueux. Les Anversois prirent à toutes ses guerres une part considérable, mais il n'entre pas dans notre plan de raconter leurs exploits dans des expéditions lointaines dont le but était étranger aux intérêts de la ville. Nous ne les suivrons pas dans les guerres que soutint le Duc contre Othon, comte de Buren, contre Renaud, seigneur de Fauquemont, ni contre le roi de Bohême, Jean-l'Aveugle (1517 à 1529). Mais nous ne pouvons passer sous silence la part quil prit dans la guerre entre Philippe de Valois, roi de France, et Edouard III d'Angleterre.
Il est nécessaire de rappeler en peu de mots les causes de cette guerre.
Philippe-le-Bel avait laissé en mourant trois fils, qui régnèrent successivement en France : Louis, surnommé le Hutin, Philippele-Long et Charles-le-Bel; et une fille, Isabelle, mariée au roi d'Angleterre, Edouard II. Louis, Tainé, ne survécut qu une année à son père et laissa en mourant une fille et la reine enceinte. Philippe, le second des frères, prit la régence. La reine accoucha d'un fils que quelques historiens appellent Jean I, et qui mourut au bout de quatre jours. Alors , en vertu d'une prétendue disposition de la loi salique, qui excluait les femmes de la succession au trône, Philippe-le-Long prit le titre de roi. Ce monarque n'ayant lui-même laissé que trois filles, son frère Charles lui succéda, et à la mort de celui-ci, le principe de la succession masculine élait si bien établi, que sa fille unique fut écartée par Philippe de Valois, fils de Charles de Valois, frère puîné de Philippe-le-Bel. Aucun compétiteur ne se montrait en France; mais il s'en éleva un de l'autre côté du détroit, plus formidable que tous ceux que la France pouvait produire. C'était Edouard III d'Angleterre, qui réclamait la couronne du chef de sa mère Isabelle, fille de Philippe-le-Bel et sœur des trois derniers rois.
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Que la loi saliquo, dans rinterprétalion nouvelle que lui avaient donnée les législes, fût ou non devenue une loi constitutionnelle de TElat, les prétenlions d'Edouard ne pouvaient s'appuyer sur la justice. Même en ne tenant aucun compte de la décision formelle ou tacite de la France entière, il avait avant lui Jeanne, fdle de Louis, les trois filles de Pliilippe-le-Long et celle de Charles-le-Bel. Edouard, pour prévenir cette difficulté, établit une distinction et prétendit que le principe qui excluait les femmes de la succession n'était pas applicable à leur postérité masculine , et qu'ainsi , bien que sa mère Isabelle ne pût elle-même devenir reine de France, elle pouvait lui transmettre un droit à la couronne. Ce raisonnement était contraire aux premiers éléments de la jurisprudence des successions, et, en supposant même que Ton dût y avoir quelque égard, Jeanne avait un fils, qui fut depuis le fameux roi de Navarre, Cbarles-le-Mauvais, et qui était plus près du trône d'un degré (0.
Ces droits imaginaires furent, du reste, plutôt le prétexte apparent que la vraie cause de la guerre, et en les faisant valoir, Edouard tenait surtout à satisfaire ses rancunes personnelles et celles de Robert d'Artois, qui, réfugié à sa cour, ne cessait de l'exciter contre Philippe de Valois. En tout cas, pour faire prévaloir ses prétentions, il comptait moins sur le droit que sur la force.
Son premier soin fut de se chercher des alliés parmi les princes belges. Il gagna à sa cause d'abord Guillaume d Avesnes , comte de Hainaut et de Hollande, dont il avait épousé la fille Philippine, puis le duc de Gueldre, le marquis de Juliers, le seigneur de Fauquemont., le fameux tribun gantois Jacques Van Arle-
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velde, alors souverain maître en Flandre, et enfln Jean III, duc de Lothier, de Brabanl et de Limbourg, marquis d'Anvers et seigneur de Malines. Un même intérêt poussait les Brabançons et les Flamands à préférer Talliance anglaise à celle de la France, car d'Angleterre leur venaient les laines, la matière première de l'industrie qui était la principale source de la ricbesse des deux pays.
Cependant un traité antérieur liait le Duc au roi de France, avec lequel il s'était trouvé en guerre à propos de l'asile qu'il avait donné à Robert d'Artois, le mortel ennemi de Pbilippe de Valois. La paix avait été conclue par la médiation du comte de fiainaut, et peut-être fut-ce ce dernier qui défit lui-même son ouvrage et entraîna le Duc après lui dans l'alliance anglaise. Nous aimons à croire qu en cette occasion Jean III ne fit que céder à l'entraînement des esprits et à des motifs tirés des véritables intérêts de ses sujets.
C'était donc en Belgique qu'Edouard comptait ses alliés les plus puissants et les plus nombreux, et ce fut vers la Belgique qu'il dirigea les immenses armements qu'il avait préparés pour la conquête de la France. Le 16 juillet 1358 il mit à la voile du port d'Orwell, près de Harwicb, dans le comté de Suffolk. Une autre partie de sa flotte avait été réunie à Yarmoulh , sous le commandement de Henri de Lancastre, comte de Derby, et appareilla le même jour. Les deux flottes réunies comptaient environ quatre cents voiles. Le monarque anglais se dirigea vers les bouclies de l'Escaut, désirant prendre terre en Flandre, attirer le peuple à lui, et joindre ces forces à celles que lui avaient promises ses alliés. « Le 19 il arriva en vue de l'Ecluse » avec une flotte considérable, mais Van Artevelde, désireux de » faire respecter la neutralité, se tenait avec des milices im- « portantes sur les côtes , afin d'empècber le débarquement.
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» Edouard III, dt-sappoinlé, cingla vers le pori dWiivcrs, qui » appartenait au duc de Hrabant ('). »
Tout ce qu Kdouard avait pu obtenir jusque-là du sage tribun gantois, c'était la neutralité des communes flamandes, alors que leur comte, obéissant à ses obligations féodales, servait avec une partie de sa noblesse dans l'armée du roi de France.
Le roi Edouard arriva devant Anvers avec sa flotte , le 22 du même mois. Il avait envoyé en avant l'évéque de Lincoln, cbancelier d'Angleterre, Godelroid Shorp, cbef-justicier, le comte de IVortbamplon et quelques autres seigneurs. Parmi les prélats et barons qui raccompagnaient , on remarque Tarchevéque de Cantorbery, Tévéque de Durham, les comtes de Salisbury, de Derby et de Sufl*olk. Les Anversois Taccueillirent avec des démonstrations de joie, comme allié de leur prince et cbef d'une nation amie, avec laquelle ils avaient eu de tout temps les relations les plus avantageuses.
Edouard alla se loger dans le Bourg, dans la maison qui appartenait aux cbevaliers de Tordre teutonique (2). Mais dès la première nuit un incendie s'y déclara. Il fallut cbercher un autre logement. Des appartements lui furent préparés à l'abbaye de S*-Micbel, et le 23 du même mois il alla s'y installer avec toute sa suite. Peu de temps après, il y fut rejoint par la Reine et ses deux filles, Élizabetb et Jeanne. Quant aux troupes anglaises qu'il avait emmenées avec lui, elles furent débarquées et dispersées en divers cantonnements dans les environs d'Anvers. Avant de marcher sur la France, Edouard avait besoin de compléter ses munitions et surtout de convertir en argent les contributions en nature qu'il avait levées avant son départ.
(I) Edw. Le Glav, Tlist. des comtes de Flandre. (■2) Voir cl). II. p. 19.
Il avait compté trouver à Anvers vingt mille balles de laine qu'il y avait fait expédier pour y être vendues, mais il en trouva à peine la dixième partie. Ce mécompte le plaçait dans une situation pécuniaire fort gênée. C'était d'un mauvais augure à son début, et il dit à l'évéque de Lincoln qu'il commençait à craindre d'avoir été mal conseillé. Cependant il ne se laissa point décourager. Il envoya immédiatement en Angleterre l'ordre de faire saisir dans tout le royaume toutes les laines, sans distinguer si elles appartenaient à des nobles, à des ecclésiastiques, ou à des laïcs, jusqu'à concurrence des 20,000 sacs que le parlement lui avait accordés. Ces laines devaient être transportées sur des chariots, mis en réquisition à cet effet, vers les ports les plus voisins, pour y être embarquées et expédiées à Anvers.
Pour en activer l'expédition, il ordonna à ses facteurs de rembourser aux capitaines de navires les droits de sortie, s'engageant à tenir compte aux premiers de leurs déboursés.
Ces dispositions prises, il partit pour Coblentz, où l'empereur Henri VII lui conféra le titre de vicaire de l'Empire, et où il organisa avec les princes allemands une ligue contre la France. Il revint ensuite à Anvers, où il passa l'hiver, s'occupanl fort activement à susciter de toutes parts des ennemis à son rival, et s'apprêtant à entrer en campagne, aussitôt que la saison le permettrait.
En vertu du titre que l'Empereur lui avait concédé, Edouard fît frapper à Anvers un grand nombre de monnaies d'or et d'argent (0. On connaît de ce prince une pièce d'argent, portant d'un côté son effigie couronnée avec l'inscription abrégée MONETA NOSTRA ANTWERPiENSis , ct au rcvcrs uuc croix patéc avec
(i) « Il fist forger monnoie d'or et d'argent à Anvers à grande foison. » Froissard, Chroniques, liv. 1, cliap. 77.
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celte double iuseriplion : signim crucis. sit nomen domîni henedictum.
i^e séjour à Anvers de la famille royale d'Angleterre et de la brillante noblesse qui raccompagnait, fut un prétexte continuel de félcs et de réjouissances. Les cloîtres sombres de Tabbaye de S'-Michel étaient transformés en un lieu de délices et de plaisirs mondains. Le luxe et la magnificence éclataient partout. L'abbé, Guillaume Cabelliau, avait mis à la disposition de ses augustes botes les principaux bâtiments, ne conservant pour lui et ses moines que la partie la plus incommode de son vaste monastère.
Le 29 novembre 1558 la reine Philippine, qui était partie enceinte d'Angleterre, donna le jour à un fils. Cet événement combla de joie le cœur de son époux et fournit un nouveau sujet de fêtes et de réjouissances publiques. Le baptême fut célébré avec une pompe toute royale. Ce fut l'abbé de S*-Michel qui eut l'insigne honneur de tenir sur les fonts baptismaux le jeune prince, qui fut appelé Lionel d'Anvers, et qui reçut plus tard le titre de duc de Clarence. Les parrains furent le duc de Brabant et le comte de Suffolk; les marraines, la comtesse de Hainaut et la comtesse de Gueldre.
L'abbé de S^-Michel n'eut pas à se plaindre des embarras et des dépenses que lui occasionna le séjour du Roi. Edouard saisit l'occasion de cette naissance pour lui donner un éclatant témoignage de sa reconnaissance pour la large hospitalité qu'il recevait au monastère , pour les soins attentifs et les marques de déférence dont il avait été l'objet de la part des religieux. Il lui conféra Tavouerie ou le patronat de l'église de Thingden , au diocèse de Lincoln, et lui donna sa coupe en signe d'investiture (O.
(l) L'acte de cette donation se trouve au tome II du recueil de Rymer, Fœdera (pars II , fol. 1102). Il est daté d'Anvers, le 19 décembre 1339. Il y est
Cet heureux événement de famille fut célébré à Anvers par un tournoi splendide où les chevaliers anglais joutèrent courtoisement contre les chevaliers brabançons. Largesses furent faites au bon peuple qui assistait à ces jeux héroïques.
Cependant le trésor d'Edouard s'épuisait. Il avait besoin de beaucoup d'argent pour faire face à ses dépenses et pour stimuler le zèle un peu tiède de ses alliés. 11 eut recours à un marchand anglais établi à Anvers, nommé Guillaume de la Pôle, qui s'était créé par le commerce une fortune de roi. Ce marchand prêta à Edouard, en une fois, 18,500 livres sterling, somme qui aujourd'hui équivaudrait au moins à 400,000 livres, ou dix millions de francs. Sur cette somme 11,000 livres furent remises à Edouard, 7,500 à Renaud, comte de Gueldre et de Zutphen, le plus actif de ses agents dans la vaste trame qu'il ourdissait contre la France. Le monarque anglais donna en garantie à de la Pôle plusieurs terres de la couronne, le créa premier baron de l'Échiquier et chevalier banneret, et l'intitula dans tous les actes publics « dilectus mercalor et valectus noster. » Michel de la Pôle, son fils, obtint plus tard le titre de comte de Sulfolk.
Peu de temps après son arrivée à Anvers , Edouard y reçut la visite de Jacques van Arlevelde. Le ruwaerd était arrivé accompagné de cent des principaux bourgeois de Gand; il eut avec le Roi plusieurs entrevues, dans lesquelles Edouard le pressait d'entrer ouvertement dans son alliance ; mais le sage gantois se renfermait
dit quim fils lui était né à l'abbaye de S«-Michel et qu'un autre y avait été procréé dont il attendait avec la grâce de Dieu la prochaine naissance. Il existe quelques doutes cliez les historiens sur la question de savoir si ce n'est pas ce second enfant, né à Anvers ou à Gand , qui fut nommé Lionel d'Anvers. Cette question ne nous a pas paru d'une assez grande importance pour notre lustoirepour devenir ici l'objet d'une dissertation approfondie. — VoirMM. Mkrtens et ToRFS, tom. Il, chap. IX.
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dans son système do noulralilô. On sait que c'est lui qui donna l'année suivante au roi d'Angleterre le conseil de prendre ouvertement le titre de roi de France et d'écarteler son écusson des fleurs de lys de France et des léopards d'Angleterre. « Par ainsi, lui dit-il, nous vous tiendrons pour droit roi de France, nous vous donnerons quittance de nos fois , et vous nous la donnerez comme roi de France. » Après un peu d'hésitation , Edouard suivit cet avis et gagna décidément les Flamands à sa cause.
Le récit de l'expédition d'Edouard III appartient à l'histoire de l'Europe. Nous ne pouvons le suivre dans cette guerre longue et désastreuse durant laquelle, selon l'expression d'un historien, la France fut ruinée par ses défaites et l'Angleterre par ses victoires. Force nous est de nous en tenir à ce qui a trait à l'histoire d'Anvers. Si nous nous sommes arrêtés un peu complaisamment sur les origines de cette guerre, c'est qu'il nous a semhlé, pour l'intelligence même des événements, que nous ne pouvions introduire sur la scène le prince anglais dont le séjour à Anvers eut un si grand retentissement, sans faire connaître quels motifs l'avaient amené. Nous allons l'abandonner, après avoir noté quelles furent les conséquences de son passage pour l'industrie et le commerce de notre ville.
Dans le grand nombre de pièces qu'Edouard a datées d'Anvers , et qui , presque toutes, ont rapport à sa grande entreprise, quelques unes ont pour but de récompenser le duc de Brabant de l'appui (fu'il lui prêtait. Ce sont d'abord des obligations pécuniaires, montant ensemble à la somme de 65,000 livres (sterling), plus une pension annuelle de l,o001ivres; puis un traité conclu à Bruxelles entre le roi d'Angleterre et le duc de Brabant, dans lequel fut réglé l'ordre de succession au trône d'Angleterre, ainsi que le mariage du fds aine du Roi avec Marguerite, fille du Duc (projet qui fut abandonné, puisque Marguerite devint l'épouse de Louis de
Maele, comte de Flandre). Enfin , ce qui est plus important, ce sont les avantages qu'il accorda à tous les Brabançons qui commerçaient dans son royaume. Une charte du l^'^ février 1559 s'exprime ainsi : «... Considérant la bonne amitié que l'illustre duc » de Brabant, notre clarissime parent et les hommes de Brabant » ses sujets, nous ont toujours témoignée...., nous leur avons » concédé la somme de soixante sous sterling, que les marchands » étrangers sont tenus de nous payer pour chaque sac de laine » qu'ils exportent eux-mêmes de notre royaume, pourvu qu'ils » payent toutefois quarante sous et quarante deniers à l'exportation » du même royaume, c'est-à-dire quarante deniers de plus que ce » que nous paient de ce chef les marchands de nos états, et que » pour le reste ils ne soient pas inquiétés et qu'il ne puisse rien » être exigé de plus. »
« Nous voulons aussi que lesdites gens du Brabant jouissent et » usent amplement dans notre royaume de tous les privilèges, » libertés, coutumes et grâces à eux accordés ou simplement con- » firmes par nous et nos prédécesseurs, sans empêchement de nous » ou de nos héritiers, de nos baillis ou ministres quels qu'ils » soient. »
Il confirma encore la charte donnée à Louvain , par laquelle les Brabançons pouvaient librement commercer, circuler et résider en Angleterre.
D'autre part, il souscrivit diverses obligations, montant ensemble à environ 400,000 florins (près de six millions de notre monnaie) , presque toutes payables à Anvers , en faveur de marchands établis dans cette ville. Il faut que ceux-ci aient eu à leur disposition des capitaux considérables pour venir ainsi en aide au roi d'Angleterre dans les frais énormes de la guerre qu'il soutenait. On y verra aussi une preuve frappante de l'état florissant de l'industrie du change à cette époque.