VI. Les habkans vivaient dans une alternative con
tinuelle de perplexités différentes. Quand les gens de guerre abondaient dans Auxerre , et ruinaient les familles , les créanciers de la ville , dont les poursuites eussent été vaincs , se taisaient. Mais , des que les soldats étaient partis , les persécutions recommençaient. C'est ce qui arriva le 5 décembre. Plusieurs habîtans furent poursuivis par saisie de leurs biens et de leurs offices. Sur leurs plaintes, M. Boy rot, Avocat et Echevin . fut envoyé à Paris , avec l'accompagnement ordinaire de 4o feuillettes de vin , pour solliciter auprès du Prince , et des autres protecteurs de la ville, une nouvelle surséance de cinq années contre les créanciers , le rétablissement de l'octroi de 6 sols i deniers sur chaque muid de vin , passant dessus et dessous le pont , et la continuation de celui sur les cendres. V. i65o , n. v.
VII. Le 20 décembre , publication et affiche de la cession faite par le Roi , au Maréchal de Turenne , des droits d'Aydes dans le Comte d' Auxerre et l'Election de Vézelay. Le Maréchal , un de ceux que la Reine voyait avec le plus de chagrin parmi les frondeurs , avait (ait , comme tous les autres , ses conditions , lors de l'accommodement du onze mars , et l'une de ces conditions était cette cession , probablement faite à vil prix , et peut-être gratuite.
VIII. Dans le même temps, les Bénédictines ayant achevé, en grande partie, la reconstruction de leur Monastère, quittèrent enfin Charentenay, pour se renfermer dans ce couvent , et s'y livrer , conformément aux promesses qu'elles en avaient faites à l'Bveque , aux austérités du Val-de-Grâce. Pour qu'elles
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pussent en suivre exactement l'observance , M. de Broc joignît à leur Communauté, qui n'était plus composée que de huit Religieuses de chœur et une Abbesse , Gabriel le de la Madeleine de Ragny , trois Bénédictines de l'Abbaye de la Fermeté , diocèse de Nevers, où cette réforme était en pleine vigueur.
I. 16 et 17 janvier , la détresse de la ville était si grande , qu'on avait laissé les ponts-levis et les planchettes sur lesquels une grande partie des habitans passaient chaque jour , tomber dans un tel état , qu'il était impossible d'y passer sans péril, y ayant même eu quelques chevaux blessés ; le pavé du pont était aussi tellement ruiné, que les voûtes des arches étaient à découvert , et menaçaient dune chute imminente. Ces motifs déterminèrent les Officiers municipaux à demander au Lieutenant général du Bailliage mainlevée des oppositions faites sur les octrois , jusqu'à concurrence de la modique somme de 600 livres , indispensable pour réparer ce qui était le plus périclitant ; et ils l'obtinrent.
II. Quels durent être l'étonncmcnt et l' affliction des Auxerrois, lorsqu'ils apprirent que le Prince de Condé , qu'ils trouvaient toujours disposé à servir leurs intérêts , venait d'être arrêté le 8 , par ordre du Roi , et constitué prisonnier à Vincennes, puis entraîné à Marcoussy , puis au Hâvre-dc-Grâce ! Mais ils surent , en même temps , qu'abusant à l'excès de ses succès à la guerre , et des services qu'il avait rendus à la
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Cour y contre le parti de U fronde , il voulait commander en maître , et prendre pour lui et les siens , tout ce qui était à leur convenance ; qu'excédée de ses exigences t la Reine s'était vue forcée de se rapprocher des frondeurs qui le détestaient , et même de se servir d'eux pour l'arrêter. Cet événement eut, pour Auxerre et pour toute la Bourgogne , de funestes conséquences. Le Comte de Tavannes et les autres partisans du Prince voulurent lui conserver cette province , et la Cour , comme on va le voir , s'empressa de se l'assurer. De là , de nouveaux mouvemens de troupes , qui achevèrent l'appauvrissement du pays.
Le 7 février , le Maire reçut une lettre de M. de Cormarin , dans laquelle il annonçait qu'il venait à Auxerre , pour se concerter avec les autorités sur des choses importantes , concernant le service du Roi , et qu'il était déjà à Monthard , lorsqu'il avait appris que 2,000 chevaux des troupes licenciées de M. le Prince de Condé , étaient du côté de Mondu et de Mont-Saint-Visau , en Bourgogne , ce qui l'avait obligé de se rendre de ce coté , avec toute la noblesse et les gens de guerre qu'il avait pu réunir , pour s'opposer aux mauvais desseins de ces troupes. Il recomaux Officiers municipaux , non-seulement de veiller sur la ville , mais de transmettre son avis aux Maires des autres villes de la contrée, et aux cfiâ-
teaux capables de défense , comme aussi de ne reconnaître d'autres ordres que les siens , à moins que le Roi n'envoyât à Auxerre M. de Vendôme , comme le hruil en courait. M. de Cormarin adressait , en même temps f au Maire , des lettres pour les châ-
teaux , le chargeant d'y ajouter les noms ; enfin , il annonçait qu'incessamment il arriverait à Auxerre, à la rencontre de M. de Vendôme , si la nouvelle de sa nomination était vraie.
Effectivement , trois jours après , une lettre de M. le Duc de Vendôme lui-môme, datée de Sens, parvint au Maire. 11 annonçait pour le lendemain son arrivée , avec un ordre du Roi , du 3 1 janvier , par lequel il était enjoint aux Maire , Echevins et habitans d'Auxerrc , de le reconnaître en qualité de son Lieul ruant gênerai et Gouverneur pour la Bourgogne , d'avoir à lui obéir dans tout ce qu'il commanderait , et lui rendre tous les honneurs dus à son rang et à son titre. 11 arriva le 1 1 ; toutes les autorites et la milice en armes allèrent le recevoir à la porte S.-Simon. La Compagnie des garçons à cheval avait été au-devant de lui jusqu'au pont de pierre.
Le 12, il fit publier et afficher une proclamation, portant ordre à tous les sujets du Roi de ne laisser passer aucune troupe sans ordre de Sa Majesté et l'attache de lui , Lieutenant général ; ordre à tous Baillis, Gouverneurs et Gentilshommes, de monter à cheval , et de courir sus aux gens de guerre n'ayant pas ces ordres , en se faisant assister des Prévôts des Maréchaux et des hahitans du pays , auxquels il était enjoint de s'assembler au son du tocsin , au premier bruit de troupes non avouées du Roi. Cette proclamation fut également publiée et affichée dans toutes les paroisses de la banlieue. Le même jour , la Compagnie de Gendarmes du Duc entra dans la ville. Le lendemain , il fit venir de Charmov les rhe-
vau-Iégers du Cardinal Antoine , et , le i4 , il les envoya à Chanccaux en Bourgogne , y attendre ses ordres. Très-peu de jours après , il partit avec ses Gendarmes pour Dijon.
Le 3 mars , l'entrepreneur des étapes , mal payé par la province , et effrayé du nombre des gens de guerre dont le passage était annoncé , fit notifier au Maire qu'il allait cesser le service. Le Maire , épouvanté à son tour, lui fit signifier en réponse qu'il restait responsable de tous les désordres qui pourraient survenir , et l'entrepreneur n'insista pas. Le 4 » le régiment de Piémont , composé de trente compagnies , se présenta à la porte S.-Simon avec un ordre du Roi , mais sans l'attache du Duc de Vendôme. L'embarras fut extrême ; l'ordre du Roi était impérieux , mais la proclamation du Duc ne l'était pas moins ; le Corps municipal délibérait encore . lorsque le sieur de Curgy , Commissaire à la conduite du régiment , étonné qu'on hésitât sur un ordre du Roi , déclara qu'il allait faire forcer l'entrée : il fallut ouvrir la porte , et recevoir la troupe , mais pour deux jours seulement. Un des Echcvins , M. Baudesson, alla , en toute diligence , prendre les ordres du Duc, qui approuva la conduite des Officiers municipaux, et le troisième jour, le régiment continua sa route dans l'intérieur de la Bourgogne.
Le 9 , une lettre du Duc de Vendôme , que Dijon avait refusé de recevoir , invita le Corps municipal à nommer un Député aux Etats par lui convoqués à Beaune pour le 1 2 , à l'effet d'aviser aux moyens de subvenir aux besoins des troupes que le Roi envoyait
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dans la province , pour ramener à son obéissance celles des villes qui prenaient part à la rébellion du Prince de Condé. M. Née , Ecbevin , partit aussitôt poar Beaunc.
Le même jour , le Maire fut prévenu que le Roi , avec une grande partie de sa cour , avait quitté Paris , allant aussi en Bourgogne, et arriverait incessamment à Auxerre. Quoique aux prises avec la misère, et malgré toutes les inquiétudes qu'inspirait une guerre civile flagrante, il fallut, dans cette circonstance, se donner toutes les apparences de la prospérité , tous les debors d'une félicité sans nuage. Heureusement les Officiers de la ville eurent tout le sang-froid nécessaire pour jouer et faire jouer ce rôle par leurs concitoyens ; il n'y avait dans la caisse municipale que 5oo livres destinées à réparer les fortifications; non-seulement ils arrêtèrent de les dépenser pour la réception du Hoi , mais, trouvant l'occasion de se faire tous babiller à neuf, ils ne la laissèrent pas échapper. Leur délibération porte : que le Receveur remettra 170 livres au Maire, pareille somme à chacun des deux Gouverneurs , 75 livres à chacun des douze Echeyins , ainsi qu'au Procureur du fait commun , au Receveur et au Greffier , pour être , ces sommes , employées en achat d'habits décens et convenables , suivant qu'il a été , de tout temps , accoutumé aux premières entrées des Rois en cette ville. Enfin , ils ordonnèrent le même cérémonial qui avait été' observé pour la réception de Louis XIII, en i633 ; et y ajoutèrent cette singularité « que les tonneliers , » en habits blancs , aux galons de plusieurs couleurs , » iraient au-devant de Leurs Majestés, jusqu'à la
1QO CHAPITRE XIII ,
m chapelle S. -Simon , aux fifres et tambours , pour m les divertir par les tours de souplesse qu'ils ont » accoutumé de faire avec leurs cercles de diverses »• couleurs , et que pour les mettre en équipage on » leur fournirait deniers. » On arrêta encore qu'attendu le mauvais état de la route de Dijon jusqua Labrosse, cent pionniers iraient la réparer. Les 5ooliv. trouvées dans la caisse étaient loin de suffire à tant de dépense , mais on ne s'en effraya pas ; on décida qu'on demanderait au Lieutenant général du Bailliage l'ordre aux fermiers de l'octroi de payer au Receveur tout ce dont ils étaient redevables , nonobstant les saisies des créanciers , et que , si on éprouvait un refus , on emprunterait ; c'est ce dernier parti qu'il fallut prendre.
Le i o , le sieur Saintot , maître des cérémonies de la Cour , vint apporter la lettre du Roi adressée oui chers et bien amès les Maire , Echevins et habitons dt Auxerre, et leur annonçant son arrivée pour le surlendemain matin. Le 12 , Louis XIV, Âgé d'onze ans et demi , accompagné de la Reine sa mère , du Duc d'Anjou son frère, du Cardinal Maxarin et de plusieurs Seigneurs de la Cour, fut reçu comme le Roi son père l'avait été. A la porte de la ville , M. Filsjean de Chemtlly , en qualité de Grand-Bailli , voulut prendre les clés , pour les présenter au Roi , maïs le Maire Jes lui refusa , et les présenta lui-même. Le Rot et sa mère furent logés à l'Evéché , ou M. de Broc fît tous les frais, à l'exception de 6,000 bouteilles de vin , qui furent , suivant l'usage, fournies par la ville: le Duc d'Anjou occupa les appartemens de M. le
DIX- SEPTIÈME SIÈCLE. îqi
Prince de Condé, chez l'Abbé Lemuet , et le Cardinal Mazarin eut son logement , comme le Cardinal de Richelieu en 1 63 1 , à l'Abbatiale de S.-Germain. Le soir , un grand feu de joie fut allume' sur l'île , en face de l'Evèché , et sous les yeux du Roi. Le départ eut lieu le lendemain matin.
On ne tarda pas à apprendre que la ville de Dijon , intimidée par l'approche du Roi , lui avait ouvert ses portes , carie 21 , huit jours seulement après son départ d'Auxcrre , le Maire reçut la lettre de convocation des Etats dans cette ville , pour le 24. MM. Ricbcr, Maire , et Née , Echcvin j y furent députes. Un des décrets de cette assemblée ordonna une imposition extraordinaire de 225,974 livres sur la province , pour subvenir à la dépense des étapes et nourriture des gens de guerre.
111. Le 20 avril , nouvelles tribulations. L'entrepreneur des étapes , contraint par le Maire depuis le 3 mars , à continuer le service , s'était pourvu auprès des Elus généraux , qui, ne pouvant pas lui faire rembourser ses avances , l'avaient autorisé à cesser la fourniture, ce qu'il fit notifier au Maire. Aussitôt M . Joly , Echcvin , partit pour Dijon à l'effet de s'en assurer; 4H heures après il était de retour , mais avec l'ordre au Corps municipal de fournir l'étape , pour en être pay é sur le prix de l'adjudication faite à l'entrepreneur. Heureusement, M. Bourgoîng , étapier de l'année précédente , avait encore quelques provisions , et consentit à faire le service , moyennant une avance de 3,ooo livres que lui fit le Corps municipal, en les empruntant sur la responsabilité personnelle de ses
membres , car on sut , dès le lendemain , que Bcllcgardc , la seule ville qui restât au Prince de Condc dans la province , venait d'être rendue au Roi par le Comte de Tavannes ; que toute l'armée allait être dirigée sur la Flandre , et repasserait conséquemment , en grande partie , par Auxcrre. Peu de jours après , en effet , il y eut passage et séjour de 3o compagnies d'infanterie , 2 compagnies de gardes françaises , et 2 compagnies de gardes suisses.
IV. Le 8 mai , les Officiers municipaux , voyant que , si jusqu'alors ils avaient pu satisfaire a tous les besoins qu'enfantaient les circonstances, ce n'était qu'en faisant chaque jour des emprunts, et s'obtigeant personnellement , sans prévoir quand et par quels moyens cet arriéré, toujours croissant, pourrait être éteint, reconnurent qu'il fallait enfin porter remède à un mal qui , s'il empirait encore , exposerait les habitans aux plus grands maux , et surtout aux excès des gens de guerre. Us s'occupèrent donc , d'abord , de connaître cet arriéré , et virent , avec effroi , que , depuis 1 635 , en quinze années, il s'était élevé de 157,700 livres à 400,000. Ils assemblèrent les habitans , et leur faisant connaître la position de la ville , les déterminèrent , malgré leur répugnance habituelle pour les octrois , à réitérer au Conseil la demande en rétablissement de celui de 6 sols 3 deniers sur les vins , et de 20 sols sur les cendres. Le 26 , M. Berault , Gouverneur du fait commun, alla à Paris renouveler cette demande. V. i65i, n. iv.
V. Le 27 mai , le Maire fut prévenu que le régiment de Bourgogne , infanterie , viendrait incessant-
DIX-SEPTIÈME SÎECLE. 1 C) 3
ment à Àuxerre pour y rallier toutes ses compagnies , et que les habitans auraient à fournir des vivres , nonseulement aux soldats , mais à ses 26 Officiers. Suivant l'habitude ruineuse des dc'putations inutiles , on fit partir pour Paris M. Baudesson , Echevin , charge de rappeler au Duc de Vendôme l'état d'épuisement de la ville. Pendant qu'il était en route , indépendamment du Baron de Montesson, Lieutenant-Colonel du régiment , qui arriva avec une grande partie de sa troupe , une compagnie des Gendarmes de la Reine , qu'on n'attendait pas, vint également , et Ton eut à déplorer de funestes evëncmcns. Le lendemain , au moment du départ de cette compagnie , une rixe violente mit aux prises les Gendarmes et plusieurs habitans. Les détails de ce qui se passa ne sont pas connus, maïs les suites donnent à penser que la conduite des Gendarmes fut affreuse , et qu'il y eut effusion de sang, car l'un d'eux fut arrête', juge prévôtalemcnt et pendu sur l'heure. L'e'quipagc de M. de Villebertin qui commandait cette compagnie, fut saisi et retenu pour re'pondrc des dommages commis , que M. de Villebertin refusait de payer.
Le 5 juin , M. Baudesson , de retour de Paris , annonça qu'il avait obtenu du Duc de Vendôme l'assurance qne l'ordre allait être donne' au régiment de Bourgogne de quitter la ville. M. de Montesson avoua que cet ordre lui c'tait déjà parvenu , mais ce fut en déclarant qu'il ne partirait que quand toutes les compagnies de son régiment seraient réunies. En vain M. Baudesson retourna à Paris ; en vain M. l'Evôque, qui y était , se joignit à lui auprès du Duc de Ven- 11 i3
ig4 CHAPITBE XIII ,
dôme ; M. de Montesson attendit les quatre compagnie*, qui étaient à Pouilly en Auxois ; elles n arrivèrent que le n, et la ville ne fut débarrassée que le 12.
Le 25 t il fallut délivrer à M. de Villebertin son équipage , et payer toute la dépense par lui faite pendant 23 joinrs ; Tordre adresse' à cet e'gard au Maire portait qu'il eût à faire cette remise sans retardement ni difficulté , et que le Gendarme avait été exécute' trop précipitament.
VI. Le 3 juillet , 25 à 3o familles, représentant d'anciens Maires , Gouverneurs et Echcvins , poursuivies par les héritiers de ceux au profit desquels leurs auteurs s'étaient obliges personnellement, se réunirent pour dénoncer ces poursuites aux Officiers municipaux. Ceux-ci arrêtèrent qu'ils prendraient leur fait et cause , mais que , ri ayant pas deniers, ils renouvelleraient la demande d'une surséanec de cinq années. Pour y parvenir , deux d'entr eux , MM. Joly et Boyrot , Avocats , furent chargés d'aller , encore une fois t rxposcr au Duc de Vendôme r état misérable de la ville. Les anxiétés des habitans étaient d'autant plus vives, qu'on n'apercevait plus le terme des discordes civiles ; que le parti du Prince de Condé , qui était en armes dans la Guyenne , dont il avait eu le gouvernement avant les troubles , y était plus audacieux que jamais ; et que le Roi prenait le parti d'aller en personne l'y poursuivre , comme il l'avait fait pour la Bourgogne. Le Maire en fut informé par des lettres du Roi et de M. de la Vrillicrc, qui lui recomman-
DIX SEPTIKMR SIÈCLE, jo,.}
datent de les informer, pendant cette absence , de tout ce qui se passerait à Auxerrc.
VU. Ijc i i septembre, rassemblée générale nomma, pour la troisième fois , M. Richer , Maire. M. Jeban Deschamps , Avocat , fut élu Gouverneur du fait commun. •,/,"-
Le 1 7 octobre , les habitans furent encore assembles à l'effet d'arrêter des mesures , soit pour éviter d'avoir une garnison , comme on en était déjà menace' , soit pour en faire la dépense , s'il fallait la recevoir. Il fut décide' que M. Deschamps irait à Dijon , avec une lettre de recommandation de M. l'Evequc , pour M. le Duc de Vendôme , et que , dans le cas où cette démarche serait sans succès , on aurait recours , comme en 1 648 , à une taille spéciale , assise par le Corps municipal , sur tous les habitans , sans aucune exception. Le Clergé seul voulut s'y refuser , mais ayant présenté , suivant l'usage , au Corps municipal deux candidats , pour qu'un d'eux fût investi des fonctions de Gouverneur du fait commun , il fut répondu que le choix ne serait fait , que quand le Clergé se serait résigné à contribuer aux dépenses des gens de guerre. Cette mesure était arbitraire , mais elle fut efficace. Le Clergé donna son consentement à l'imposition , tt M. Jehan de Foudriat , Doyen du Chapitre de &-E$,ennc , fut reconnu Gouverneur ecclésiastique du fait commun*
Les calamités de la nature de celles qui alors accablaient la ville, sont toujours et inévitablement aggravées par l'état d'hostilité dans lequel les habitans eux se trouvent placés , chacun d'eux cherchant
ig6 CHAPITRE XIII ,
à se soustraire , autant qu'il est en son pouvoir , à l'obligation commune. On en a vu un exemple en 1648; il se renouvela cette année , dans le Palais même de la Justice. Le 10 octobre, un Avocat, Me Jehan Tcnelle, qui probablement avait une forte part dans le logement d'un régiment de cavalerie arrive' la veille , dil hautement , pendant l'audience , que le Maire , le* Gouverneurs et les Echevins étaient des rebelles au Roi , des mineurs de ville et de village. Un autre Avocat , M* Lauvergeat , qui était Echevin , voulant lui imposer silence , reçut des injures personnelles , et le Bailliage fut oblige' de prononcer le blâme contre Me Tenclte.
Du 1 2 au 25 novembre , en treize jours , la ville eut encore à loger et nourrir sept regimens de cavalerie , trois d'infanterie , et deux Compagnies de Gendarmes. Ces troupes , comme celles qui étaient passées le mois précédent , étaient envoye'es en Champagne , où le parti du Prince cherchait à surprendre les villes , et rançonnait les campagnes. M. Des champs , Echevin , se rendit encore à Dijon t y renouveler ses tentatives pour obtenir , au moins , que les fonds faits par le Comte pour les étapes , ne fussent pas envoyés à Dijon , ce qui occasionnait des lenteurs préjudiciables dans l'emploi de ces fonds. Les Elus généraux se rendirent à ses observations. Us arrêtèrent que , pour l'année 1 65 1 , personne n'ayant voulu prendre l'entreprise des étapes , les villes seraient obligées d'y pourvoir , mais que le contingent des Elections d'Auxenc et de Maçon , dans l'imposition de 225,974 livres , votée par les Etats , pour
subvenir à celte dépense , resterait dans la caisse de leur Receveur particulier , et serait employé à payer les fournitures faites par les villes de ces Elections. Le contingent du Comté d' Auxerre , dans cette somme , fut de 1 5,4oo livres , un peu moins que le quinzième , et celui de la ville , de 5,5oo livres.
I. La mesure prise par les Elus généraux assurait aux villes la rentrée de leurs avances , mais il fallait faire ces avances , et les villes de passage étaient épuisées ! Auxerre l'était peut-ôtre plus qu'aucune autre , sa position géographique étant le point de communication , non-seulement de l'isle de France avec la Bourgogne , mais encore de la Champagne avec le Nivernais. Aussi, du Ier au 1 4 janvier, les troubles de la Champagne étant apaisés , la plupart des gens de guerre qui avaient passé à Auxerre , pour s'y rendre , vinrent-ils le pressurer encore pour aller prendre leurs quartiers d'hiver dans le Nivernais. Ces nou velles dépenses réduisirent les Officiers de la ville au dernier degré d'impuisanec. Jusque là, leur res source habituelle, pour sortir d'embarras , était d'em prunter , mais ils en avaient tant usé , qu'elle finit par leur manquer. Dans une conjoncture aussi découra geante , il était naturel de recourir aux administrations supérieures. Celles-ci étaient engagées dans de plus grands embarras encore , ayant à remédier à tous les besoins de la province ; ils étaient tels que le Duc de Vendôme , connaissant la position d' Auxerre . et ne pouvant pas l'en tirer , évita d'y passer en rc
tournant de Dijon à Paris. Mais il ne put pas échapper aux doléances qu'il redoutait ; on sut qu'il passerait par S.-Florentin , et deux Ëchevins , MM. Deschamps et Marie, s'y trouvèrent , le 18 janvier, pour lui présenter l'affligeant tableau qu'il ne voulait pas voir. Probablement les couleurs dont se servit M. Deschamps étaient trop rembrunies, et parurent offensantes au Duc , car le 21 , M. Marie revint seul à Auxerre, et annonça que M. Deschamps était dans la prison de S.-Florentin , où le Prince l'avait fait renfermer. Nouveau chagrin , nouvel embarras ; il fallait recouvrer M. Deschamps. Le Maire partit pour Paris , cl M. Foudriat courut à Dijon , le premier , pour apaiser M. le Duc de Vendôme , l'autre pour s'expliquer avec l'Intendant. Avant leur retour , M. Deschamps était rendu à la liberté , et prenait part aux délibérations.
. Comme on le voit , la somme des tribulations était grande ; cependant elle grandit encore pendant l'hiver. Alors les productions de 1 649 cessèrent de suffire à la consommation , Tannée iG5o ayant été d'une effrayante stérilité. On trouve l'exposé de cette misère dans une supplique présentée à l'Eve* que , le 17 février, par les Officiers municipaux, pour qu'il fût permis aux habitans de manger des œufs pendant le carême ; elle est ainsi motivée : « attendu que les » marées n'ont pu monter par l'empêchement des » grandes eaux ; attendu la rareté du vin , la disette » des grains , Us grandes incommodités et maladies » des peuples. » Effectivement, le prix du setier de fro> ment à Paris , qui était , en 1 646 , de 1 7 !iv. 1 1 sols ,
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avait monté successivement depuis , et était en i65i à 48 livres i4 sois. V. n. y.
H. Au milieu de tous ces événemens tristes et • sombres , il crt survînt un qui l'est beaucoup moins. La ferveur religieuse commençant à se relâcher , les Officiers dé la ville et ceux du Bailliage se concerte rent, pduf demander au Chapitre que le sermon du carètàè ne commentât qu'à huit heures du matin , au lien de sept. Le Prédicateur le désirait , et le Chapitre trouva le changement convenable. M. Percheron, Grand-Vicaire , représenta qu'on ne pouvait pas le faire sans l'assentiment de M. l'Evêque, mais le Chapitre, ne fcisarit aucun cas de cette observation, arrêta qnë , le 7 mars , le sermon ne serait annoncé par la cloche qu'a sept heures et demie, et ne commencerait qu'à huit heures. Le 7 mars, en effet, la cloche n'appela les fidèles qu'à sept heures et demie ; à huit heures , tontes les autorités et un public nombreux remplissaient l'Eglise ; mais on attendit en vain , la chaire resta vide* Après une longue attente , un Chanoine fut envtr/é âu Prédicateur ; qui lui montra un billet du Grand-Vîcaire , par lequel il le prévenait qu'il serait interdit s'il montait en ebaire après sept heures. Le Chanoine Tevint aussitôt , et déclara à l'assemblée qu'il n'y aurait pas de sermon jusqu'à nouvel ordre. A ces Mots , la surprise et le désappointement du public , Si aride alors d'instruction religieuse , furent extrême*, tes Chanoines, surtout, regrettèrent de n'avoir jpas donné, à Vobservàtion du Grand-Vicaire , foute l'attention qu'elle méritait ; ils lui envoyèrent des dtputés pour le conjurer de ne pas donner de
suite à son opposition , mais en soutenant toujours qu'ils avaient use' de leur droit. M. Percheron , sur cette insistance , persista également dans le parti qu'il avait pris. Le Chapitre , pendant toute la semaine , lit en vain sonner le sermon , à sept heures et demie, la chaire ne cessa pas d'être muette. Enfin, le dimanche suivant, à l'heureordinaii c du sermon , après midi t le Prédicateur parut , et après son sermon, il annonça que les jours de la semaine suivante , il prêcherait à sept heures du matin , par suite des ordres de M. l'Evrque. Le soir , le Chapitre s'assembla , et reconnut enfin , que s'il pouvait faire quelques changemens dans les heures , pour ce qui concernait l'office canonial , il n'en était pas ainsi à l'égard des sermons institues pour le puhlic , et auxquels les Chanoines ne participaient que comme auditeurs. \ . i65q , n. i.
III. Dans le même temps, on apprit à Auxcrre que le Prince de Coude, qu'on n'avait pas cesse d ai mer et de plaindre , avait enfin vu les portes de la forteresse du Havre s'ouvrir pour lui; que, par une de tes bizarreries si fréquentes dans la guerre d< la (ronde, c'était le Cardinal Mazarin , à <jui il devait sa captivité, qui étail aile l'en tirer, el que ce Minisire, « son tour, banni à perpétuité par un arrêt du Parlement, s'était ensuite retiré dans le pays de Liège. On fut môme à Auxerre, pendant quelque temps, dans l'idée que le gouvernement de la Bourgogne étail rendu au Prince, un corps de troupes qui ) sejon \ ril ,
ayant dos ordres signes de lui.
bientôt que c'était le Dm d'I au Duc de Vendôme
IV. Au mois de mai , le sort des liabitans éprouva quelques améliorations. Le sieur de la Balmc , qui avait entrepris le service des étapes de la province , commença à soulager les Officiers municipaux de ce
en se tl. armant des uvre> d'une l>ri •ic , et le 4 juin , un arrêt du Conseil d'Etat, faisant droit en partie au vœu émis dans rassemblée du 20 avril i65o, rétablit l'octroi de 6 sols 3 deniers sur le vin passant dessus et dessous le pont. Enfin , le 2 juillet , l'Intendant adressa au Maire un mandat de io,ooo livres , à valoir sur les fournitures d'étapes. Cette renaissance à un meilleur ordre fut signalée par une bonne œuvre : le Général des Capucins et ses nombreux assistans étaient venus à Auxerre le 16, visiter le couvent de leur ordre; la ville donna 5o livres pour aider le couvent dans la dépense.
V. Dans ce mois , on avait atteint la récolte , mais elle était loin de pouvoir faire cesser la disette ; une ordonnance du Duc d'Epernon , du 20 , en offre la preuve. Elle contient défense d'exporter les blés de la province , non-seulement dans les pays étrangers , mais même dans les provinces voisines; il ap-
! sur ce que les Elus généraux lui ont rela disette des blés est si grande dans » la province , que le prix en est tout-à-fait exlra- » ordinaire , et a déjà réduit beaucoup de personnes » à la mendicité » et à l'usage des racines qui a causé » beaucoup de maladies dans le pays , où les grêles » et autres injures du temps , et les dégâts faits par * les troupes qui ont depuis peu passé dans la pro « vinec / ont tellement diminué l'espérance de la re-
» coke prochaine , que tous les peuples y sont dans » une juste appréhension d'être bientôt affligés d'une » famine entière , si on laisse sortir les grains. » Cette ordonnance fut publiée et affichée le 3 août.
VI. Sur la fin de ce mois , de nombreux corps de troupes s'étattt présentés aux portes de la vîllc , sans l'attache du Duc d'Epcmon ; conformément à ses ordres , on refusa de leur ouvrir. Ils se jetèrent sur le* villages voisins , y détruisirent et incendièrent plusieurs maisons de campagne appartenant à des Bourgeois de la ville.
VII. Au commencement de septembre, le sieur de la Balme.dont le service des étapes devaitfinir le 22 octobre, fit notifier aux Elus généraux qu'il ne le continuerait pas au-delà. Cette nouvelle annonçait à la ville sa rechute dans les angoisses , dont elle avait été préservée depuis les p r emi ers j ours de mai. Le 3 octobre , M.Thomas Marie, Assesseur criminel, (probablement fils du Gouverneur du fait commun de 161 5 , ) qui venait d'être nommé Maire , alla à Dijon , en conférer avec les Elus généraux ; mars il ne put pas détourner cette nouvelle charge.
VIII. Le 22 octobre , jour où devait commencer la perception de l'octroi sur les vfns . un convoi considérable de vittà nouveaux , descendant la rivière , se présenta an pont. Les mariniers et les propriétaires des vins refusèrent d'acquitter le droit , et voulurent forcer le passage. Les commis de l'adjudicataire, moutés sur des bateaux , leur résistèrent , et cette espèce de combat naval Aira tout te jonv ; il y eut môme du sang répandu. La nuit sépara les combattant. Mais
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on craignit , pour le lendemain , que le peuple , toujours de sympathie arec ceux qui refusent l'impôt , n'aidât les insurgens dans leur rébellion. Sur l'invitation du Maire , le Bailli , les gens du Roi et les Echevins, se joignirent à lui ; ils se rendirent, au point du jdur, sur le lieu, avec une partie de la milice bourgeoise, choisie parles Capitaines parmi les gens de prudente , él dé t onne conduite. Cet appareil fit sur les rebelles l'impression qu'on désirait , mais ils déclarèrent <qn"îis n'avaient pas d'argent , et proposérent de faire par écrit leur soumission de payer à leur retour de Paris , ce qui fut accepté , et la perception de ce péage très-productif n'éprouva plus d'entraves.
Du 3o octobre an 2 novembre , la ville fut encombrée par lé passage de quatre régimens d'infanterie , et un nombreux état-major détaché de l'armée de Flandre , pour se rendre, sous le commandement de M. âë Castclnau , dans la Guyenne , où le Prince de Condé , qui avait repris les armes contre le Roi , commandait en maître. Pendant ces trois jours , la milice resta sous les armes , et les portes d'Eglény et de Chante-pinot furent fermées.
Le nouveau Maire, M. Marie , qui n'était parvenu à faire fournir des vivres à cette multitude qu'avec des peines infinies , et recevait de Paris , l'annonce qu'Auxerre aurait en garnison plusieurs Compagnies du refînent de cavalerie de M. de VaHois , prévoyant, d'ailleurs , par le voisinage du théâtre de la guerre, que la ville serait sans cesse exposée aux perplexités des années précédentes , et peut-être à de plus vio-
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lentes encore , à cause de la cherté des vivres , se rendit à Dijon , avec M. Nizon , Conseiller au Bailliage , pour obtenir du Duc d'Epcrnon et des Elus généraux , des mesures qui le missent à portée , quels que fussent les événemens , de pouvoir y faire face. Effectivement, non-seulement il reçut io,5oo livres sur les dépenses faites , mais il rapporta t et fit afficher à son retour , une ordonnance des Elus , contenant des dispositions qui , dans chaque localité , donnaient aux autorités une grande latitude pour se procurer des fonds. Elle portait que personne n'ayant voulu se charger des étapes , les villes seraient tenues d'en faire le service , mais qu'attendu la cherté excessive des vivres , elles pourraient retenir , sans nouvelle autorisation , tous les deniers qui leur étaient imposés pour cette dépense, et en cas d'insuffisance ceux des tailles et autres subsides. Cette même ordonnance prescrit les mesures les plus sévères pour la revue des corps militaires , et fixe ce qui sera dû aux villes pour remboursement des étapes , pendant la cherté des vivres , savoir : par chaque jour , pour un Gendarme 3 livres, un cavalier monté 2 livres 10 sols, démonté 25 sols , un fantassin i3 sob , un cheval d'officier i3 sols , celui du sergent 6 sob 6 deniers.
1. L'année commença sous des auspices effrayans. La discorde soufflait plus violemment que jamais la division entre la Cour , les Princes et les Parlement. Le Roi et sa mère étaient à Poitiers , et y avaient
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rappelé le Cardinal Mazarin. Le retour de ce Ministre avait ranimé toutes les fureurs de la Fronde , qui , le 29 décembre , avait fait rendre par le Parlement de Paris un arrêt déclarant le Cardinal et ses partisans coupables de leze-majeste , avec ordre aux Communes de leur courir sus.
Dans les derniers jours de janvier , le Maire reçut du Duc d'Epernon l'avis que Tannée des Princes rebelles se rapprochait d' Auxerre, et tenterait probablement de s'en emparer ; qu'il /allait, en conséquence , en faire la garde avec le plus grand soin. Effectivement, cette armée, forte de 12,000 hommes , et commandée par les Ducs de Nemours et de Beaufort, s'était cantonnée sur la rive droite de la Loire, audessus d'Orléans vers Lorris ; celle du Roi , sous les ordres du Maréchal d'Hocquincourt et du Vicomte <le Turenne , occupait le pays en dc-çà , du côté de Montargis, Cosnc et Briare. La Cour avait quitté Poitiers, et était à Gien. Le moment d'un combat sanglant et décisif semblait donc arrivé , et ses évolutions pouvaient s'étendre dans l'Auxerrois, que rien ne séparait des armées , tandis que la Loire protégeait le Berry. A Auxerre, Y anxiété était extrême ; si le parti des Frondeurs dominait à Paris ; à Auxerre , c'était celui des Mazarins qui l'emportait , soit que les habitans se rappelassent tout ce que leurs ancêtres avaient souffert, chaque fois qu'ils avaient pris parti contre le Roi , soit que les circonstances y eussent comprimé la tendance que , partout , avait le peuple à se déclarer ennemi de ce qu'il appelait le Mazarin. Quoi qu'il en soit, M. Marie déploya, dans cette circonstance difficile,
3«lecl by C
2o6 CHAPITRE XIII ,
infiniment d'intelligence et de zèle pour le service du Roi et les intérêts des habitans.
Toute la milice fut mise en activité de service : les Ecclésiastiques mêmes qui , depuis long - temps , en étaient dispensés, furent semondés et tenus dj assister y avec les armes convenables , et chacun dans sa paroisse ; deux Echevins firent la visite chez tous les marchands de poudre , fixèrent ce que chacun d'eux devait conserver pour les habitans, leur défendant expressément de rien vendre de cette réserve aux étrangers. Enfin on répara autant qu'il fut possible , les portes , les murs et les tours.
Pendant tout le mois de février et une partie de mars , on resta dans l'attente des graves événement qui se préparaient , sans recevoir aucune nouvelle précise. M. Marie prit alors le parti fort périlleux d'aller sur les lieux mêmes où étaient les armées , découvrir , s'il était possible , ce qu'Auxcrrc avait à craindre ou à espérer. Il parvint sans accident , jusqu'au quartier de la Cour , et le suivit pendant quelque temps. A Sully , il reçut du Roi l'ordre de retourner à Auxerre et d'y prendre des mesures telles que , non-seulement l'ennemi ne pût pas s'en emparer , mais qu'il pût servir de retraite au Roi , si le sort des combats lui était contraire , ou de lieu de séjour et de repos , si la victoire se rangeait de son coté. Dans ce moment là même , la lutte si long-temps attendue éclata. Les deux armées , en présence depuis six semaines , s'étaient bornées à s'observer. Mais , sur Ja fin de mars , le Prince de Condch quittant son armée de Guyenne , franchit , avec une suite de six per-
sonnes seulement , 1 20 lieues en peu de jours , à travers mille dangers, et prenant, le 2 avril (1), le commandement des armées réunies des Ducs de Nemours et de Bcaufort , tomba , à l'improviste , sur les troupes du Maréchal d'Hocquincourt , les dispersa et poursuivit les fuyards , jusqu'à trois lieues du côte d'Auxerre (2). Ce fut alors que M. Marie , se trouvant au milieu de ces fuyards , les reconnut pour être de Tannée du Roi , parvint à les rallier au nombre de i5 à 1,600 (3) , et les emmena avec lui à Auxerrc.
A peine était^il rentre' dans la ville avec cette nouvelle désolante , qu une bien différente arriva , et releva les esprits de U consternation où ils étaient tombés. Le lendemain de la défaite du Maréchal d'Hocquincourt, le Vicomte de Turennc , par une des plus admirables manœuvres qu ait conçues ce célèbre Général , avait remporté sur le Prince de Condé , malgré la supériorité des forces de ce dernier, une victoire complète , au moment où il allait enlever le Roi t ainsi que la Reine cl le Cardinal. On apprit encore que le Prince , après avoir rallié les débris de son armée à Chatillon-sur-Loing , était parti pour Paris , et que la Cour allait é acheminer à Auxerre.
Ces diverses circonstances, que l'armée des rebelles était dans la proximité de la ville ; que le Roi allait
(1) Solvant Daniel, t. t6 , p. 60; suivant le président llénault, re serait le 6.
(a) Histoire do règne Je Loais XIV , par Reb mlet , t. a, p. a;o,
(3 Lettres d'annobltssement de M. Thomas Marie , copiées a 1» Mile 4'ooe délioérolion du corps municipal, du ai juin tftV-.
2i>8 CHAPITRE XIII ,
y venir , et y serait peut-être poursuivi par l'ennemi , firent redoubler les précautions. Le Maire et les Echevins renvoyèrent sur-le-champ à l'armée du Roi , par le Gatinais , les troupes ralliées par M. Marie, ainsi qu'un régiment d'infanterie qui e'tait cantonné à Chitry et Irancy. En même temps , ils firent un emprunt sur leur responsabilité , avec lequel les fortifications furent mises dans le meilleur état possible , garnies de toute l'artillerie de la ville , et d'une ample provision de munitions.
Le 8 avril , un cri d'alarme se fit entendre ; on disait que l'armée rebelle harcelait celle du Roi , l'arrêtait dans sa marche sur Auxerrc , et y arriverait peutrêtre avant lui ; aussitôt toute la milice fut sur pied, et jusqu'aux Chanoines, qui obtinrent seulement de n'être pas confondus dans les Compagnies des paroisses , et de former une escouade particulière , commandée par le Chantre. Par suite du même bruit , le Duc d'Epernon envoya de Vermenton quatre Compagnies du régiment de Bourgogne , pour aider la milice dans le service de la garde. Elles y arrivèrent le 1 3 , mais , sur l'avis certain que le Roi serait à Auxerre , le 20 ou le 21 , elles eurent ordre de rétrograder jusqu'à A vallon.
La marche du Roi avait effectivement été contrariée et retardée , puisque , parti de Gien, au plus tard le 7 ou le 8 , il n'arriva que le 20 ou le 2 1 , à Auxerrc. Malheureusement , je ne puis donner aucuns détails sur cette réception , la délibération qui la concerne n'étant ni datée , ni achevée. 11 n'en est pas moins certain qu'à cette époque le désir qu'avait eu
le Roi d'y venir avec la Reine sa mère , le Cardinal Mazarin , et tous ceux qui l'avaient suivi à Gien , s'accomplit ; qu'au moment où M. Marie , en sa qualité de Maire , lui présenta les des de la ville , il reçut de Louis XIV cette réponse gracieuse : gardez-les , elles sont en bonnes mains; que , très-probablement , le Roi s'y reposa pendant plusieurs jours. En effet f on trouve dans les archives, i° la copie d'une ordonnance du Duc d'Epernon , du 16, qui prévient le Maire que le Comte de Cormarin , Lieutenant de Roi , est charge par lui d'inspecter le pays;
du même , datée du lendemain 1 7 , par ifornic également le Maire qu'il a des ordres du Roi , de veiller particulièrement à la conservation de la ville; 3° une lettre de M. de Cormarin, portant que l'intention du Duc d'Epernon et la sienne étaient qn'il exerçât son commandement à Au* erre ; ils qu'ayant appris que le Roi y était , le Duc lui d'autres ordres , qui l'empêcheront d'y , avant qu'il ait reçu ceux de la Cour ; 4* enfin, la délibération du Corps municipal , du 10 novembre 1 658, relative au troisième passage du Roi, et dans laquelle celui de i652 est rappelé, avec la réponse honorable adressée par Louis XIV à M. Marie. Ce passage est, d'ailleurs «rapporté dans la plupart des histoires de ce temps (1).
le départ de la Cour , M. de Corvint , comme il l'avait annoncé dans sa lettre ,
(1) Mi. 1. du règne de Louis XIV , par llelinulel , I. II, p. a;-. II. l4
exercer à Auxcrrc son emploi de Lieutenant de Roi. Témoin des tribulations des habitans, continuellement tourmentes pour les vivres des gens de guerre, il leur rendit d'importans services , et alla jusqu'à leur avancer sur les étapes t des sommes considérables, dont il ne fut rembourse qu'en i655.
L'heureuse issue des combats dcBléneau avait sauve l'Auxerrois des désastres de la guerre ; mais ils furent reportés sur des contrées peu éloignées , sur Etampcs , Chartres et les environs de Paris / jusqu'au 2 juillet, que se donna , dans les faubourgs mêmes de la Capitale, la célèbre bataille où le Prince et son armée eussent été exterminés sans le canon de la Bastille , et le parti que prirent les Parisiens d'ouvrir leurs portes aux vaincus. Ces combats continuèrent même , mais avec moins de violence , pendant tout l'été. Lés habitans d'Auxcrre passèrent donc cette saison dans des fatigues continuelles , et des transes d'autant plus vives qu'ils savaient que le plan du Prince de Condé , pour peu qu'il pût tenir à Paris ou dans les environs , était de s'étendre jusque dans la Bourgogne , où il conservait de nombreux partisans et des intelligences , ce qui aurait ramené sur Auxerre toutes les misères, suites inévitables de semblables événemens.
Aussi la garde s'y faisait-elle avec tant de rigueur , que , le 1 5 mai , le Comte de Ragny , allant dans ses terres , en Bourgogne , resta en dehors de, la porte S. -Simon , avec ses valets , chevaux et équipages , jusqu'à ce que Tordre du Roi qui autorisait à le laisser passer avec sa suite , eût été examiné par le Comte
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de Cormariu , ainsi que par les Ofticiers municipaux , et transcrit sur le registre.
Le 27 août , une lettre du Roi au Maire lui annonça la translation du Parlement de Paris à Pontoisc , et prescrivit aux ha bilans d'exécuter les arrêts de cette Cour , sans avoir aucun égard à ceux que |M>urraient rendre les Conseillers restes à Paris.
Le 18 septembre , l'armée du Bcrry quittant cet le province pour aller dans la Champagne , arriva à Auxerre avec un nombreux état-major , et son chef le Chevalier de Barada, Maréchal de Camp. Indépendamment de ses vivres, il fallut lui fournir, à son départ le lendemain , 2,000 rations de pain , 8 muids de vin , 2,000 livres de viande , 5oo mesures d'avoine, du foin et de la paille en proportion.
II. 3o septembre, assemblée générale; M. Marie y fut réélu Maire , et sans qu'on puisse deviner pourquoi , il prit le titre de Maire général t Surintendant des deniers patrimoniaux et docttoi de la ville d Auserre. M. Adrien Madelcnat fut nomme Gouverneur
du fait commun.
lit Dans les derniers jours d'octobre, l'Horizon politique s'éclaircit , et Ton se livra dans Auxerre h l'espoir que le terme des discordes civiles était enfin arrivé. On sut que le 14, l'armée du Prince de Condé, ainsi que celle du Duc de Lorraine, s'étaient retirées de Paris, et gagnaient les frontières ; que le 21 , le Cardinal Mazarin , objet principal des troubles , s'était éloigné de la Cour , et que le 22 , le Roi , rentré dans Paris , y avait tenu un lit de Justice au Parlement, où il avait rappelé tous les Conseillers , ceux restés à Pa
ris , comme ceux qui l'avaient suivi à Pontoise. Enfin, ce qui acheva de tranquilliser les habitans , ce fut une lettre du Duc d'Epernon , par laquelle la milice bourgeoise fut dispensée de fournir des escortes aux courriers du Roi jusqu'à Préhy , pour ceux allant à Dijon ; et jusqu'à Bassou v pour ceux allant à Paris ; service qu'elle c'tait obligée de faire depuis le printemps. A cette nouvelle on cessa même la garde de la ville. Ce moment de sécurité ne Ait pas long ; le Prince de Condc ne s'était éloigné que pour revenir , avec plus de forces, déchirer, encore une fois, le sein de sa patrie. Dans cette résolution de désespoir» il avaitaccepté l'offre du Roid'Espagne , réuni son armée à celle que ce Monarque entretenait dans les Pays-Bas ; et avec 20,000 hommes, il était rentré en Champagne. Déjà il y faisait des progrès dont la Cour était effrayée. Rcthel , Ste- Menchould , Ligny et Bar-le-Duc étaient tombés en son pouvoir. Cest dans cette circonstance qu'on reçut , le i5 novembre, un nouvel ordre du Duc d'Epernon, annonçant que le but du Prince de Condc n'étant que de traverser la Champagne pour s'emparer de la Bourgogne , comme l'avaient toujours craint les Auxcrrois , pour y prendre ses quartiers d'hiver , il fallait se hâter de se mettre en garde contre toute surprise. Au reçu de cette lettre , le service de la garde fut repris ; toutes les portes furent fermées depuis six heures du soir jusqu'à six heures du matin ; et pendant le même temps les bateaux furent gares sous les murs de la ville , avec défense aux mariniers de passer personne , sous peine de punition corporelle. Toutefois , quelques semaines après ,
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on sut que Tureune avait donne au Roi sa parole , que le Prince de Coudé n'aurait pas ses quartiers d'hiver en France. Cette parole , qu'il ne donnait jamais en téméraire , fit seule renaître la confiance ; avant le Ier janvier , en effet , le Prince se vit force d'abandonner ses conquêtes , et de retourner dans les Pays- Bas.
I. Dès le mois de février , les mouvemcns de troupes recommencèrent. En huit jours, la ville eut à supporter le passage de deux régimens d'infanterie , quatre de cavalerie , indépendamment de nombreux detachcmens de toutes armes, faisant partie de l'armée qui avait repousse le Prince et renvoyés dans le Nivernais. Un de ces régimens restant en garnison , le Corps municipal, pour le nourrir, fut oblige', le 6 mars, d'établir, comme dans les années précédentes, une taille spéciale de 12,000 livres , sur tous les domicilies.
II. 26 mars, MM. Marie, Maire, et Nizon, Echevîn , sont députes aux Etats convoques à Dijon pour le 3o.
III. La taille imposée aux habit ans , était le seul moyen possible de maintenir l'ordre entre eux et les hommes de la garnison ; mais telle était l'exaspération à laquelle la misère portait les esprits , qu'elle ne fit qu'ajouter au désordre. On lit dans une délibération du Corps municipal , qu'il n'en résulta que troubles et séditions , et que presque tous les habitans ne répondaient aux collecteurs au en usant de rébellion et
2 1 4 CflAPITHF XIH ,
de mauvaise* parole*. Déjà les OÙictcrs municipaux avaient demandé au Lieutenant particulier une assemblée dos haï)! i ans, pour qu'ils eussent à payer cetle imposition , ou à leur indiquer un autre moyen d'empêcher les «oldats de vivre à discrétion chez ceux qui les logeaient; lorsque , le 17 avril t la garnison reçut l'ordre de se rendre au siège de Bellegarde , la seule ville que le Prince de Coude eut encore en Bourgogne , et que lui conservait le Duc de Boutcvillc. On se borna alors , pour acquitter les dépenses faites , à emprunter 6,000 livres , en engageant au prêteur le terme courant d'un des octrois. .
IV. Le 19 avril, M. Chachcré , Avocat et Echcvin , étant à Paris, fut rencontre et reconnu par un des créanciers de la ville , qui le fit arrêter et renfermer au Pclit-Chatelet , pour fo^So livres. Sur la nouvelle qu'il donna lui-même au Maire de son aventure , on proposa à ce créancier de rendre la liberté à son prisonnier , en acceptant une délégation sur la ferme du courtage , ce qu'il refusa ; et comme on croyait sa créance très-susceptible de contestation , on ne pensa plus A M- Cbacbere'. V. 1 654 , n. 1.
V. Du 8 juin au Ier juillet, passage et séjour de sept régimens de cavalerie, trois d'infanterie et 14 compagnies détachées , retournant du Nivernais dans la Champagne. »•' *
. -VI. Ou Marie, habitué an fonctions de M%ire , voyait avec quelque contrariété que , suivant PKdit de i56i , il ne pouvait plus être réé|u sans un intervalle ; ou la Cour, assurée <l< on devouemenl \ onl.it le maintenu : quoi qu'il venutfrft , '<* (X*it-être far
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le concours de çes deux causes , le 1 3 septembre , le Procureur du Roi du Bailliage apporta à l'hôtel de ville une lettre du Roi , adressée aux Maire , Echevins et babîtans , datée du 19 août , et portant que « le sieur Marie , Lieutenant général , ayant » exercé la charge de Maire au bien de son service , » et au contentement de ses sujets, .... il lui serait • tres-agréable qu'il fût continué en ladite charge » l'année prochaine seulement, sans tirer à conse- » <|uencp , elt sans contrevenir , ni rien innover aux » privilèges des habitans , dans lesquels Sa Majesté » désire les conserver. »
Cette lettre , qui était adressée aux habitans , leur fut lue dans une assemblée générale , le 1" octobre ; et par acclamation, M. Marie fut continué dans les fonctions de Maire* Il ne prit cependant pas le titre insolite .4* Tannée précédente , mais celui de Seigneur des Chcsnés et de Monéteau , Lieutenant général du Bailliage, Conseiller du Roi en ses Conseils et Maire d'Atixcrre. H venait de succéder à M» Claude Gîrardin , dans l'office de Lieutenant général. Les habitans, peu de jours après , curent à se féliciter d'avoir ainsi accédé aux désirs de la Cour et de M. Marie.
VIL La Guyenne qui, depuis plusieurs années , tenait le parti du Prince de Condé , et y était entretenue par le Prince de Gmti et la Duchesse de Longucvillc , venait enfin d'être soumise au Roi. Le Cardinal Mazarin étant rentré dans Paris , et sachant combien Tannée qui , dans la Champagne , résistait au Prince de Condé , était inférieure en nombre à
celle du Prince , fit marcher de ce cote toutes les
2l6 CHAPITRE Xlff ,
troupes qui avaient soumis la Guyenne ; et ce fui par TAuxcrrois qu'elles s'y portèrent. Le 19 octobre, le Maréchal-Général t M. du Verger f présenta au Maire Tordre du Roi de préparer le logement et les vivres pour cette année , qui allait arriver le 23 , et ne devait partir que le 25. Sur-le-champ , les quatre maîtres boulangers et les quatre maîtres bouchers reçurent Tordre de préparer 4<>fooo rations de pain et de viande. On arrêta, en outre , que pour les autres fournitures on emprunterait 6,000 livres ; que pendant ces trois jours , la milice serait sous les armes ; que les portes d'Eglény et de Chante-pinot seraient fermées , et que chacune des autres serait gardée de jour et de nuit par deux escouades. Le 23 , Tannée arriva en effet , et pendant deux jours la ville eut à loger et nourrir T état-major , compose du Commandant en chef , M. de Bougis , Lieutenant général , de six Maréchaux de camp , six Mes très de camp, quatre Maréchaux de bataille , un Maréchal général , six Capitaines de cavalerie , douze Cavaliers d'ordonnance , douze Officiers d artillerie , les trompettes et autres menus OJficiersàu quartier général, deux compagnies de Gendarmes, deux de la Garde , un régiment et dix compagnies de cavalerie , deux régimens dlnfanterie ayant chacun 25 compagnies. Le surplus de Tannée fut envoyé à Perrigny , Monéteau , Lindry et Beauvoir.
Le poids d'un tel logement dut écraser les habitans ; il n'en résulta néanmoins pour eux qu'un embarras extrême : mais , comme on Ta vu , les préparatifs en vivres et argent étaient faits de manière que
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l'habitant n'eût rien à fournir ; il y a plus , par les soins de M. Marie , la ville fut rembourser de ses avances neuf jours après le départ de l'armée. Dès le jour où ce passage lui avait été annonce , il en avait calculé par approximation la dépense , et profitant de la faveur dont îl jouissait à la Cour , il avait obtenu du Conseil l'addition pendant un an, de 3 sols un denier au péage dû par les vins passant dessus et dessous le pont , conséquemment étrangers à la ville. L#e 3 novembre , ce nouveau droit fut affermé 7,000 liv. payées compyen de quoi toute la dépeuse fut acquitl'arriéré de la ville en ait été augmenté d'une obole.
I. Le -±S avril, M. Chacbcré, qui était resté plus de trois mois en prison pour les dettes de la ville , et qui n'en sortit que parce que le créancier était as de l'y nourrir , réclama du Corps municipal une indemnité , menaçant de se pourvoir en justice. On transigea; son indemnité fut fixée à 1,200 livres ,
1 être payées sur la taille des étapes , après qui était dû par la ville pour cette dépense prélevé.
II. Le 3 septembre , le Duc d'Epcrnon informa le Maire de la levée du siège d'Arras. Cette ville avait été assiégée par le Prince de Condé , commandant
, forte de 32, 000 hommes; mais au 25 août , Turcnnc avait forcé le camp , mis toute l'armée en déroute, et contraint le
Prince de Condé , ainsi que l'Archiduc d'Autriche, à prendre la fuite , après avoir perdu plus de 3,ooo hommes , 63 pièces de canon , 2,000 charriots, 9,000 chevaux , et tous les bagages de l'armée.
III. 25 septembre , assemblée générale des habitans pour donner un successeur à M. Marie , dans la place de Maire ; ce fut M. Gaspard Bcrault , Seigneur de Bclombre. M. Pierre Richcr , Avocat , fut nommé Gouverneur du fait commun.
IV. La guerre contre le Prince de Condé , le Roi d'Espagne et l'Empereur avait continué , mais si loin, dans la Flandre, près des Pyrénées et en Italie, qu'Auxerre avait passé Tannée entière sans éprouver aucun mouvement de gens de guerre ; en conséquence , le 29 novembre , on commença à retirer des remparts et des tours, les canons qui y étaient depuis le 10 avril 1 652 , et a les replacer dans la tour Paradis.
V. C'est dans le cours de celte année que l'Evèque , M. de Broc , introduisit des Chanoines réguliers de l'Ordre de Ste Geneviève, au Prieuré de S.-Eusèbc, qui jusque là , et depuis 1 090 , avait appartenu à ceux de l'Abbaye de S.-Laurcnt-dc-Cosne. Sébastien Morissct , dernier Prieur de cet Ordre , était mort l'année précédente.
I. 28 janvier , le Prince de Condé, malgré son ëWgnement d'Auxerrc , y conservait comme à Paris , et dans tout le royaume , de zélés partisans. Mais les Magistrats alors en fonctions, qui tenaient le parti de la Cour , voulurent que le dévouement de la ville aux
puissansdujour fût connu de quiconque s'y présenterait, et tirent sculpter sur chacune des deux portes traversées par la grande route t celles de S. -Simon et du pont , quatre caissons représentant, l'un les annnirics !flc France, le second celles duDucd Kpcrnon, Gouverneur de la province, le troisième celles du Duc de Candalle son fils , et le quatrième celles du Duc de Cormarin , Lieutenant de lloi.Dans tous les temps de révolutions, on s'empresse ainsi d'aduler le parti vainqueur , sans prévoir les caprices de la fortune. \ . 16G0 , n. 1 , et n. xi.
II. Le 4 février , sur la demande du Corps municipal , les Jésuites établirent dans le Collège , une iliairc de théologie inorale, remplaçant la secpnde année de plulosopluc.
III. Au mois de mars , M. (le Cormarin , qui , comme on l'a vu en \G5i , portait beaucoup d'intérêt à la ville , vint v fixer sa résidence en qualité de Lieutenant de Roi. Le corps municipal lui fournit un apparh nient meuble dans l'abbatiale de S. -Germain.
IV. Le 4 mai , un des Kchevius , M. Liger, qui s était hasardé d'aller à Paris , sans penser que les nombreux créanciers de la ville y étaient à l'affût des \u\errois , devint la proie d'un sieur de Hallus. Cet homme déloyal avait eu effectivement une créance de <),ooo 1. contre les hnbitans, dont il avait été pavé, mais son titre lui était reste. Probablement il conçut l'espoir que M. Liger , pour ne pas aller en prison , lui offrirait quelque somme , sans recourir à la justice ; quoi qu'il en soit , il le lit arrêter et emprisonner. Le Maire . à qui M. Liger écrivit sa mésaventure , s'eut
pressa d'adresser à un Avocat au Conseil les pièces qui établissaient la libération de la ville. 11 n'en fallut pat moins encore quelques semaines pour rendre le captif à sa famille.
V. 26 août , on commence le rétablissement à neuf des ponts-lcvis et des planchettes des cinq principales portes de la ville , dépense qui s'est élevée à 4»5oolivres.
VI. Le sieur Tanne rrc , reçu médecin à Avignon , voulant exercer la médecine à Auxcrre, les médecins lui opposèrent les statuts des maîtres Apothicaires de la ville, homologués par le Parlement , qui portent « pro- » hibition à toutes personnes de pratiquer , ni faire » expérience en cette ville , de l'art et science de me- » decinc , s'ils ne sont docteurs ou licenciés en la fa- » culte de Paris ou Montpellier , et qu'en icettes ils » aient été approuvés, savans et suftisans. » Le 2t novembre , les Officiers municipaux arrêtèrent de se joindre à eux pour lui refuser l'exercice de la médecine. Il y eut procès , et le sieur Tannerre succomba.
I. Au mois de janvier , audience solennelle du Bailliage , où M. Charles de la Rivière , Vicomte de Tonnerre , Baron de Cuncy t et Seigneur de Beine , près d' Auxcrre , est reçu Grand -Bailli , en remplacement de M. Filsjcan.
II. 6 février, destruction de la machine appelée Laindar ou Vindas , qui , au commencement du xni* siècle , avait été établie sur une des piles du ponf ,
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pour aider les bateaux à remonter le pertuis. (V. 1. 1 , p. 177.) Depuis longues années déjà, on avait accélère' plus utilement la marche des bateaux par le tirage des chevaux. V. 1 635 , n. !.
III. 23 avril, MM. Ri cher, Gouverneur du fait commun, etRagon, Echevin, sont députes aux Etats convoques à Dijon pour le 2 mai.
IV. 8 août , lettre du Duc d'Epernon , par laquelle il invite les habitans et les Magistrats à différer l'élection des Officiers municipaux , qui devait avoir lieu pour le Ier octobre, et à laisser ceux en place continuer l'exercice de leurs fonctions , jusqu'à ce qu'il soit venu à Àuxerre, expliquer plus complètement ses motifs et ses intentions. V. i65; , n. 1.
V. 12 août, procession générale pour obtenir la cessation d'une sécheresse continue , qui , depuis le printemps , paralysait la terre.
VI. i" septembre , arrivée de la célèbre Christine Reine de Suède. Dès le 9 juillet , le Roi l avait annoncée au Maire , en le prévenant qu'il désirait qu'elle reçut tous les honneurs qu'on croirait lui devoir à luimême. Elle avait été également recommandée par le Duc d'Epernon et le Comte de Cormarin. Toutes les autorités allèrent au-devant d'elle , à la porte du Pont , ainsi que la milice bourgeoise ; les clés de la ville , lui furent présentées par M. Pierre Richer , Avocat et Gouverneur du fait commun , qui la conduisit à l'Evcché , où M. de Broc la reçut Elle partit le lendemain , en s'cmbarquanl dans un bateau qu'avait M. de Cormarin pour ses voyages de Paris , et qu'il lui offrit. Le dais préparé pour la recevoir fut
v'22 CHAPITRE XIII ,
donne aux Jacobins , cl sa chaise aux Cordeliers. ( .<• passage ajouta à l'arriére de la ville 3,(j45 livres.
VII. 1 2 septembre , dans une reunion des Officiers du Bailliage.de l'Election et de la Prévôté , des Juges- Consuls , des Syndics des Communautés, des Avocats, des Notaires , des Procureurs et des Echcvins , le Maire donna connaissance confidentielle de la lettre du Duc d'Epcrnon du 8 août , et l'on convînt qu'il n'y aurait pas d'assemblée pour les élections accoutumées.
\ 111. 6 octobre , six à sept hommes , dont un se disait Prévôt des Maréchaux à S.-Florcntin, armes d'épées et de pistolets , s'introduisirent dans l'hôtel de ville , maigre le concierge , qui appela à son secours. La foule , qui accourut à ses cris , effrayant ces aventuriers , ils s'échappèrent en brisant, à coup de hâche , la porte donnant dans la cour du Palais. Le Maire porta plainte de ce fait extraordinaire , mais rien n'en {ait connaître ni l'objet ni le résultat.
IX. Au mois de novembre , les Officiers de l'Election reçurent des Elus généraux l'ordre de faire sur le Comte l'assiette de deux impositions montant cnscmhle à 44i^uo livres. Le Corps municipal y forma opposition, en donnant pour motifs, i° Que cette somme était le contingent du Comté dans un don gratuit offert au Roi pour obtenir la révocation de l'Edit qui avait établi une Cour des Aydcs à Dijon, des Présidiaux en Bourgogne , et un Bai liage à Sou rc ; que ces étahlissemcns étaient étrangers et indifférons au Comté, puisqu'il relevait de la Cour desJAydes de Paris, et qu'/Vuxcrre avait un Prcsidi.il ; 2° que, d'ail-
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leurs, la repartition chargeait injustement le Comté du quinzième de la somme duc au Roi , et devrait au moins être réduite au vingt-dciuricmc , proportion habituelle du Comté dans les charges de la province.
X. La Supérieure générale de l'Ordre de la Visitation renouvelle les démarches faites auprès du Corps municipal par Madame de Chantai, en i63o, pour la fondation d'une maison de cet Ordre dans la ville. Déjà elle avait l'approbation de M. l'Evèquc et .était recommandée par Mademoiselle de Montpensicr , exilée alors et résidante dans le Diocèse , au Château de S.-Fargcau. Une délibération des Notables , du 23 décembre , ordonna qu'elle eût à réprésenter les statuts de son Ordre au Corps municipal. V. 1 658 , n. x.
XI. Dom Viole , Religieux de S.-Germain , publie l'histoire des miracles de ce Saint , imprimée par Gilles Bouquet , à Auxcrre , et dédiée au Duc d'Eperoon , qui avait visité avec l'auteur les grottes de l'Eglise. V. 1 658 , n. v.
1. Au mois de janvier , le Duc d'Epernon vint , comme il l'avait annonce le 8 août , expliquer ses intentions sur le choix des Magistrats de la ville. H ne fit que passer à Auxcrre , mais il resta quelques jours à Régennes , chez M. de Broc , où il manda successivement les personnes quî méritaient sa confiance. Il y apprit que le Maire , M. Berault , dangereusement malade, ne pouvait plus continuer l'exercice de ses fonctions , et que M. Richer , Gouverneur
du fait commun , qui le remplaçait , étant Avocat et fort occupé , desirait un successeur. Par suite de ces conférences , il adressa au Corps municipal une lettre par laquelle il leva la suspension contenue dans sa lettre du 8 août , invitant les Gouverneurs et Echevins à (aire procéder à l'élection , et ajoutant : « qu'il » désirait beaucoup que la place de Maire fût donnée » à M. Marie f Lieutenant général , qui l'avait déjà » dignement exercée , et que les autres choix tom- » bâssent sur des personnes de la qualité et condition » requise pour s'en bien acquitter.... sans tirer à con- » séquence , et sans préjudicier aux privilèges des » habitans , désirant que désormais la chose se Ht » au temps ordinaire. » Ces démarches du Duc , comme la lettre du Roi de 1 653 , ne laissent pas douter que le Prince de Condé conservait dans Auxcrrc de nombreux partisans, et que leGouvernement n'aurait pas vu sans danger le pouvoir municipal tomber dans leurs mains; cette crainte était d'autant plus naturelle à cette époque , que le Prince de Condé venait de remporter quelques avantages sur l'armée du Roi.
La lettre du Duc d'Epcrnon fut communiquée confidentiellement aux autres autorités , et le 24 , les habitans furent assemblés. L'élection se fit dans le sens du Gouvernement. M. Marie fut nommé Maire , et M. Richcr , malgré le désir qu'il avait de se retirer , fut continué dans ses fonctions.
Au mois de mai , le Duc d'Epcrnon , probablement pour fortifier l'influence qu'il venait d'avoir sur les habitans , annonça de Paris qu'incessamment il ferait son entrée solennelle dans la ville. Cependant diverses
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circonstances s'opposèrent à l'exécution de ce projet. Mais la velléité qu'il avait eue à ce sujet , n'en fut pas moins fort onéreuse pour les habitans. Alors , l'étiquette imposait aux villes de très-dispendieuses obligations lors de l'entrée solennelle des Gouverneurs de province , et lorsqu'ils ne la faisaient pas , elle voulait qu'on leur fit un présent d'une valeur à peu près égale à la dépense dont on était dispense. Il fallut donc , quoique la ville fût infiniment obérée , qu elle se conformât à l'usage ; et l'on voit dans le compte du Receveur, du 18 août 165g, chap. 17, « 6,200 livres » employées à un présent fait à Monseigneur d'E- » pernon , au lieu des frais qu'il convenait de faire •• pour son entrée, plus 2,5oo livres pour les droits » des Officiers de Son Altesse. »
A cette occasion , la ville perdit deux canons , qui furent volés , sans qu'on ait pu 1rs recouvrer. Le Maire, croyant prochaine l'arrivée du Duc, avait fait sortir de l'arsenal , et placer sur le boulevard extérieur de la porte S.-Simon , trois moyennes pièces de canon et deux petites. Le matin du 21 , le maître cannonicr , faisant sa visite , s'aperçut que deux des moyennes en cuivre , sur lesquelles étaient les armes de la ville , relevées en bosse , et de très-grande valeur, avaient disparu. L'information n'apprit rien , sinon que , dans la nuit , des inconnus , après les avoir chargées et couvertes de paille sur une charrette, les avaient emmenées.
IL L'élection du mois de janvier tenait seulement lieu de celle qui aurait du être faite au mois de septembre précédent ; en conséquence , il en fallait une autre 11 i5
avant le premier octobre , pour se conformer à l'Edit de i56i , et probablement les partisans do Prince de Condé , se rappelant que le Duc , dans sa lettre du 1 1 janvier , avait promis que désormais V élection se ferait en temps ordinaire, se disposaient à arracher enfin aux Mazarins le pouvoir municipal. On voit t en effet , qu'au reçu de la lettre du Duc , annonçant qu'il ne viendrait pas a Auxerrc , le Corps municipal arrêta que le Maire , M. Marie , irait sur-le-champ le trouver à Dijon 4 pour , par sa prudence ei discrétion , s'entendre avec lui sur les intérêts de la ville. Le but de ce voyage si mystérieusement exprime, s'explique facilement par la lettre que le Duc remit au Maire pour les babitans. Le Duc , sans s'embarrasser de ee qu'il leur avait promis , lors de la dernière élection , leur déclarait « qu'il importait » pour le bien du service -du Bai et l'avantage de » la ville , que les personnes qui étaient en place , » continuassent jusqu'à nouvel ordre* * Les babitans n'en furent pas moins convoqués a l'époque ordinaire du renouvellement des Magistrats , mais au moment où l'-on croyait procéder à l'élection , le Lieutenant particulier qui présidait „ présenta la lettre du Gouverneur. A la lecture qu'il en fit , la rumeur fut violente. Cependant le texte était formel ; ce netait plus, comme la première fois , <un désir, une invitation , c'était un ordre précis ; il fallait s'y conformer, ou se mettre en état de «désobéissance ouverte. On prit le parti le plus sage; M. Marie et ses collègues restèrent en fonctions.